
Densifier la ville, le nouveau mot d’ordre des urbanistes
Comment continuer à produire de nouveaux logements sans artificialiser davantage les sols ? Les pistes ne manquent pas : reconversion des friches industrielles ou des zones commerciales d’entrée de ville, surélévation des immeubles, recyclage des bâtiments, ou valorisation du micro-foncier « invisible » …C’est dire tout le potentiel de densification présent dans la ville et encore inexploité, y compris dans les jardins des particuliers !
Recycler, transformer, ajouter, combler les vides, créer de nouvelles formes avec les bâtiments existants… Tout, plutôt que de détruire-reconstruire et continuer à aggraver l’artificialisation des sols.
Avec le réchauffement climatique, l’urbanisme devient l’art du palimpseste : une nouvelle « couche » de bâti s’ajoute aux anciennes couches successives. A Lyon, on surélève les immeubles d’un ou deux étages pour créer de nouveaux logements (lien vers article). Dans le cadre de la démarche Bimby, Périgueux aide les propriétaires de jardins à construire une autre unité d’habitation dans leur jardin (lien vers article). De son côté, l’agglomération du Pays de Dreux recycle les friches industrielles et part à la conquête du micro foncier « invisible » pour densifier la ville (lien vers article).
Parallèlement, chaque petit morceau de ville est appelé à évoluer et changer d’usage, y compris les églises… Les fidèles ont tendance à se raréfier et les communes ont du mal à faire face à leurs dépenses d’entretien. Dans ce contexte, leur transformation devient une alternative sérieuse. Jean Nouvel transforme l’église de Sarlat du 14ème siècle en marché couvert. D’autres projets, de moindre ampleur, se succèdent : transformation en lieux d’exposition, vente à des particuliers pour en faire des logements, etc.
Le premier sujet dont les collectivités se sont emparées est la reconversion des friches, favorisée par le soutien des pouvoirs publics. Si ces opérations présentent des avantages indéniables (en premier lieu la maîtrise de l’étalement urbain et la revitalisation de zones en déshérence), elles restent complexes et coûteuses, notamment en raison des dépenses de démolition, dépollution ou restructuration lourde. Construire la ville sur la ville est plus vertueux, mais c’est aussi plus onéreux.
Un fonds friche de 750 M€.
C’est la raison pour laquelle le gouvernement, dans le cadre de son plan de relance, a créé en 2021 un fonds de recyclage des friches et du foncier artificialisé à l’échelle de chaque région, doté de 750 M€. Les maîtres d’ouvrage des projets d’aménagement, privés ou publics (collectivités, entreprises publiques locales, bailleurs sociaux, etc.), peuvent ainsi bénéficier de nouvelles aides si le bilan économique du projet reste déficitaire après le versement des autres subventions.
Par ailleurs, l’État finance le développement d’outils de connaissance du foncier par le Cerema, tel que Cartofriches (https://cartofriches.cerema.fr/cartofriches/)
et UrbanSimul (https://urbansimul.cerema.fr), ainsi qu’un outil d’aide à la reconversion des riches (UrbanVitaliz, https://urbanvitaliz.fr), pour faciliter l’inventaire des friches par les collectivités et la conduite opérationnelle des projets.
En trois ans, le fonds friches a soutenu 1382 projets, soit 3375 hectares recyclés, plus de 6 millions de m2 de surface de logements (dont plus d’un tiers de logements sociaux), plus de 5 millions de m2 de bureaux, commerces et industries et plus de 4 millions de m2 d’équipements publics. Massivement utilisé par les collectivités (90 % des projets sont portés par des acteurs publics), il a fait éclore des projets qui n’auraient pas vu le jour sans son appui.
Transformer les zones commerciales en quartiers
Le recyclage foncier ne se limite plus aux sites industriels. Un autre sujet est apparu plus récemment : la reconversion des zones commerciales. Ces espaces caractérisés par des nappes de parking et des vastes bâtiments et entrepôts pourraient bientôt se transformer en véritables quartiers de ville. C’est en tout cas l’une des pistes explorées par la phase 2 du projet Action cœur de ville, démarré en 2023, qui prévoit un fonds de 24 M€ pour la requalification des zones commerciales de périphérie.
Pour être retenus, les projets doivent remplir certaines conditions : être situés dans des zones tendues où la demande de logements peine à être satisfaite, mais également bien imbriquées dans la ville et desservies par les transports en commun. La ville de Montigny-lès-Cormeilles montre la voie. Dépourvue de centre-ville, elle entend transformer la zone commerciale de la patte d’Oie d’Herblay en quartier habité, avec 900 logements à construire d’ici 2030, une école, des espaces verts, etc.
Et son cas n’est pas isolé. La Banque des Territoires, CDC Habitat et la foncière commerciale Frey ont créé un nouvel outil de portage foncier dédié à ces opérations de recyclage foncier. Selon eux, il existerait un gisement foncier artificialisé de 55 000 hectares dans 243 zones commerciales de périphérie des 21 plus grandes aires urbaines de France.
Vincent Lavergne, architecte urbaniste
Vincent Lavergne, architecte urbaniste à la tête du cabinet VLAU, est à l’origine de la première surélévation d’une tour à Paris, la Tour Watt. Il raconte comment son métier a évolué. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de démolir et construire ex nihilo, mais de composer avec l’existant, de réparer les villes, en leur apportant si possible une touche de douceur, tendresse et modernité. On parle de plus en plus aujourd’hui de « bâtir la ville sur la ville », cette approche est-elle nouvelle ?
Pas du tout, elle date des années 80, avec des architectes comme Philippe Panerai, auteur notamment de « formes urbaines, de l’îlot à la barre », paru en 1977. Ce mouvement était une réaction à l’approche moderniste du Corbusier, qui avait prévalu dans l’après-guerre et partait du principe qu’il fallait tout démolir pour reconstruire une ville nouvelle, à partir d’une page blanche. Soit un modèle de ville entièrement basé sur la voiture et le principe de la ville fonctionnelle organisée en quatre zones distinctes respectivement dédiées au travail, aux loisirs, au logement et aux transports. A l’opposé de la ville traditionnelle, dense, vibrante, offrant une pluralité d’usages.
Comment cette vision moderniste s’était-elle imposée ?
Celle-ci apparaît en 1933 avec la charte d’Athènes, rédigée lors du IVème congrès international d’architecture moderne organisé sous l’égide du Corbusier. Pour comprendre cette approche, il faut se replacer dans le contexte de l’entre-deux guerres. Le pays est traumatisé, détruit en partie. On manque d’artisans pour rebâtir les villes. Les charpentiers ont été les premiers envoyés au front pour bâtir les tranchées et beaucoup ne sont pas revenus. Il y a donc nécessité d’inventer de nouvelles façons de construire, plus industrielles. D’où le recours au béton…
Par ailleurs, des problématiques de salubrité, d’hygiène, se posent notamment dans le bâti médiéval… Sans doute Le Corbusier a-t-il noirci le tableau pour imposer ses vues. Toujours est-il que le fonctionnalisme s’impose. Avec d’autant plus de succès que l’Etat Français est très centralisé et que les décisions se prennent à Paris.
A partir de quand cette approche est-elle remise en cause ?
Dans les années 80, un nouveau mouvement commence à prendre de l’ampleur, celui du retour à la ville. Philippe Panerai joue un rôle important, ainsi que Henri Lefevre, un sociologue qui prône « un droit à la ville ».
Au fil des années, on s’aperçoit que le modèle fonctionnaliste n’est pas soutenable : il ne peut fonctionner qu’avec la voiture et les énergies fossiles, il favorise l’étalement urbain et fabrique de l’exclusion. Les classes populaires sont reléguées en périphérie, déracinées et privées de tous les bienfaits de la ville, en termes d’accès aux loisirs et aux équipements, d’échanges, de rencontre et de mixité.
Ce « retour à la ville » a-t-il un impact dans les écoles d’architecture, sur la manière dont on forme les élèves ?
Oui, d’autant plus que mai 68 est passé par là, que l’école des Beaux-Arts de Paris a « explosé » et que les tenants d’un retour à la ville ont fait scission et créé d’autres écoles.
Traditionnellement, à l’école des Beaux-Arts, on apprenait aux élèves à dessiner des esquisses sur une page blanche, sans tenir compte de l’existant. A partir des années 70-80, l’enseignement connaît une mutation profonde. Je suis moi-même le fruit de cette nouvelle approche, donc je peux vous en parler. Ici, plus question de page blanche, les étudiants sont amenés à partir sur le terrain, à observer le tissu urbain existant, les usages de la ville.
Peut-on parler de révolution dans l’enseignement de l’architecture ?
C’est l’entrée des sciences humaines et des sciences sociales dans l’enseignement. Et le travail de l’architecte change de nature. Au lieu de faire le beau croquis d’un palais dans un cadre magnifique, il doit imaginer l’infinité des espaces possibles à partir de l’existant. On découvre les qualités du tissu faubourien : un bâti articulé avec soin avec le tissu existant qui évolue à la manière d’un organisme vivant. On s’intéresse à son histoire. A l’origine, la terre était agricole, ce qui explique la forme des parcelles, minces et toutes en longueur dans les banlieues. Pourquoi ? Parce qu’il fallait limiter au maximum le retournement de la charrue et du bœuf ! La forme des parcelles est restée, mais la ville a évolué avec l’industrialisation. L’artisan a construit sa maison à côté de l’atelier. La famille s’est étoffée alors il a agrandi sa maison, etc.
De manière très révélatrice, d’ailleurs, le vocabulaire change. On ne parle plus de site ou de terrain, mais de milieu.
La transition écologique accentue cette évolution ?
Effectivement. Aujourd’hui, on construit la ville sur la ville, parce qu’il faut économiser les ressources, notamment les ressources foncières, mais aussi parce que la densification des villes permet de limiter le recours aux transports. Donc, on parle de recyclage urbain. L’expression « développement urbain » est totalement dépassée aujourd’hui parce que l’étalement urbain n’est plus du tout au goût du jour et que consommer des terres agricoles devient impensable.
L’une des pistes explorées est la reconversion des friches industrielles en nouveaux quartiers de ville. C’est notamment ce que notre agence fait à Corbeil Essonne, en transformant les anciens moulins du XIXème en un quartier de ville. Un projet qui passe aussi par une renaturalisation des lieux, une désimperméabilisation du sol qui avaient été recouvert par une dalle en béton pour faciliter le fonctionnement industriel du site, notamment le passage des camions.
Cette approche implique-t-elle une réparation des paysages urbains ?
C’est un aspect majeur des projets actuels. Nous sommes notamment amenés à remodeler des sites en connexion directe avec la Seine. Les industries se sont massivement implanté le long de ce fleuve… La reconversion de ces sites passe par la reconnexion au fleuve et la renaturation des berges.
Nous sommes aussi amenés à réparer des territoires urbains scarifiés par les autoroutes, le périphérique, les voies de chemin de fer. Pour densifier la ville, il faut aller là où il y a un potentiel de densification… Souvent aux abords du périphérique, des voies ferrées, où il était impensable de construire des logements il y a quelques années.
Quels sont les projets menés à bien par votre agence qui vont dans le sens d’une densification de la ville ?
Notre agence s’est faite connaître dans ce domaine avec un projet phare : la surélévation de la tour Watt, dans le 13ème arrondissement. C’est la première fois qu’un projet de surélévation a été mené à bien sur une tour à Paris. Cette tour des années 70 avait été bâtie au-dessus de la voie ferrée pour loger les cheminots. Et parce qu’il était interdit de créer des logements directement sur les voies de chemins de fer, la façade donnant sur les voies était aveugle, sans fenêtre. Le bâtiment tournait le dos aux voies ferrées.
Nouvelle donne, dans les années 2000, la ville de Paris les recouvre par une dalle. Il devient donc possible d’ouvrir le bâtiment sur ces voies. Nous avons imaginé une nouvelle tour, réhabilitée et rénovée d’un point de vue énergétique, habillée d’une nouvelle façade et surélevée de quatre étages pour accroître l’offre de logements. Le projet raconte une histoire puissante : la tour est un organisme vivant, qui, selon le modèle darwinien, est amenée à évoluer pour s’adapter à son nouvel environnement. Elle s’élève, se retourne et s’étend, profitant de l’évolution du paysage et reconfigurant les lieux.
Techniquement, comment relève-t-on une tour ?
Surélever une tour sans modifier sa structure est possible, grâce au bois. C’est un matériel très précieux dans le cadre de ces projets, car il est léger, modulable, qu’il peut s’ajouter très facilement à une structure en béton. C’est devenu incontournable dans nos projets, et facilité par le fait que les filières ont commencé à se structurer.
Auriez-vous d’autres exemples encore ?
Nous avons répondu à un concours portant sur la place des fêtes, via un projet baptisé Palimpseste, qui rentrait parfaitement dans cette problématique. Il s’agissait, toujours grâce au bois, un matériau incontournable dans les projets de construction de la ville sur la ville, de densifier un bâti, tout en lui apportant une modernité, une douceur, une tendresse, qui n’existait pas dans le projet original, assez « brutal », des années 70.
Nous avons perdu le concours, mais il était très emblématique, ne serait-ce que par son nom : palimpseste. C’était mettre le doigt sur le fait que la ville est un livre qui ne cesse de s’écrire au fil des années, cumulant des couches de récit propres à chaque époque.
Un autre sujet emblématique… A la porte de Clignancourt, nous travaillons actuellement sur un projet de logement étudiant évolutif en fonction de l’avenir du périphérique. Je m’explique… Qui peut prévoir ce que sera le périphérique dans 20 ans ou trente ans ? Aujourd’hui, les architectes doivent prendre en compte la mutation future des territoires. Comment faire pour qu’un bâtiment puisse s’adapter aux différents scénarios possibles (fermeture du périphérique, généralisation des modes doux de déplacements, reconversion de bureaux en logements, etc.) en consommant le moins de ressources ? C’est tout l’enjeu actuel, primordial, de la réversibilité des bâtiments. L’idée maître est de bâtir la ville sur la ville et de rendre nos constructions facilement mutables pour tenir compte de l’évolution de l’environnement et des besoins de la population à venir.
A Lyon, la surélévation des immeubles n’est plus un tabou
Renaud Payre, vice-président de la métropole de Lyon délégué à l’habitat, au logement social et à la politique de la ville a ouvert le chantier de la surélévation des immeubles en 2023. Une démarche qui permet de continuer à produire des logements, notamment sociaux, sans artificialiser les sols. Explications.
Pourquoi surélever les immeubles ?
Refaire la ville sur elle-même est une solution parmi d’autres à la crise actuelle du logement. D’un côté il y a de moins en moins de foncier disponible à Lyon et de l’autre, il faut mettre fin à l’artificialisation des sols, dans le cadre de l’objectif ZAN en 2050. Cet objectif est primordial et pourtant il faut continuer à produire des logements, dont des logements sociaux et des logements abordables, pour faire face aux besoins de la population.
Surélever les immeubles d’un ou de deux étages n’est donc plus un tabou, car c’est une manière douce de densifier la ville. Ce n’est d’ailleurs par une totale nouveauté : Lyon est une ville de surélévation d’habitat faubourien. De telles pratiques ont été en effet développées dans la ville au 19ème siècle et 20ème siècle.
Nous avons ouvert ce chantier en 2023, dans un premier temps dans le domaine du logement social car la démarche est plus simple : il n’y a qu’un seul interlocuteur avec lequel nous devons traiter.
Comment avez-vous procédé ?
Avec les bailleurs, nous avons identifié un potentiel d’environ 300 logements sociaux à créer grâce à la surélévation de plusieurs dizaines d’immeubles.
Construire de nouveaux logements grâce à la surélévation coûte cher, notamment parce qu’il faut transformer la toiture. Il faut compter en moyenne autour de 3400 euros le m2. Nous subventionnons donc ces logements à hauteur de 25 000 à 50 000 euros par logement. Nous avons initié des opérations à Lyon, par exemple à la Guillotière, dans le 7ème, mais nous ne souhaitons pas nous cantonner au cœur de ville. Nous avons aussi lancé des projets à Villeurbanne et Saint-Didier-au-Mont-d’Or, dans le cadre de l’opération « Feel Wood » où nous passons de 20 à 44 logements, dont 20 en bail réel solidaire (BRS).
Techniquement, comment surélève-t-on un immeuble, avec quels matériaux ?
On surélève en recourant au bois, en raison de sa légèreté. Chaque projet est particulier, mais le bois est toujours de la partie. Dans le cas de Saint-Didier-au-Mont-d’Or, une nouvelle ossature en bois a été ajoutée à la structure initiale du bâtiment, qui reste inchangée. Cela a permis d’ajouter deux étages supplémentaires, mais également de doter tous les appartements de terrasses, balcons et cursives extérieures. Cette deuxième ossature en bois présente un autre avantage : elle permet de conserver la chaleur en hiver.
La surélévation permet-elle également d’améliorer le bâti existant ?
Oui, elle est l’occasion de créer des espaces extérieurs, d’ajouter des ascenseurs, d’améliorer l’accessibilité, etc. Il est notamment intéressant de coupler surélévation et rénovation énergétique. Après les bailleurs sociaux, nous souhaiterions accompagner le parc privé dans ce type d’opérations. On peut très bien imaginer par exemple qu’une copropriété dotée d’une étiquette F ou G surélève son immeuble d’un ou de deux étages, qu’elle vende les logements ainsi produits par le biais d’une SCI et finance ainsi sa rénovation énergétique.
Nous sommes au début de cette démarche et des évolutions réglementaires sont sans doute nécessaires, notamment pour que les aides à la rénovation énergétique puissent contribuer au financement des surélévations… Mais une chose est sûre, la question de la hauteur devient majeure dans nos villes.
Un nouveau modèle de diversification douce
Depuis une dizaine d’années, l’agence Villes Vivantes propose aux collectivités un nouveau modèle de densification douce : permettre aux propriétaires de maisons individuelles de remodeler leur bâti et de construire une seconde maison sur leur terrain. Une approche qui a séduit Périgueux, le Creusot, Épinal, et plus récemment Morlaix Communauté.
La France, c’est 20 millions de maisons individuelles, et autant de jardins. Soit un potentiel immense pour construire de nouveaux logements sans artificialiser les sols. David Miet, cofondateur de Villes Vivantes, a compris très tôt l’intérêt d’une telle démarche, à l’heure où toutes les collectivités doivent se mettre en phase avec l’objectif zéro artificialisation nette en 2050.
« Les jardins des particuliers représentent un foncier invisible, qu’il est intéressant de valoriser », pointe-t-il. D’autant plus qu’une grande partie des maisons ne correspondent plus aux besoins de leurs propriétaires actuels. « Les enfants sont partis, les propriétaires entrent dans le grand âge, les maisons doivent être rénovées énergétiquement… Tout cela pousse à remodeler les lieux avec différents scénarios possibles : vendre une partie de la maison et réaménager le rez-de-chaussée en l’adaptant au grand âge, construire un petit pavillon au fond du jardin et vendre l’ancienne, ou vendre une partie de son terrain à un tiers qui construira sa propre maison ». L’ensemble de scénarios relevant de l’approche Bimby, pour « Build in my backyard » (« Construire dans mon arrière-cour »), nom retenu par les cofondateurs de Villes Vivantes en clin d’œil à Nimby (« Not in my backyard » ou « pas dans mon arrière-cour »), un acronyme qui renvoie au refus de beaucoup de propriétaires de voir éclore un projet de construction dans leur périmètre proche.
Périgueux pionnière
Périgueux est la première ville à se laisser tenter par l’expérience à grande échelle. Soucieuse d’attirer les familles dans le cœur de ville et d’éviter de consommer des terres naturelles et agricoles et donc, elle comprend l’intérêt de reconstruire la ville sur la ville (à la fois pour répondre aux besoins en logement et rénover l’habitat, parfois dégradé). Elle perçoit aussi la pertinence économique de cette approche : en densifiant l’existant, elle évite le coût d’un nouveau lotissement pour la collectivité, en termes de construction de réseaux, de voirie.
Périgueux initie la démarche Bimby avec Villes Vivantes en 2016. « Chaque opération repose sur une très forte implication de la collectivité », explique David Miet. Et de poursuivre… « C’est important, car ce foncier « invisible » est dans les mains d’une multitude de propriétaires et qu’il est difficile de l’activer. Le premier réflexe des habitants n’est pas de se dire : tiens, je vais vendre une partie de mon jardin pour qu’un étranger y construise sa maison. Il faut s’intéresser à leurs besoins pour que des options émergent et qu’ils se projettent dans une nouvelle configuration de leur parcelle ». Par ailleurs, la collectivité a un rôle crucial à jouer pour rendre la démarche Bimby possible, notamment en donnant les autorisations d’urbanisme.
A Périgueux, comme dans toutes les collectivités qui rejoignent le dispositif, la mairie est à l’initiative du dispositif. Elle a adapté le règlement de son Plan Local d’urbanisme et convie les habitants à des réunions publiques et des entretiens individuels réalisés par les équipes d’accompagnateurs de Villes Vivantes qui apportent leur ingénierie, aident les habitants volontaires à concevoir leur projet et progresser dans les démarches administratives. « Un appui nécessaire car tout le monde n’a pas les compétences, ni l’appétence de se lancer en solo dans un tel projet », pointe David Miet.
La mitoyenneté des villages réinventée
Pionnière dans cette approche, Périgueux gagne le pari : cinq ans après le lancement du dispositif, 250 projets de nouveaux logements créés dans des bâtiments existants ou sur des terrains déjà bâtis ont été autorisés. Des projets qui réinventent à leur manière les villages d’antan, en créant de la mitoyenneté, de nouvelles formes de proximité, des jardins réduits, plus facile à jardiner, une réorganisation des espaces privés et des accès partagés. « Chacun vit chez soi mais peut rencontrer ses voisins en faisant son jardin ou en franchissant un porche commun… Comme dans les villages, on est amené à côtoyer les autres quand on sort de chez soi. On a arrêté de construire des villages au 20ème siècle, pour développer le lotissement, on y revient aujourd’hui ». Une configuration intéressante, d’un point de vue intergénérationnel. « Quand une famille s’installe à côté de personnes âgées, il n’est pas rare que les enfants prennent l’habitude de passer les voir après l’école. Cette démarche recrée du lien », affirme David Miet.
L’intérêt est aussi esthétique. En ajoutant une touche de nouveauté et d’originalité au bâti (avec des maisons d’architectes, des constructions en bois…), la démarche Bimby apporte une diversité, un éclectisme architectural rafraîchissant dans les zones de lotissements, souvent uniformes.
L’approche, marginale il y a dix ans, bénéficie aujourd’hui d’un contexte favorable. « Il devient de plus en plus difficile, pour un maire, de construire de grands programmes neuf ex nihilo. On revient à un micro-urbanisme, à une miniaturisation des programmes de logement, qui donne sa chance aux artisans locaux et non plus seulement aux grands promoteurs », analyse David Miet.
De la reconversion de friches à la recherche du micro-foncier invisible
L’Agglo du Pays de Dreux s’est engagée dans les années 2000 dans la reconversion de ses friches industrielles. Avec son arrivée dans le club des Territoires pilotes de sobriété foncière (TPSF), en 2021, elle a franchi un cap de plus.
Elles sont sept collectivités à avoir été retenues en 2021 dans le club TPSF (Territoires pilotes de sobriété foncière), un dispositif porté par l’ANCT et le PUCA : Sète, Poitiers, Épernay, Maubeuge, Draguignan, Louviers et Dreux. Sept collectivités lauréates du programme Action Cœur de ville appelées à jouer le rôle de démonstrateurs de sobriété foncière.
L’Agglo du Pays de Dreux n’a pas été choisie par hasard. Dès les années 2000, la collectivité s’engage dans un travail de requalification de ses friches industrielles. « La reconversion des friches n’est pas un sujet nouveau. La loi SRU en parlait déjà. L’Agglomération du Pays de Dreux s’y est intéressée assez tôt car beaucoup de sites avaient été libérés dans les années 90 avec la désindustrialisation et notamment la fermeture d’usines liées à l’électronique ou l’automobile », explique Émilie Neveu-Martins, directrice de l’aménagement du territoire et des grands projets de l’Agglo du pays de Dreux.
La communauté d’agglomération s’est donc emparée du sujet avant la loi
climat et résilience de 2021 et l’obligation Zéro Artificialisation Nette en 2050, qui a accéléré la prise en compte de ces enjeux par les collectivités. Elle a fait le choix de se doter de compétences spécifiques pour reconvertir le foncier à travers une petite équipe de 15 personnes. « La thématique de la résorption des friches est particulière, elle suppose de se doter d’expertises ».
70% des friches reconverties
Sur 95 hectares de friches recensées au départ, 70% ont déjà été reconverties. Avec à la clef un embellissement du territoire et des transformations parfois « spectaculaires » de la ville, au sens propre, comme au figuré… A Saulnières, une ancienne fonderie s’est transformée en jardin public. Une autre friche a fait place à un parc d’entreprises. Quant à Vernouillet, située dans le périurbain de Dreux, elle réinvente son entrée de ville en imaginant un quartier « spectaculaire » autour d’un navire amiral, l’Atelier à spectacles, un lieu vibrant de création pluridisciplinaire créé il y a quarante ans.
« Depuis quatre décennies, les municipalités se sont succédé, mais aucun maire n’a remis en cause cette politique de reconversion des friches industrielles. Bien au contraire, chacun a creusé le sillon dessiné par le précédent », note Damien Stépho, maire de Vernouillet depuis 2021. Depuis son arrivée, deux nouvelles friches ont été rachetées à proximité de l’Atelier. « L’idée est de redonner de la cohérence au tissu urbain. Dans les années 70, les industries se sont installées au milieu des champs, suivies progressivement par des habitations. Accueillir de nouvelles installations industrielles et les nuisances qui vont avec, en zone résidentielle, serait une hérésie. Nous cherchons donc à attirer des activités adaptées à ce quartier d’habitation », résume Damien Stépho.
La municipalité ambitionne aujourd’hui de créer un écosystème d’activités liées à la scène autour de l’Atelier à spectacle. « Quand on interroge les compagnies parisiennes, elles évoquent toutes les difficultés à trouver un espace pour travailler, se produire, etc. Vernouillet, très proche de Paris, pourrait représenter une alternative », explique-t-il. Lieu d’accueil pour les compagnies, le quartier spectaculaire pourrait aussi accueillir des entreprises en charge des décors, ou du numérique.
« L’atelier à spectacles rayonne aujourd’hui sur les 81 communes de l’agglomération du Pays de Dreux, dans les murs et hors les murs, sur le principe de la réciprocité des échanges entre tous les acteurs culturels des territoires. Il est porteur d’une ruralité vivante. Grâce aux nouvelles friches acquises, nous pouvons aller encore plus loin dans cette démarche », conclut Damien Stépho.
A la recherche du foncier invisible
Avec le déploiement de TPSF, la démarche de l’agglomération du Pays de Dreux franchit une nouvelle étape. « Les friches, pour nous, c’est presque du passé ! C’est l’arbre qui cache la forêt. Aujourd’hui, les enjeux sont ailleurs, dans la recherche du foncier invisible, ces espaces caractérisés par un déficit d’usage, déjà construits, déjà urbanisés, mais qui, si l’on prend la peine de les regarder à la loupe, peuvent très bien être densifiés, à une micro-échelle, dans la « dentelle » du tissu urbain ». Une approche très nouvelle pour les collectivités… « En général, les agglomérations sont plutôt habituées à travailler à l’échelle macro… Traditionnellement, nous ne sommes pas outillés pour valoriser le micro-foncier », note Emilie Neveu-Martins.
La collectivité s’appuie entre autres sur Urban Simul, un outil mis en place par le Cerema. Ouvert aux acteurs publics en 2022, celui-ci permet aux collectivités d’identifier les réserves foncières jusqu’à l’échelle de la parcelle, au moyen d’une cartographie. A cet effet, il croise un grand nombre de données foncières (fichiers fonciers, logements vacants, friches, documents d’urbanisme).
L’agglo du Pays de Dreux enrichit cet outil de ses propres données et travaille à la mise en place d’un « observatoire du foncier invisible ». « Cet outil sera précieux pour nous mettre en phase avec la trajectoire ZAN en 2050 », conclut Emilie Neveu-Martins.
Une offre de webinaires
· Les ZAN Cafés
https://cnfpt-formation.adobeconnect.com/cafes-zan/
Autour d’un café (ou d’un thé), il vous est proposé de vous retrouver à distance pour échanger sur le Zéro Artificialisation Nette (ZAN) et ainsi faire réseau.
Il s’agit d’un temps de discussions libres et collectives de 30 minutes (de 13h30 à 14h) entre pairs destiné à partager vos pratiques, vos expériences mais aussi vos difficultés et questionnements sur une thématique précise. Les ZAN cafés se tiennent tous les quinze jours et sont co-animés par la Fédération des Scot et le CNFPT.
Calendrier sur le site internet du CNFPT – rubrique « prochains rendez-vous »
· Les replays de webinaires organisés sur de l’outillage foncier.
Ils sont disponibles sur la e-communauté Habitat Logement du CNFPT :
https://e-communautes.cnfpt.fr/habitat-logement/content/4-nos-webinaires-en-replay
Des stages nationaux
Œuvrer pour la sobriété foncière passe par la mobilisation de tous les leviers indispensables à cette politique, dont les documents d’urbanisme, les méthodes de renouvellement urbain et l’approche participative. Le CNFPT a développé une offre pour aider tous ceux qui jouent un rôle dans la construction de la ville à intégrer ces outils.
- Stage SXTIK - Le changement climatique et les documents de planification
Comment retranscrire dans les documents d’urbanisme une stratégie d’atténuation et d’adaptation du territoire ? Et comment mobiliser les leviers de la planification à cet effet ? C’est l’objectif du stage proposé par le CNFPT, sur deux jours en présentiel et une demi-journée à distance.
- Stage SXPRU - La conduite du projet de renouvellement urbain
Trois jours en présentiel pour aider les responsables de projet de renouvellement urbain à maîtriser et appliquer les méthodes et outils de la gestion de projet dans le contexte du renouvellement urbain.
- Stage SXPIT - La participation des habitants aux projets urbains
Comment mettre en œuvre les dispositifs participatifs et savoir les évaluer ? Mais aussi comment accompagner les initiatives des habitants ? Ce stage donne toutes les clefs de la question : objectifs, cadre juridique, méthode et outils.