
Régulièrement sous le feu de l’actualité, le respect du principe de laïcité s’invite dans de nombreuses politiques publiques conduites par les collectivités.
En novembre 2016, le Conseil d’État rendait un arrêt très attendu concernant l’installation des crèches de Noël dans les espaces publics. Il a tranché en estimant qu’on ne peut interdire une crèche sur le seul fondement de la neutralité de l’État, mais que l’installation doit s’inscrire dans un « environnement artistique, culturel ou festif ». Selon la juridiction, l’installation d’une crèche dans un lieu comme une mairie ou un Conseil départemental « est légale si elle présente un caractère culturel, artistique ou festif, mais non si elle exprime la reconnaissance d’un culte ou une préférence religieuse ». Pour les autres emplacements publics, situés à l’extérieur, l’installation d’une crèche est légale sauf si elle constitue un acte de prosélytisme ou de revendication d’une opinion religieuse. Un arrêt en demi-teinte, « Une acceptation sous condition », titre alors Libération. Car l’enjeu est important, il s’agit d’apporter une réponse claire à un questionnement faisant l’objet de vives polémiques : qu’est-ce que la laïcité dans la République française du XXIe siècle ?
Alors que la laïcité se trouve au centre de l’actualité médiatique et politique, il s’agit d’éviter de la « radicaliser ». « La laïcité n’est pas une arme de guerre contre la religion. Conçue par ses fondateurs comme un instrument de paix civile, elle a été pensée comme la façon de garantir que la religion ne soit plus un facteur de conflit et de division dans la société française. » En 1905, lors du vote de la loi de séparation des Églises et de l’État, deux thèses s’affrontaient : les partisans d’une laïcité restrictive qui limite la liberté de manifester sa religion et les tenants d’une laïcité libérale. « La loi de 1905 définit une liberté fondamentale, rappelle Yvon Goutal, avocat spécialiste en droit public, celle de croire ou de ne pas croire, la liberté de conscience et la neutralité de l’État, qui, dans de nombreux pays, n’existent pas. »
1905
Avec la loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État, la France devient un État laïque : la République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées dans l’intérêt de l’ordre public. Il n’y a plus de religion recevant une consécration légale et tous les cultes sont sur un pied d’égalité.
2016
En avril 2016, la loi relative à la déontologie, aux droits et obligations des fonctionnaires réaffirme les principes essentiels de la fonction publique, dont l’obligation de respect du principe de laïcité.
Un siècle plus tard, Abdennour Bidar, philosophe, membre de l’Observatoire de la laïcité, un des rédacteurs de la Charte de la laïcité à l’école, s’inquiète : « Notre société est devenue multiculturelle, et ces identités multiples, en quête de reconnaissance, rendent plus difficile la possibilité du vivre-ensemble. » Pour le philosophe, l’enjeu est alors d’éviter « que la laïcité devienne un principe auquel on ne veut plus se référer que pour des proclamations trop générales et vagues, mais au nom duquel on ne veut plus rien tenter de grand ».
Pouvant être instrumentalisée, la confusion est courante entre laïcité, radicalité, égalité femmes-hommes, racisme, discrimination…, ce principe fondamental est aujourd’hui au centre des débats. Il faut dire, et redire, que la laïcité est une liberté, assortie d’une obligation de neutralité pour les agents de la République – car c’est la République qui est laïque, et non la société. Et c’est bien là que se situent les enjeux du CNFPT : donner aux agents territoriaux les clés indispensables pour replacer la laïcité dans son contexte républicain.
ROUBAIX, UNE POLITIQUE GLOBALE DE SENSIBILISATION à LA LAÏCITé
Roubaix est une ville aux héritages multiples : « Notre histoire est liée aux immigrations successives. À la fin du XIXe siècle, par exemple, 60 % de la population était belge », rappelle Muriel Chochois, directrice de la mission médiation à la mairie de Roubaix. Historiquement, cette tradition d’accueil définit la façon dont les services municipaux ont été amenés à développer des services adaptés à l’évolution de la population.
Laïcité, droits et obligation des agents
Ainsi Roubaix lance, en 2015, une réflexion sur les principes du service public et la laïcité. Début 2016, un groupe issu du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), composé des représentants des organisations syndicales, d’élus, du directeur général ressources, de la DRH, d’un conseiller juridique et de la psychologue de la ville, est mis en place. Ce groupe travaille sur le droit à la non-discrimination et l’obligation de neutralité des agents publics. Une première restitution, en octobre 2016, a porté sur trois axes majeurs : faire en sorte que tout candidat à un poste en mairie, comme tout agent, connaisse ses droits et obligations ; expérimenter une formation sur les faits religieux et la laïcité ; mettre des mots sur des situations de discrimination, violence et pression sociale au travail vécues par les agents. Sur ce sujet, une trentaine d’agents se réunissent pour analyser une vingtaine de cas concrets portés par les participants, comme « la compréhension et la gestion des fêtes religieuses » ou « la stigmatisation d’un agent maîtrisant insuffisamment l’écriture du français ».
Une valeur partagée par tous
Parallèlement, en mai 2016, débutait un cycle de formations à destination de tous les agents travaillant dans les écoles, intitulé « La Charte de la laïcité à l’école, mieux la comprendre pour mieux la partager avec les familles, les enfants et les enseignants ». « Les termes employés, les concepts abordés sont complexes. » Un travail s’imposait pour que chaque agent puisse expliquer le sens d’un article, ou décrire aux parents comment sont gérées, lors des temps de restauration scolaire ou en accueil périscolaire, des situations de non-respect ou de discrimination entre enfants. Des ressources sont également construites pour répondre aux questions des parents telles que « Mon enfant peut-il être absent lors des fêtes religieuses ? » ; « Pourquoi mon garçon va-t-il au coin poupées ? » ; « Pourquoi y a-t-il un sapin dans certaines écoles ? » Cela nécessite de travailler sur le fond, dans la durée, en donnant aux agents le cadre réglementaire, les mots pour en parler, et des axes pour approfondir, au sein des collectifs de travail, les questions des autres agents. « La laïcité repose sur trois valeurs indissociables : liberté de conscience, égalité en droit des options spirituelles et religieuses, neutralité du pouvoir politique. Nous devons partager l’ensemble de ces trois valeurs, et non pas seulement celle qui se traduit par notre obligation de neutralité. »
« Notre histoire est liée aux immigrations successives. À la fin du XIXe siècle par exemple, 60 % de la population était belge. »
Le Tampon (La Réunion) : Sensibiliser les jeunes en relation avec le public
En 2016, la collectivité du Tampon a accueilli en mission de service civique, pour huit mois, 88 jeunes médiateurs et médiatrices. Des jeunes en contact avec le public, qui pour la plupart découvraient la fonction publique territoriale et connaissaient peu ou mal la laïcité, les droits et obligations des fonctionnaires.
Jeux et quiz au service de la laïcité
« J’ai mis en place un module “Attitude et comportement d’un agent de la fonction publique” et j’ai souhaité ajouter un court module sur la laïcité en collectivité », explique Marie-Noëlle Perrine, directrice du réseau de lecture publique de la collectivité du Tampon et formatrice référente dans les bibliothèques, chargée d’organiser leur accueil et d’optimiser leurs connaissances territoriales. « Plusieurs questions sont abordées de façon très ludique grâce à des jeux ou des quiz : qu’est-ce que la laïcité ? Quel comportement avoir en tant qu’agent ? Peut-on arborer une croix ? une kippa ? un calot musulman ? » Formatrice habilitée Valeurs de la République, Marie-Noëlle Perrine maîtrise suffisamment bien la problématique pour adapter la formation à son public : « Face à des jeunes qui ne connaissent pas l’environnement du service public, j’ai voulu créer un moment d’échange, axé sur ce que peut ou ne peut pas faire un agent dans l’exercice de ses fonctions. »
Le vivre-ensemble réunionnais
Loi de 1905, Constitution, loi de 2004… Les aspects juridiques sont passés en revue et trouvent une écoute attentive de la part de ce public, malgré la réalité territoriale : « Ici, on cultive depuis toujours le vivre-ensemble. J’ai abordé la loi, et notamment la loi sur la sécurité qui interdit d’avoir le visage caché dans les lieux publics (masque, voile), mais cela ne correspond pas vraiment à notre contexte réunionnais. » En effet, à La Réunion, musulmans, chrétiens, Tamouls, Chinois, animistes… tous vivent ensemble et se côtoient sans trop de difficulté. « Dans la médiathèque, ou dans les lieux d’accueil enfant parent, les femmes voilées enlèvent toutes leur voile en entrant pour participer aux animations avec les enfants… » Pour autant, il n’est pas vain de parler de la citoyenneté et de la laïcité. « Le vivre-ensemble est inhérent à notre culture, il est presque viscéral, poursuit-elle, mais la laïcité n’est pas un mot que nous utilisons. Lorsque j’ai été moi-même formée, j’étais décontenancée, car tout ce que j’entendais n’avait pas de sens réellement chez nous. Mais cela ne nous préserve aucunement de voir la situation se dégrader. Et dans ce cas, mieux vaut connaître la loi, et pouvoir injecter du sens dans notre discours. »
chiffre clé
88 jeunes médiateurs et médiatrices en service civique ont bénéficié d'une sensiblisation à la laïcité dans le cadre de la formation obligatoire prévue par le dispositif.

QUEL RAPPORT ENTRE NOURRITURE ET LAÏCITÉ ?
Le Siresco (Syndicat intercommunal pour la restauration collective) existe depuis vingt-cinq ans et rassemble une vingtaine de communes de Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne, de Seine-et-Marne, du Val-d’Oise et de l’Oise. En 2010, plusieurs parents l’interpellent sur l’introduction des prescriptions religieuses dans les menus. Ce questionnement a suscité une réflexion sur la relation entre le fait religieux et la restauration scolaire.
Éviter la discrimination
Que peut faire le service public pour concilier laïcité et interdits alimentaires, en matière de restauration sociale, dans le respect des lois et des contraintes techniques et de gestion ? Pour répondre à cette question, les communes du syndicat ont choisi de mettre les droits de l’enfant au centre du débat : nutrition, éducation, citoyenneté… « Manger est un acte individuel qui s’inscrit le plus souvent dans un rapport social collectif, explique Jean-Charles Dionisi, alors directeur général du Siresco. Il fallait réussir à articuler une problématique d’ordre privé dans un cadre collectif, tout en respectant la laïcité. » Comment garantir une égalité d’accès à la table d’une restauration qualitative, au moyen d’une laïcité respectueuse des convictions de chacun ? « Les repas de substitution sont discriminants et créent des tables communautaires », prévient Jean-Charles Dionisi. La solution ? Proposer une offre de restauration plus large avec un double choix d’entrées et de plats principaux. Concrètement, les enfants peuvent choisir entre deux menus équilibrés, dont l’un est acceptable au regard des interdits alimentaires dictés par les familles. L’observation, sur les différents sites, des choix des convives permet de fixer le nombre de repas nécessaires pour chaque menu, afin que chacun soit assuré de pouvoir manger ce qu’il désire. Les enfants sont ainsi en situation d’égalité de traitement : respectés dans leurs choix, ils expérimentent, au sein d’une table sociale commune, leur citoyenneté en devenir.
La même table pour tous
L’offre alimentaire est proposée dans le respect d’un cadre laïque et des prescriptions législatives et réglementaires. Pour la première fois en France, l’article 1 de la loi du 27 juillet 2010 définit une politique publique d’alimentation. Des décrets – dont le décret de 2011 en matière de qualité nutritionnelle des repas servis – prescrivent les règles de la restauration collective scolaire et définissent un cadre légitime de fonctionnement, opposable aux demandes et revendications liées à la religion ou autres. La solution proposée a fait la preuve de son efficacité : en 2016, 20 000 enfants déjeunent ainsi et, parmi les communes qui l’ont mise en place dans les écoles, la question des interdits alimentaires s’est éteinte d’elle-même. Le service en mode self favorise sa gestion et ne génère pas de surcoût de fonctionnement pour les villes.
A retenir
L’article 1 de la loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche du 27 juillet 2010 définit, pour la première fois en France, une politique publique d’alimentation et fixe les règles de la restauration collective scolaire.
Nohra Ziani, Atsem à l’école Léon Gambetta (Roubaix)
« J’étais très contente de participer à cette formation sur la laïcité. À l’école, il y a des mamans voilées, et je me posais beaucoup de questions autour de ce principe républicain. Des questions relatives à l’école, à la façon de parler, de ce que nous faisons avec les parents, mais aussi des questions plus personnelles sur ce qu’est réellement la laïcité.
Les parents posent des questions sur les activités proposés aux enfants. Parfois, les enfants eux-mêmes nous font part des questions de leurs parents sur une activité. Ceux-ci ne sont pas fermés, nous pouvons en discuter. Il ne faut pas que nous soyons dans le jugement. Nous devons trouver les réponses, donner des exemples. J’explique notamment que le chant fait partie des enseignements importants pour qu’un enfant apprenne à s’exprimer et à trouver sa place dans le groupe. Dans mon école, nous avons toujours su gérer les parents. Mais la formation m’a confortée dans ma perception de la laïcité : elle m’a permis de trouver des réponses simples.
À propos de Noël, je sais que je peux décorer le sapin avec des étoiles, des anges ou des flocons… cela permet aux enfants d’apprendre à mieux utiliser les ciseaux, à créer avec des papiers de toutes sortes. Noël, c’est traditionnel plus que religieux. Si nous sommes interrogées, nous ne devons pas cacher aux parents que c’est une fête religieuse, en précisant que cela l’est pour les chrétiens, mais qu’à l’école, nous travaillons sur le partage, la fête au milieu de l’hiver…
Cette année, grâce à ma formation, l’institutrice s’est sentie rassurée et nous avons pu décorer le sapin et la classe en toute sérénité. Au goûter de Noël, tous les enfants se sont exprimés et les mamans voilées acceptent la règle du jeu laïque. Elles vont au marché de Noël avec nous, et nous ne parlons pas de religion.
J’ai parlé de ma formation au corps enseignant, et nous avons partagé les documents que j’ai rapportés. »
Souheila Laib, Atsem à l'école maternelle Alphonse Daudet
« Lorsqu’il m’a été proposée de participer à cette formation sur la laïcité, je n’avais pas trop envie, je me demandais ce que ça allait m’apporter par rapport à mon travail. Dans ma petite école maternelle de deux classes, l’ambiance est familiale et nous n’avons pas trop de soucis avec les parents. Nous faisons le père Noël, nous allons au marché de l’hiver (qui s’appelait avant marché de Noël) : c’est traditionnel plus que religieux et les parents l’acceptent sans problème. Tout le monde comprend que l’école est laïque.
Néanmoins, cette formation m’a beaucoup apporté. La laïcité, c’était un grand mot et je ne savais pas ce que cela recouvrait. Ces deux jours de formation m’ont permis de clarifier ma vision. La formatrice a utilisé des livres, des albums-jeunesse, que je ne connaissais pas, et que nous pourrions utiliser avec des enfants de maternelle, autour de la différence par exemple. Par petits groupes, nous avons réfléchi, discuté, comparé nos visions, c’était très intéressant. À la fin de la formation, un petit livret qui reprend point par point les sujets abordés nous a été remis. Je l’ai prêté à mes collègues enseignantes, ça les a beaucoup aidées. Quant à moi, grâce à cette formation, j’ai appris comment me positionner dans mon travail, comment réagir, comment formuler mes réponses. Je serais plus à même d’affronter un problème s’il se posait. Dans mon travail et dans ma famille, je pourrais dialoguer. »

BLAGNAC SENSIBILISE LES AGENTS ET LES ÉLUS
À Blagnac, fin 2015, les élus ont souhaité réaffirmer leur attachement au respect des principes de la laïcité. À l’issue d’une séance de sensibilisation avec Xavier Pareille, formateur pour le CNFPT, le maire et son équipe ont été convaincus de l’utilité d’une telle démarche : ils ont désiré généraliser une formation pour l’ensemble des agents en contact avec les publics, soit 386 personnes au total. Objectif : apporter des réponses claires au personnel sur la conduite à tenir en fonction des situations rencontrées, dans le respect des règles de droit, de neutralité et de leur devoir de réserve.
Les formations ont débuté en avril 2016 et 238 agents ont déjà été formés lors de 17 sessions. En 2017, 104 agents en bénéficieront. « Le CNFPT a missionné un formateur juriste, qui pratique ces formations depuis 2013. Il est spécialisé dans les interventions centrées sur la laïcité et le service public, explique Sylvie Redouly, conseillère formation à la délégation Midi-Pyrénées. En une journée, il aborde, dans une approche historique et juridique, la spécificité de la laïcité en France. Il insiste sur la façon dont cela s’inclut au sein des collectivités locales. »
Le succès au rendez-vous
Ces formations d’une journée, qui accueillent 14 agents en moyenne, sont très appréciées de tous les stagiaires. « Les qualités pédagogiques du formateur et son niveau d’expertise sont à chaque fois unanimement salués, précise Noëlle Simon, directrice des ressources humaines à Blagnac. Il pratique une pédagogie active, qui s’appuie sur le vécu des stagiaires et le partage d’expériences, avec des exemples très concrets issus du quotidien. La mixité en termes de métiers a également permis de créer des échanges constructifs entre les agents. » Grâce à cet angle à la fois théorique et très pragmatique, les agents ont pu appréhender plus facilement ces notions, les confronter à des situations réelles et mettre en œuvre dans leur quotidien les solutions expérimentées en formation.
EN BREF
Dans la continuité de cette action, la Charte de la laïcité dans les services publics et la Charte de la laïcité à l’école ont été affichées dans les services municipaux, les établissements scolaires et les accueils de loisirs sans hébergement.
LIMOGES ET IDF : SENSIBILISATION À LA LAÏCITÉ
Passionnée par les questions de laïcité, Aurore Rançon Meyrel, responsable du secrétariat général et des affaires juridiques à Villeneuve-Saint-Georges, a animé des formations sur le sujet pour le CNFPT à Limoges et en Île-de-France. « Le plus marquant, c’est l’évolution de la vision de la laïcité qu’ont les stagiaires au cours de la formation, remarque-t-elle. Au début, ils pensent que ça ne sert à rien. Le mot laïcité est employé à tout bout de champ (“atteinte à la laïcité”, “laïcité trop permissive”) et parfois à mauvais escient. Il y a beaucoup de contradictions, et de doutes. » Mais après deux jours, les agents acquièrent des réflexes, un consensus se dessine. Respect, tolérance et dialogue s’invitent autour de la table. Chacun repart en ayant compris que la laïcité, c’est la liberté de conscience, de religion mais aussi que les agents territoriaux ont une obligation de neutralité que n’ont pas les usagers dans l’espace public. Aurore Rançon Meyrel participera, comme formatrice, aux sensibilisations à la laïcité des agents de terrain, prévues dans le plan de formation de sa commune en 2017.
EN BREF
Pour définir la laïcité, il existe un corpus de règles juridiques qui s’explique par l’histoire de la France et qui contribue à donner une approche cohérente de la laïcité.

À TARBES, UN RÉFÉRENTIEL CO-CONSTRUIT PAR ET POUR LES ANIMATEURS ET ANIMATRICES SOCIOCULTURELS
La ville de Tarbes emploie des animateurs et animatrices territoriaux dans un projet éducatif qui concerne les jeunes de 3 à 25 ans, et qui intègre les temps périscolaires.
Dans un contexte de crise post-Charlie, les animateurs et animatrices ont été confrontés à des problématiques nouvelles et auxquelles ils ne savaient pas répondre : refus de passer à table avec les autres lors du ramadan, refus de participer à des activités de la part de jeunes filles à partir d’un certain âge… Pour aider les animateurs et animatrices, le CNFPT a travaillé avec la ville à la conception d’une formation action « Valeurs républicaines et pratiques professionnelles dans le champ socio-éducatif ». La formation s’est étendue de mai 2015 à janvier 2016, a réuni trois groupes de 15 personnes et s’est déroulée sur 4,5 jours, en trois temps.
« Lors d’une première demi-journée, les stagiaires se sont exprimés sur les difficultés rencontrées, raconte Sylvie Ortéga, la responsable de l’antenne CNFPT à Tarbes. Deux jours ont ensuite été consacrés au traitement des problématiques nouvelles, regroupées par thèmes, par les stagiaires, avec l’aide des formateurs et formatrices. Enfin, pendant les deux derniers jours, les stagiaires ont construit un outil pour améliorer les pratiques professionnelles, un référentiel commun “Repères et partage de posture”, à destination des professionnels de la commune. »
La mairie souhaitait aider ses agents à se poser les bonnes questions et apporter des éléments de réponse créés avec les stagiaires, dans le respect de la loi. Le référentiel est construit autour de l’analyse des cas, avec un objectif : rapprocher chaque situation du cadre juridique. Cet outil, très concret, propose une grille à laquelle se référer, qui réunit questions et réponses et est diffusé à tous les agents de la commune.
EN BREF
Plusieurs thèmes ont été abordés, notamment :
– la laïcité comme principe philosophique et système juridique ;
– la confusion sphère privée/sphère publique, le cadre légal français et européen ;
– l’impartialité et la neutralité ;
– la laïcité appliquée aux professionnels du secteur éducatif et social ;
– les principes juridiques pour les usagers ;
– autorité parentale et droits de l’enfant.

CHARDON LORRAIN : POLITIQUE EDUCATIVE DU VIVRE-ENSEMBLE
La Communauté de communes du Chardon Lorrain (CCCL) développe une politique éducative autour de la petite enfance et de l’enfance, et souhaite aider ses équipes éducatives à mettre en œuvre une pédagogie laïque tout en montrant son attachement aux valeurs républicaines. Après les attentats de 2015, la CCCL s’est interrogée : que peut-on dire aux enfants ? Comment promouvoir la laïcité pour un meilleur vivre-ensemble ?
Le CNFPT a alors accompagné la CCCL pour élaborer le cahier des charges d’une formation : « La laïcité et les services d’accueil scolaires et périscolaires ». La Ligue de l’enseignement de la Meuse, l’organisme sélectionné par la CCCL et le CNFPT, ont animé une journée qui a réuni 20 agents. Rappel de l’histoire de la laïcité, du cadre juridique et des cas de jurisprudence, étude de cas pratiques, focus sur l’alimentation, la mixité, le port de signes religieux… Les agents ont pu débattre, accompagnés par un formateur, sur les postures qu’ils doivent avoir concernant la laïcité, et repartir avec des documents et des ressources bibliographiques et numériques, utiles pour enrichir et affermir leurs pratiques professionnelles.
EN BREF
-Une formation sur une journée a permis aux agents des services d’accueil scolaires et périscolaires de comprendre le principe juridique de la laïcité.
-Les outils remis en fin de session sont des ressources auxquelles chaque formé peut se référer.
Cergy : Un réseau pour la laïcité
Début juin 2016, le DRH et le responsable de formation de Cergy sollicitent le CNFPT. La demande ? Former des encadrants de proximité à devenir des personnes « Ressources Diversité ».
Dans le cadre du plan Valeurs de la République, le CNFPT organise deux groupes de 15 personnes qui, à la demande du DRH, mélangent métiers et secteurs : animateurs jeunesse et sport, agents de mairie, policiers municipaux, agents d’accueil, gestion des cimetières, restauration scolaire… « Un mélange très apprécié des participants, qui y trouvent l’occasion de rencontrer des personnes qu’ils ne côtoient pas habituellement. » précise Laure Jordan-Auboiroux, animatrice de ces formations. « Il a suscité beaucoup d’échanges autour des problématiques de laïcité ».
Les études de cas, qu’elles proviennent du kit pédagogique du plan Valeurs de la République, ou des expériences terrain des participants, ont en effet permis de mettre en évidence les difficultés rencontrées par les agents avant la formation. « Certains positionnements sont très surprenants, insiste Laure Jordan Auboirous. Souvent, la laïcité est invoquée alors qu’il agit d’une problématique de savoir vivre. On voit du fait religieux partout : tout l’enjeu consiste à détricoter ces fausses perceptions. »
En donnant un cadre historique et juridique à la laïcité, la formation permet de prendre de la distance et fournit des arguments à opposer à certains vécus : « Certains jeunes par exemple, sous prétexte de ramadan, disent qu’ils ne peuvent pas avaler leur salive et crachent par terre. » L’agent doit apprendre à déconnecter cette situation du fait religieux, et l’aborder sous l’angle de l’hygiène et du respect du règlement qui interdit de cracher par terre. L’objectif est d’aider les agents à prendre du recul. Car il arrive que ceux-ci, confrontés à la liberté d’expression des usagers et des élus, se trouvent destabilisés quant au respect de leur obligation de neutralité.
Pendant deux jours, ils ont pu confronter leurs points de vue, acquérir des bases historiques et juridiques et parler des situations qui leur ont posé problème. Un rapide tour d’horizon des éléments de langage utilisés dans le champ de la laïcité a permis de redéfinir plus précisément certains mots ou concepts galvaudés, mal ou peu utilisés dans la vie de tous les jours. Deux jours bien remplis, au terme desquels les agents ont intégré le groupe « Ressources diversité ».
Après la formation…
« Le projet était de créer un groupe ressources en matière de diversité. Depuis la fin de la formation, en septembre 2016, les membres de ce réseau se sont réunis deux fois. Ils ont choisi de réaliser un état des lieux des difficultés et des besoins des agents en matière de laïcité, puis, à l’issue de cet audit, de créer, fin 2017, un guide pratique sur la laïcité, détaille Estelle Inisan, responsable formation à la ville de Cergy.
Des actions de sensibilisation sur la laïcité à destination de l’ensemble des agents et des formations de prévention de la radicalisation violente sont programmées au 2e semestre 2017, avec l’antenne du Val d’Oise du CNFPT. Nous réfléchissons aussi à des actions sensibilisation sur l’égalité Femmes/Hommes. Petit à petit, le groupe prend ses marques, mais des actions d’accompagnement sont encore nécessaires pour aider ses membres à enrichir leurs compétences. »
Évry : La République en actions
À Évry, le travail sur la laïcité et les principes républicains est inscrit depuis longtemps à l’ordre du jour des conseils municipaux. De nombreuses actions, parmi lesquelles la formation des agents, sont entreprises pour faire vivre cet engagement au quotidien.
Véritable terreau de mixité sociale, Évry, la ville où l’on parle 70 langues, doit gérer des quartiers sensibles, où République et laïcité ne vont pas toujours de soi. Pour ancrer les principes républicains, les élues et élus s’attachent, depuis plusieurs années, à favoriser la mise en place d’actions qui promeuvent le « vivre ensemble ».
En avril 2016, le conseil municipal adopte à l’unanimité le Pacte républicain et laïc d’Évry (voir encadré). « Nous devons faire vivre la laïcité par des actes », a déclaré Francis Chouat, le maire de la commune de l’Essonne. « Ma conviction est que la laïcité s’étiole et qu’il est temps de remonter la pente. »
Dans le cadre du Pacte, une convention entre la ville d’Évry, l’État, la CAF et le CNFPT est signée pour décliner le plan Valeurs de la République. Il s’agit pour le CNFPT de former et accompagner les acteurs de terrain sur l’application des principes de la République et de la laïcité dans les situations professionnelles qu’ils rencontrent au quotidien.
Les formations sont réalisées auprès des agents de la ville, en 2016 et 2017. « La laïcité est un principe juridico-politique fondé sur la neutralité comme garantie d’une égalité de traitement, et non un concept fourre-tout, rappelle Agnès Ledoux-Labrosse, référente régionale “ Valeurs de la République et Laïcité/Prévention de la Radicalisation ” de la Délégation Grande Couronne du CNFPT. Nous travaillons beaucoup sur la déconstruction des idées reçues. »
Les formations accueillent 15 personnes par groupe (animateurs, agents des services sports et loisirs, agents du service jeunesse et réussite éducative, agents de mairie de quartier…) pendant deux jours. Le plan Valeurs de la République se construit sur un module « tronc commun » d’une journée et demie, pendant laquelle sont abordées l’histoire, la terminologie et les représentations de la laïcité, complétée par une approche juridique et l’analyse des situations professionnelles vécues par les participants. Un module de spécialisation d’une demi-journée traite de « la laïcité et la relation socio-éducative », sur la base d’études de cas, de jeux de rôles et d’analyses pratiques.
Cette démarche construite laisse une grande place à l’expression du vécu des acteurs du terrain, un aspect fort apprécié des participants. En juin 2017, 17 sessions ont été organisées, soit plus de 250 personnes formées.
Le pacte républicain et laïc d’Évry
Avec le Pacte républicain et laïc, adopté à l’unanimité à l’occasion du conseil municipal exceptionnel du 7 avril 2016, la ville d’Évry a signé son engagement pour « Une laïcité en actes ». Elle rappelle en préambule que « l’ignorance de l’autre, la violence et le non-respect de la dignité de la personne ainsi que les injustices sociales et économiques sont le terreau des replis identitaires ». Via ce pacte, Évry s’engage à respecter et faire vivre les principes de la laïcité tels qu’ils résultent de l’histoire et des lois de la République, et permettent aujourd’hui l’exercice de la citoyenneté, conciliant liberté, égalité et fraternité au service de la paix civile et républicaine. A travers neuf préceptes, le pacte définit les grands principes de la laïcité, les droits et les devoirs de la ville et des citoyens et les clés de la réussite d’une laïcité partagée et apaisée.