Un kit contre la précarité énergétique

Un phénomène qui s'accentue. En 2010, 300 000 Français auraient subi une coupure de gaz pour cause d’impayés, soit 30 fois plus qu’en 2008. La précarité énergétique s’accroît, notamment dans le Nord-Pas-de-Calais, où 16 % des ménages souffrent de ce phénomène, soit 3 % de plus que la moyenne nationale. Florence Aubenas, dans son livre témoignage Le Quai de Ouistreham, a décrit le froid qui règne dans certains logements de travailleurs précaires.

Précarité énergétique. « La plupart des actions en faveur du développement durable prennent bien en compte les dimensions économiques et environnementales, mais elles ont souvent tendance à oublier le troisième volet, le social. Nous avons voulu nous recentrer sur celui-ci, mais aussi être très concret et ne pas nous limiter à des actions de communication ou de sensibilisation », explique Ludovic Fonck, directeur du CCAS de Roubaix. Être concret, donc, et partir notamment d’une réalité de plus en plus prégnante sur le territoire : la montée de la précarité énergétique. « L’habitat est souvent dégradé sur Roubaix, et les dépenses énergétiques grèvent de plus en plus les budgets des familles, notamment pour les 11 000 bénéficiaires du RSA. Nous sommes bien placés pour percevoir ce phénomène : nous sommes saisis de demandes de dons en charbon et de financement de factures EDF-GDF impayées au sein des commissions de secours », témoigne Ludovic Fonck. Et d’ajouter… « Avec le maire de Roubaix, René Vandierendonck, nous avons voulu donner un coup de pouce à ces ménages pour les aider à réduire leur facture. » La ville de Roubaix s’est pour cela rapprochée d’EDF et a cofinancé avec elle la distribution d’un kit énergie solidaire auprès de 600 foyers roubaisiens en situation de précarité. Coût total : 20 000 €, répartis à 50/50 entre les deux partenaires.

Un kit complet. Son contenu ? Cinq ampoules basse consommation, trois mousseurs de robinet dotés d’une clé de montage, une multiprise, un thermomètre, un livret de conseils pour faire baisser la consommation (du type « fermer les volets la nuit », « dégivrer le réfrigérateur », etc.) et une plaquette d’information sur le dispositif « tarif de première nécessité », qui permet à certains foyers d’économiser entre 80 et 100 euros par an sur leur facture. Objectif ? Les informer sur un dispositif mal connu des citoyens. « Un certain nombre de foyers sont éligibles, mais ignorent qu’ils peuvent en bénéficier », témoigne Ludovic Fonck.

Changer durablement les comportements. Testé sur deux quartiers de Roubaix où sont concentrées le plus grand nombre de demandes de fonds de solidarité pour le logement (les quartiers de l’Alma et de l’Epeule), le kit a été distribué aux ménages identifiés par des assistants sociaux et par des associations caritatives comme les Restos du coeur ou le Secours populaire. L’objectif est de leur faire prendre conscience des économies possibles et de les aider à changer durablement leur comportement, alors que les prix de l’électricité ne cessent d’augmenter chaque année. Un tableau remis avec la mallette leur permet de noter les consommations et d’évaluer le progrès. « Si les consommations diminuent effectivement, nous pourrions renouveler l’opération », avance Ludovic Fonck. Et élargir le dispositif à d’autres quartiers en cas de bilan positif, ou envisager d’autres initiatives encore… « Il y a beaucoup d’autres actions possibles dans ce domaine. Par exemple, dresser une cartographie des déperditions de chaleur pour repérer, toit par toit les pertes, etc. », conclut Ludovic Fonck.

Publié dans Service Public Territorial n°0, de Juin 2011.