
Deux priorités. Comment inciter les habitants à adopter une consommation plus responsable, mais également réduire les factures des ménages les plus modestes ? est-il logique de payer aussi cher l’eau que l’on utilise pour ses besoins les plus courants que celle que l’on utilise pour laver sa voiture ? La communauté urbaine Dunkerque grand littoral a voulu tenter une autre approche. « Il y a deux ans, notre président, Michel Delebarre, nous a demandé de mettre sur pied une nouvelle tarification qui ait du sens, au regard de deux priorités : le développement durable et le social », explique Céline Lericque, directrice générale du syndicat mixte pour l’alimentation en eau de la région de Dunkerque (smaerd).
Avant Dunkerque, une commune avait montré la voie. Libourne est, en effet, la première à avoir inauguré, il y a deux ans, une tarification progressive de l’eau, dans un objectif de réduction de la consommation. avec succès, puisque la consommation totale de la ville a diminué de 10 % et le montant des factures des particuliers de 15 %. dunkerque s’inspire de cet exemple et fait un pas supplémentaire en misant également sur le volet social.
Un montage complexe. La communauté urbaine Dunkerque grand littoral met deux ans à mettre au point sa nouvelle tarification. « C’est un travail de longue haleine, et ce, pour plusieurs raisons. Le contexte juridique est assez complexe. Nous devons respecter le principe d’égalité devant le service public, la protection des données privées, demander l’accord de la Cnil pour utiliser certains fichiers, etc. », témoigne Céline Lericque. Pour établir ses nouveaux critères de tarification, le smaerd a dû également commencer par un diagnostic précis des profils de consommation. « Tout doit partir de là. Notre grille tarifaire est adaptée aux spécificités de Dunkerque. Elle ne pourrait être dupliquée en l’état par d’autres collectivités territoriales présentant des caractéristiques différentes », ponctue Céline Lericque.
Un point clé que la directrice générale rappelle régulièrement aux nombreuses collectivités qui s’intéressent aujourd’hui à cette expérience… depuis octobre, les 27 communes couvertes par le smaerd sont passées à la tarification écosolidaire. Trois tarifs d’eau sont désormais distincts. L’eau « essentielle », nécessaire à l’alimentation et l’hygiène, est facturée 0,32 euro le mètre cube pour les bénéficiaires de la Cmu-C et 0,83 euro le mètre cube pour les autres. au-delà, l’eau « utile » (jusqu’à 200 mètres cubes) coûte 1,53 euro le mètre cube, et l’eau « de confort » (au-dessus de 200 mètres cubes), 2,04 euros le mètre cube. La taille des familles est prise en compte, avec la remise de « chèques eau » pour toute personne supplémentaire dès la sixième personne. Cette refonte des tarifs devrait se traduire par une baisse minimale de 20 % du coût de l’eau « essentielle », et de 70 % pour les bénéficiaires de la Cmu-C. Un observatoire écosolidaire va être mis en place pour surveiller l’efficacité du nouveau barème.
Le mot de Céline Lericque, Directrice générale du SMAERD
“ Selon nos estimations, la consommation d’eau devrait baisser dans les cinq années à venir de 1,6 % par an. ”
Publié dans Service Public Territorial n°6, de décembre 2012.