Les collectivités territoriales face au défi des catastrophes naturelles

Inondations, tremblements de terre, feux de forêts… Avec le dérèglement climatique, les collectivités territoriales peuvent s'attendre à une multiplication d'évènements météorologiques extrêmes et dévastateurs. Les catastrophes naturelles ne sont, bien sûr, pas nouvelles mais le changement climatique accroît leur fréquence et gravité. Un lien désormais mis en lumière par les scientifiques… Le 27 décembre dernier, le rapport de l'ONG britannique Christian Aid révélait le poids grandissant des sinistres liés au changement climatiques au niveau mondial. En 2021, les dix catastrophes les plus coûteuses ont été à l'origine de 1075 morts, ont nécessité le déplacement de plus de 1,3 million de personnes et dépassé 170 milliards de dollars de dommage au total.

Les catastrophes les plus marquantes ? La tempête IDA à New York, les inondations de juillet en Allemagne et en Belgique, la tempête Alex qui a ravagé les vallées de la Vésubie, de la Roya et de la Tinée...

La multiplication de ces évènements constitue un défi majeur pour les collectivités territoriales. Défi d'adaptation tout d'abord. Quelles transformations mettre en œuvre pour accroître leur résilience face aux catastrophes naturelles, développer une culture du risque, tant au niveau individuel que collectif et renforcer leur capacité à faire face à l'inattendu ? Mais aussi défi de réparation des territoires, quand la catastrophe a eu lieu, et défi d'une meilleure prise en compte des aléas futurs.

 

Avec les dérèglements climatiques, les collectivités doivent faire face à un risque accru d'évènements violents et destructeurs. Et donc au défi de la reconstruction du territoire. L'exemple des vallées de l'arrière-pays niçois sinistrées en octobre 2020 par la tempête Alex…

Le 2 octobre 2020, les vallées de la Roya, de la Vésubie et de la Tinée, dans les Alpes-Maritimes, étaient frappées par la tempête Alex aux conséquences dramatiques. Le bilan est d'une ampleur sans précédent. Bilan humain tout d'abord, avec 10 morts et 8 disparus. 70 communes classées en zone catastrophe naturelle entre octobre 2020 et mars 2021. Un milliards d'euros de dégâts pour les infrastructures privées et publiques, 12 980 sinistrés, des ponts, des routes, des stations d'épuration et systèmes d'endiguement emportés par les flots, des réseaux mis hors d'état de marche, des cimetières détruits, des milliers de maisons détruites, dont certaines emportées par les flots ou coupées en deux, comme de fragiles maisons de poupées. 

"Du jour au lendemain, pendant 48 heures, nous nous sommes retrouvés coupés du monde, sans eau, électricité ou route, sans train ni possibilité de communiquer avec l'extérieur. Nous nous sommes mobilisés pour approvisionner les habitants en bouteilles d'eau, et durant deux mois, nous avons été alimentés par des dons transportés par hélicoptère", se souvient Jean-Pierre Vassallo, maire de Tende, dans la vallée de la Roya, un village particulièrement touché par la catastrophe. L'eau potable interrompue le 2 octobre, n'a été rétablie que le 16 novembre.

Un cataclysme qui n'aurait pas pu être surmonté sans l'engagement des élus, la solidarité locale et nationale et la mobilisation de toutes les strates des collectivités territoriales (département, métropole Nice Côte d'Azur, etc.). Paul Burro, maire du Belvédère, dans la vallée de la Vésubie, peut en témoigner. "Le rôle du maire, c'est de ne pas se poser de questions et de protéger la population". Le soir du 2 octobre, il n'a pas hésité à prendre sa voiture et à embarquer un couple de personnes âgées tétanisé par la montée des eaux. "Sur le moment, je n'ai pas réfléchi, mais après coup, j'ai compris que je nous avais fait courir des risques. Peu de temps après, la route sur laquelle nous étions passés s'est effondrée".

Un projet de reconstruction qui prendra des années
Plus d'un an après, tout n'est pas réglé et le paysage garde des cicatrices indélébiles, un paysage chaotique, notamment à Saint-Martin-Vésubie, qui attire les curieux, fascinés par les traces de la catastrophe, dans cet ancien écrin de verdure qu'on avait baptisé "la petite suisse".

"La reconstruction du paysage va prendre des années. Avec le temps, la végétation repoussera. Mais la rivière sera plus large. Et beaucoup de gens sont partis : certains ont quitté la vallée car ils ont eu trop peur", témoigne Paul Burro. Malgré le traumatisme, la vie est plus forte. "Je m'attendais qu'avec les départs, nos écoles perdent quelques enfants, mais ce n'est pas le cas. La majorité des habitants souhaitent rester dans la vallée. Et avec la crise du Covid, nombreux sont ceux qui souhaitent s'installer chez nous", poursuit le maire du Belvédère.

La vie palpite, tenace et résolue, également à Tende, même si la reconstruction est longue et compliquée. "Le message que je souhaite faire passer est celui de l'optimisme. 50 familles sont toujours en dehors de chez elles, et les liaisons avec l'Italie ne sont pas encore rétablies. Il faudra attendre 2023 avant que les tunnels soient réouverts. Mais peu à peu, la vie reprend son cours. Le département a entrepris des travaux gigantesques sur les routes. Nul n'aurait pu prédire qu'aujourd'hui nous soyons aussi avancés", résume Jean-Pierre Vassallo.

Plus d'an an après la catastrophe, tout n'est pas réglé, mais les vallées tiennent le bon bout. En septembre 2021, un bilan d'étape dressé par la Fédération française des assurances, faisait état de 92 % des particuliers ayant reçu une première indemnisation. Les propriétaires des 420 biens immobiliers impactés par la tempête Alex qui ne peuvent être réhabilités (car situés en zone à fort risque d'inondation) bénéficient de leur côté du fond Barnier, doté de 120 millions d'euros.

Du point de vue des infrastructures, le chantier est titanesque. Dans la vallée de la Roya, de l'Estéron, des Préalpes et du Haut-Var, le département était compétent pour intervenir sur le réseau routier départemental. En revanche, les travaux routiers de la Vésubie et de la Tinée relevaient de la Métropole Nice-Côte-d'Azur. Au total, 273 millions ont été affectés aux routes départementales, dont 266 millions pour la vallée de la Roya.

Créer les conditions d'un avenir durable et résilient
Et la restauration des routes n'est qu'une partie du chantier de reconstruction. Parallèlement, il faut également rétablir les ouvrages hydrauliques, les berges, les ponts, les chemins de randonnée, les sites touristiques (le Vésubia Mountain parc a pu réouvrir le 26 juin 2021, moyennant 5,8 millions de travaux), soutenir les entreprises et les agriculteurs et créer les conditions d'un avenir durable et résilient.

L'idée n'est pas en effet de reconstruire les infrastructures à l'identique mais de leur permettre de mieux résister aux futurs aléas. Nommé le 14 octobre 2020 préfet délégué chargé de la reconstruction dans les vallées en conseil des ministres, Xavier Pelletier joue le rôle de chef d'orchestre. Son credo ? La reconstruction se fera avec l'eau, et pas contre l'eau. En clair, la solution ne passera pas par l'endiguement mais par une autre approche : laisser le plus de place possible au lit majeur des rivières, pour qu'elles puissent s'étendre, charrier des matériaux, au lieu de les contraindre, ce qui favorise l'accélération de l'écoulement des eaux.

Un parti pris doublé d'un autre, le souhait de co-construire un projet de développement des vallées avec les collectivités territoriales et la population. Car au-delà de la résilience des territoires (qui signifie simplement la capacité à "revenir à un état antérieur"), l'Etat et les collectivités souhaitent rebondir et favoriser les projets innovants, dans tous les secteurs d'activité : l'agriculture, la santé, le tourisme. L'avenir des trois vallées passe notamment par le renforcement de leur interconnexion et par le développement des liens transfrontaliers avec l'Italie.

Le lancement de la concertation citoyenne a eu lieu en décembre 2021, avec la mise en place d'un site internet où chacun peut poser sa candidature pour participer aux travaux. A la fin janvier 2022, ceux qui auront été sélectionnés seront invités à travailler en ateliers sur les projets, au sein de panels de cinquante citoyens par vallée. Leurs propositions seront ensuite soumises aux élus locaux.

En 2021, le Cerema* s’est doté d’une mission « Résilience, Transition, Climat » qui a vocation à coordonner certaines expertises que le centre met à disposition des collectivités sur ces sujets. Objectif pour l’équipe de Nicolas Beaurez : aider les territoires à construire une vision stratégique, globale et multi-acteurs pour ne plus seulement subir les crises mais les anticiper et les éviter.

Qu’est-ce que la résilience territoriale et son intérêt ?
Elle pourrait être définie comme la capacité d’un territoire à anticiper des perturbations, à en minimiser les effets et à évoluer vers un nouvel état plus soutenable. Dans une approche de résilience territoriale, il s’agit, à partir de la connaissance des vulnérabilités, d’anticiper les problèmes pour agir très concrètement, ce qui nécessite par ailleurs une bonne dose de lucidité et de courage. Cela peut conduire à abandonner certains modes de vie incompatibles avec le climat, la préservation de la biodiversité ou des ressources non renouvelables. C’est aussi et surtout ce qui rendra les efforts d’adaptation et de résilience vraiment efficaces

Quel est l’objectif de cette nouvelle mission du Cerema ?
En réalité, les territoires expérimentent tous les jours le concept de résilience territoriale sans forcément l’appeler comme cela. Notre but est de mieux expliciter ce concept et de le rendre opérationnel pour les collectivités territoriales en bâtissant des stratégies et des plans d’actions concrets pour des territoires plus résilients, plus durables. 

Les collectivités sont-elles réceptives à cette approche de résilience territoriale ? 
Elles comprennent majoritairement que l’inaction n’est plus une option et que l’adaptation est impérative. Elles ne sont, en revanche, pas encore toutes mûres pour abandonner un projet, simplement parce qu’il est, par exemple, inadapté au climat de demain. Par ailleurs, faute de vision intégrée beaucoup agissent déjà sans faire le lien entre les actions et les services. Or, notre méthodologie permet de révéler ce lien en trouvant des synergies entre ces initiatives parfois dispersées dans différents plans thématiques (plans climat, plan communaux de sauvegarde, etc).

Sur le fond, qu’est-ce que cela change dans l’appréhension des crises ?
L’outil « Boussole de la résilience » que nous avons développé permet de mettre en œuvre de nombreux leviers qui vont bien au-delà de la gestion classique des risques et des crises.
Outre une meilleure prise en compte de la sobriété dans les différents projets, le concept intègre davantage la solidarité, la coopération et la cohésion sociale. Travailler par exemple sur les personnes les plus vulnérables (personnes âgées et/ou pauvres, en situation de handicap, jeunes enfants…) qui sont aussi celles qui souffrent le plus lors d’événements critiques permet en effet d’améliorer naturellement la résilience quel que soit l’aléa (canicule, inondations, pandémie). 

Constatez-vous également une différence dans la manière de mener la réflexion ? 
La réflexion sur les vulnérabilités n’est pas qu’un sujet d’experts. Les acteurs sur le terrain (citoyens, élus, techniciens, associations ou entrepreneurs) connaissent les vulnérabilités et leur expertise des usages est complémentaire de l’expertise scientifique. Plus que sur n’importe quel autre sujet, il faut parler le langage de la coopération et aller au cœur des territoires pour s’appuyer sur ces dynamiques d’acteurs si l’on veut élaborer des réponses adaptées aux réalités de terrain et aux chocs à venir. 

 

En 2011, l'architecte Eric Daniel Lacombe livre à Romorantin, dans le Loir-et-Cher, un nouveau quartier situé en zone inondable. En cas d'inondation, les rues sont conçues comme des affluents temporaires de la rivière. Cinq ans plus tard, coup de théâtre, une crue millénaire survient, sans générer aucun dégât.

L'idée faisait partie des projets jamais aboutis de Léonard de Vinci : construire une cité lacustre idéale à Romorantin, où François 1er ambitionnait de construire sa capitale. 

Il a fallu attendre cinq siècles pour que ce rêve se concrétise. Au début des années 2000, Jeanny Lorgeoux, maire de la ville de Romorantin-Lanthenay, confie à l'architecte Eric Daniel-Lacombe le soin de concevoir un nouveau quartier sur l'ancien site de l'usine Matra, situé en zone inondable. "J'avais déjà réalisé mes premiers dessins lorsque j'ai été contacté par la sous-préfète. Les pouvoirs publics souhaitaient mieux prévenir les risques liés aux changements climatiques et avaient commencé à travailler sur un Plan de prévention des risques d'inondation (PPRI) pour Romorantin. Jusqu'ici, nous nous étions tous focalisés avec ce projet sur des questions de sauvegarde du patrimoine et de dépollution. Nous avons dû changer d'optique et nous concentrer sur le risque d'inondation", témoigne l'architecte.

Eric Daniel-Lacombe jette à la poubelle ses dessins, et repart à zéro. "J'ai pris deux années de cours d'hydraulique et j'ai beaucoup voyagé !". Il va à Venise, un passage obligé, puis en Nouvelle Orléans pour étudier les conséquences de l'ouragan Katrina et aux Pays-Bas, pour découvrir la nouvelle approche des néerlandais en zone inondable, incarnée par le programme "De la place pour les rivières".

Endiguer la nature, ou faire avec ?

"Auparavant les Néerlandais pompaient et asséchaient les terres. Il y a 15 ans, ils sont revenus sur cette politique et ont décidé de rendre la terre à la mer et de refaire une place aux rivières. Ce système de régulation naturelle a fait ses preuves, car cet été, la Meuse a épargné la Hollande", ponctue Eric Daniel-Lacombe. Ces exemples inspirent l'architecte et nourrissent une conviction : l'homme a longtemps lutté contre les éléments naturels, en construisant des digues et des abris étanches mais cette stratégie a prouvé ses limites : "A la Faute-sur-Mer en Vendée, à la Nouvelle Orléans, à Fukushima, les digues ont rompu et tué. Les conséquences sont beaucoup plus brutales car on n'a pas le temps de se préparer", estime Eric Daniel-Lacombe. Sans oublier un effet pervers de ces mesures soit disant protectrices… "Une digue, un abri trop étanche coupent l'homme de la nature. Celui-ci ne perçoit plus les changements météorologiques, la montée des eaux. Il perd un savoir ancestral et commet des erreurs, comme se ruer vers le parking souterrain pour prendre la voiture en cas d'inondation". Conclusion ? "Il faut construire des abris mais qui n'isolent pas des phénomènes naturels". 

D'où l'idée d'expérimenter à Romorantin une nouvelle approche, sur le modèle néerlandais : faire avec la nature et non contre, construire le quartier en l'adaptant au risque d'inondation possible.

Jeanny Lorgeoux, le maire de Romorantin-Lanthenay, féru d'histoire, communique à Eric Daniel-Lacombe le cadastre napoléonien et les chenaux d'écoulement des crues de l'époque. "On s'est aussi inspirés des Gaulois, qui savaient faire des huttes lacustres. Des Gaulois à Léonard de Vinci, les exemples ne manquent pas dans l'histoire. Nos ancêtres savaient concevoir un habitat parfaitement adapté au contexte géographique et aux aléas climatiques", analyse l’édile.

La direction territoriale des territoires du Loir-et-Cher (DDT), la mairie et l'architecte se mettent autour d'une table pour élaborer le projet du nouveau quartier. Les contraintes sont les suivantes : les crues millénaires étant estimées à 1,20 mètre de hauteur, l'Etat demande de placer les habitations à 1,50 mètres, soit 30 centimètres de marge de sécurité. Par ailleurs, le PPRI limite les constructions à seulement 20 % de la surface du quartier.

Eric Daniel-Lacombe fait un pari radical. Il imagine des immeubles construits sur pilotis, offerts à la circulation de l'eau en cas de crue. "L'idée étant de faire en sorte que l'eau traverse le quartier de manière fluide, pour qu'elle s'écoule naturellement le plus vite possible sans générer de dégâts". En cas de crue, le quartier devient ainsi un affluent temporaire de la rivière, la Sauldre. 

Des rues conçues comme les méandres d'une rivière

Pour cela, les rues épousent les méandres d'une rivière et les maisons sont construites sur pilotis. Sous le pilotis, l'espace reste inutilisé. Pas question d'y installer des garages, ce qui exposerait les voitures à l'eau. Des petits grillages dissuadent également de l'utiliser comme espace de stockage. L'espace doit rester libre, pour laisser passer l'eau.

Tout est conçu pour que les habitants puissent vivre avec la rivière et s'adapter à ses aléas. Le bassin de rétention est ouvert aux yeux du public, doté de plantes et de passerelles. "Les habitants peuvent ainsi suivre l'évolution du niveau de l'eau et se préparer au débordement de la rivière", explique Eric Daniel-Lacombe. Ils disposent alors de tout leur temps pour mettre à l'abri leurs voitures : dans le quartier, les niveaux des jardins, voiries, garages et planchers d'appartement varient pour mieux protéger les biens et permettre aux habitants de circuler malgré la montée des eaux.

Le nouveau quartier Matra voit le jour en 2011. Restait une inconnue : comment allait-il se comporter en cas de grosse inondation ? L'énigme n'est pas restée longtemps sans réponse, puisque cinq ans plus tard, en juin 2016, une crue de niveau millénaire survient. Celle-ci valide le pari de Matra, car tout se passe comme l'architecte l'a prévu. 

Plus loin, le centre-ville reste inondé durant quinze jours, l'eau ne fait que traverser le quartier de Matra, s'écoulant naturellement dans les rues, entre les immeubles, sous les habitations, dans les jardins individuels. Au bout de 48 heures, elle est évacuée, sans aucun dégât. Les sols des appartements, eux, préservés à 10 centimètres près de la crue millénaire, sont restés miraculeusement secs. Léonard avait donc raison…

En août dernier, plus de 7000 hectares sont à nouveau partis en fumée dans la forêt des Maures, à partir de Gonfaron, dans le Var. Comment la forêt se répare-t-elle et quel rôle joue l'homme dans ce processus ? Pour Jean-Louis Pestour, responsable national incendies à l'ONF, il est mineur : la nature est bien faite et la forêt peut se régénérer en général sans intervention humaine.

L'été 2021 a été marqué par un incendie majeur, parti de la commune de Gonfaron dans l'arrière-pays varois, qui a brûlé en près d'une semaine 7000 hectares de forêt. Quel est le bilan global de l'année sur la zone sud ? 
Nous n'avons pas encore les bilans définitifs de l'année. Selon le bilan intermédiaire à la fin août, sur la zone Sud (c'est à dire PACA, Occitanie, Corse et Drome Ardèche), nous avons dénombré en 2020 543 feux et 9477 hectares brûlés. Il faut comparer ces chiffres avec la moyenne annuelle des dix dernières années à la même date : 844 feux pour 3991 hectares brûlés. En 2021, nous avons donc eu moins d'incendies mais plus du double d'hectares brulés. Le feu de Gonfaron a alourdi le bilan, puisqu'il représente plus de 70 % de la surface brûlée en zone sud. 

Le réchauffement climatique favorise-t-il le déclenchement et la gravité des feux de forêt ?
On sait que le réchauffement climatique va générer des épisodes de sécheresse beaucoup plus nombreux et intenses, et que potentiellement, cela induit des risques de feux plus importants. En zone sud, mais aussi sur le reste de l'Hexagone, car le phénomène s'étend vers le nord et l'ouest de la France, à un nombre croissant de territoires… On l'a vu cet été avec des incendies un peu partout en Europe, en Afrique du Nord, aux Etats-Unis, Australie, Sibérie…On constate de plus en plus à l'échelle planétaire des surfaces d'incendies très importantes avec des feux très intenses et qui durent longtemps.
Reste que statistiquement, au niveau français, on ne peut pas mettre en lumière une aggravation des feux de forêts liée au réchauffement climatique. Les chiffres sont plutôt rassurants probablement en lien avec une politique de prévention et de lutte relativement efficaces. Même s'il faut rester modeste dans ce domaine…
D'importants moyens, terrestres et aériens, ont été déployés et ont montré leur pertinence. L'augmentation des moyens aériens notamment est un élément déterminant, ainsi qu'une meilleure prise en compte par nos concitoyens du risque incendie.

On constate de plus en plus à l'échelle planétaire des surfaces d'incendies très importantes avec des feux très intenses et qui durent longtemps.

Jean-Louis Pestour, responsable national incendies à l'ONF

Concrètement, quels sont les mécanismes en jeu ? Quel rôle joue le réchauffement climatique dans l'apparition et la violence des feux ? 
Les températures s'élèvent, donc les épisodes de sécheresse et de canicules se multiplient et les pluies se raréfient. La végétation souffre plus, comporte davantage d'arbres secs ou morts qui potentiellement peuvent générer de la biomasse combustible sèche et inflammable… Quand il fait très chaud (et cela a sans doute joué dans le cas de Gonfaron), les résineux, cistes, romarins, dégagent par ailleurs des composants organiques volatils qui peuvent s'enflammer facilement. Tous ces éléments combinés accroissent le risque d'incendies majeurs.

Sur un feu comme celui de Gonfaron, peut-on parler d'effets irréversibles sur la végétation ?
Heureusement, la nature est bien faite et a une grande capacité de résilience face à ce type de traumatisme. En revanche, si cet évènement se reproduit à intervalles très courts, c'est à dire tous les cinq ou dix ans, cela deviendrait plus problématique car la végétation aurait du mal à se restaurer.
Les dommages irréversibles concernent surtout les animaux, notamment ceux qui ne peuvent pas fuir, comme par exemple les tortues d'Hermann lors de l'incendie de Gonfaron. Cette espèce est déjà menacée d'extinction et la réserve nationale de la plaine des maures est leur dernier bastion. Selon certaines estimations, l'incendie d'août dernier aurait décimé 40 % de la population de tortues. Si les incendies se multiplient, leur population risque d'avoir du mal à se maintenir.
Certains milieux peuvent aussi être fragiles et mettre du temps à se restaurer, comme par exemple les mares temporaires dans la plaine des Maures qui abritent des insectes, des batraciens, et peuvent être comblées par des cendres en cas d'incendie. Dans le Var, l'ONF a déjà restauré ainsi des milieux humides en recreusant les mares après un feu.

Heureusement, la nature est bien faite et a une grande capacité de résilience face à ce type de traumatisme. 

Jean-Louis Pestour, responsable national incendies à l'ONF

Et pour la végétation ? Vous dîtes que la "nature fait bien les choses". Cela veut-il dire qu'on laisse faire ?
Notre logique est la suivante : ne pas se précipiter, regarder comment la nature réagit, au moins jusqu'au printemps de l'année suivant l'incendie. Dans un premier temps, nous nous contentons d'actions d'urgence vis à vis du risque de chute d'arbres, de glissement de terrain, etc. Et dans un deuxième temps, nous attendons la réaction de la végétation.
Selon le type de végétation, les réactions vont être différentes. Les chênes liège sont l'essence la mieux adaptée au milieu méditerranéen. Ils sont parcourus par le feu mais sont protégés par leur écorce. Ils repartent en général au printemps, à la faveur des pluies.
A l'automne 2021, dans le massif des Maures, nous avons déjà pu observer sur certains chênes liège des petites pousses de quelques centimètres. L'arbre est toujours vivant et capable de créer du feuillage.
S'il n'y a pas repousse, notre politique est différente : nous coupons au niveau de la souche et attendons la pousse de "rejets de souche", toujours possible si les racines de l'arbre ne sont pas détruites. 

Comment se comportent les autres essences ? 
Parmi les feuillus, on peut trouver aussi trouver des chênes pubescents ou des chênes verts, qui sont plus fragiles que le chêne liège mais peuvent aussi repartir.
La stratégie est un peu différente pour les pins. Le feu favorise l'ouverture des cônes des pins et libère des graines qui se retrouvent dans le sol. Elles germeront au printemps et donneront des jeunes pins. Ces graines s'ajoutent à celles qui étaient déjà contenues dans le sol et qui ne germaient pas forcément car la surface était couverte de végétation. 

Cela veut-il dire qu'on ne replante plus d'arbres après un incendie ?
Cela peut arriver, en dernier recours, pour des questions paysagères, patrimoniales ou de production, mais ces pratiques sont de moins en moins fréquentes en zone méditerranéenne. 

Pourquoi ce changement de doctrine ? Il y a quelques années, planter des arbres faisait bien partie des solutions envisagées pour réparer la forêt après le passage d'un feu ? 
Effectivement, il y a trente, quarante ans, nous bénéficions de financements importants, en particulier européens, et étions davantage dans une logique de reboisement systématique après un incendie. Aujourd'hui, la stratégie est totalement différente, on privilégie la régénération naturelle et on aide la nature plus qu'on intervient. Nous nous sommes aperçus que les politiques de reboisements pouvaient échouer, et qu'elles étaient coûteuses. C'est donc devenu un dernier recours.

Quelles sont les stratégies mises en place pour rendre les forêts encore plus résistantes aux incendies ?
L'ONF réfléchit notamment sur l'introduction d'essences nouvelles pour mieux prendre en compte le changement climatique. Comme je l'ai dit, les espèces en place sont relativement bien adaptées, mais nous recherchons aussi d'autres essences en zone méditerranéenne adaptées à des zones encore plus arides, qui se montreront encore plus résistantes dans un contexte de réchauffement climatique. Nous testons notamment des essences comme des pins d'Alep ou des chênes issus de régions encore plus sèches, par exemple d'Afrique du Nord, de Grèce ou de Turquie. 

La crise environnementale engendre d’ores et déjà des perturbations écologiques d’importance qui touchent d’abord les collectivités territoriales. Deux tiers des communes sont soumises à un risque majeur. Dans les outre- mers, c’est 100 % des communes ! Un Français sur 4 et un emploi sur 3 sont aujourd'hui potentiellement exposés aux inondations, principal risque majeur national en nombre de communes concernées et de coût économique. En nombre de victimes potentielles, c’est le risque sismique qui est le plus à craindre, notamment aux Antilles. 

Sans plus attendre, il s’agit de trouver des solutions concrètes. Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) estime que 50 à 70 % des leviers d’actions contre ces catastrophes naturelles sont locaux. Quelle que soit la nature de la catastrophe, les territoires doivent apprendre à anticiper, atténuer les conséquences, innover, s’adapter et évoluer vers un nouvel état durable. Pour développer ces capacités essentielles, les collectivités territoriales peuvent compter sur l’appui du CNFPT dont l’offre de formations innovantes, adaptées et concrètes s’enrichit continuellement. Avec, au-delà des indispensables outils de gestion de crise, le souci de fédérer les services et de faire évoluer la culture du risque en interne mais aussi auprès des habitants afin de toujours mieux anticiper.

Décrypter la loi "Climat et résilience"

Les domaines de compétence visés par la loi « climat et résilience » promulguée le 22 août sont nombreux et l’offre du CNFPT évolue pour en présenter les principales conséquences pour les collectivités à travers 6 courts webinaires thématiques proposés en janvier 2022. 

Ils traitent d'une manière ou d'une autre la question de la résilience des collectivités face aux conséquences du changement climatique. Le 5ème de ces webinaires, intitulé « Déchets, eau, pollutions et risques naturels » et programmé le jeudi 20 janvier, y est plus particulièrement consacré. Y sont en effet abordés le nouveau dispositif de gestion du recul de trait de côte, avec ses enjeux urbanistiques et domaniaux, mais aussi les mesures dans les domaines de l’eau et des déchets, ainsi que les nouvelles sanctions et infractions dont l’écocide.

•Stratégies globales, éducation à l’environnement et commande publique
•Energie et bâtiment
•Mobilité, voirie, parcs véhicules
•Agriculture, alimentation, restauration collective
•Urbanisme - Biodiversité

Stages

Le CNFPT anticipe les évolutions à travers l’adaptation de ses stages de formation aux nouveaux enjeux de résilience pour les collectivités.

Le changement climatique en zone littorale : le recul du trait de côte 

Le CNFPT programme un stage de 3 jours présentiels + 1 jour à distance consacré aux conséquences de l’inexorable élévation du niveau des océans telles que l’érosion et submersion marines pour les collectivités concernées. Au-delà de l’identification des impacts du changement climatique sur les zones littorales et côtières, le stage permet d’apprécier la vulnérabilité de ces territoires et de développer une stratégie locale de résilience et sa déclinaison opérationnelle de relocalisation. Les stagiaires s’y forment à l’élaboration de stratégies locales de gestion intégrée du trait de côte mais aussi à l'utilisation des outils d'urbanisme et de prévention des risques et leur articulation : PLU, SCoT, PPRi, PPRL. 

Au menu : exposés de cadrage, retours d'expérience, temps d'échanges et cas pratiques. Cette formation comprend un échange entre stagiaires et/ou l'intervenant sous forme d'une e-communauté de stage accessible depuis la plateforme numérique d'apprentissage du CNFPT.

Ce stage appartient à plusieurs itinéraires de formation : L’ingénierie de l’eau et le changement climatique et Protection et aménagement durable de l’espace littoral 

La prise en compte des risques naturels dans les documents d’urbanismes et les opérations d’aménagement 

2 jours présentiel et 1 à distance pour déterminer l'intégration des risques naturels dans la conception des opérations d'aménagement à partir d'une approche de résilience des territoires, établir les actions permettant leur prévention en associant l'ensemble des acteurs concernés (Etat, communes, et administrés). 

Au programme, loi Maptam, compétences GEMAPI et traduction des enjeux et responsabilités dans les documents de planification et de prévention (SCoT, PLU, PPRN, PPRI, etc.)… 

Le stage mise sur des études de cas et des échanges entre stagiaires et/ou l'intervenant.e sous forme d'une e-communauté de stage.  

La prévention du risque d’inondation

2 jours présentiel et 1 jour à distance pour identifier les différents types d'inondations, définir la réglementation, les responsabilités des acteurs et les outils de prévention des risques inondation afin de développer une culture du risque pour réduire la vulnérabilité aux inondations, coordonner une politique de prévention et réaliser les aménagements nécessaires. En plus des échanges de pratiques, le stage prévoit une e-formation riche de nombreuses ressources pédagogiques et comprenant e-communauté de stage de 3 heures.

La prévention et la gestion des risques naturels 

Au sein de l’itinéraire de formation « Conseiller ou conseillère en management des risques majeurs », ce stage d’une durée de 2 jours vise à identifier les risques naturels de façon exhaustive pour décrire les menaces et mettre en œuvre des démarches opérationnelles en vue de prévenir et d'alerter. Privilégiant la mise en situation, ce stage suppose la connaissance de la méthodologie d'analyse et d'évaluation des risques.

La gestion des eaux pluviales et sa prise en compte dans les projets d’aménagements urbains 

Cette formation de 2 jours présentiels et 1 jour à distance permet d’identifier le contexte dans lequel s'inscrit la gestion des eaux pluviales, de comprendre les notions élémentaires d'hydrologie, les principes de fonctionnement des systèmes de gestion d'eaux pluviales canalisés et intégrés et d’adapter la conduite de projet aux spécificités de la Gestion intégrée des eaux pluviales (G.I.E.P.). Le stage prévoit des études de cas pratiques, un partage d'expériences, une visite apprenante et, à distance, une communauté de stage tutorée, un webinaire et une classe virtuelle (cas pratique en atelier).

Les démarches et les méthodes pour des routes et voiries durables 

Face aux atteintes liées au changement climatique (érosion pluviale, submersion…), cette formation d’une durée de 3 jours permet aux stagiaires de s'approprier la méthodologie de référentiels pour des routes et des voiries durables, de transposer la démarche à des projets urbains et interurbains et d’appliquer des techniques routières durables. Les études de cas et présentations de réalisations d'aménagements proposées supposent une maîtrise de la conduite d'une opération de voirie et la connaissance des enjeux, techniques et méthodes d'intégration du développement durable dans les activités de conception, de réalisation et de gestion d'un patrimoine de voirie

La recherche d'une résilience des territoires et des collectivités face aux risques et contraintes 

Il s’agit du deuxième module du cycle professionnel Directeur et directrice générale de collectivités de plus de 40 000 habitants. Un cycle qui s’adapte à l’indispensable prise en compte des enjeux de développement durable par les cadres dirigeants. Le cycle se déroule sur 6 sessions de 2 à 3 jours espacées d'un mois et 1 session d'une semaine dans un pays étranger. 

Webinaires

En plus des six webinaires décryptage de la loi « climat et résilience », le CNFPT a enrichi son offre de séminaires en ligne : 

Ruissellements et érosion des sols : Phénomènes, expérimentations, actions de luttes

Webinaire du 11 mai 2021 avec Jean-François Ouvry (directeur de l’AREAS, Association de recherche sur le ruissellement, l'érosion et l'aménagement du sol) à retrouver en replay sur 

Retour d’expérience sur la reconstruction de la ville du Teil en Ardèche 

Un webinaire consacré à l’expérience d’une reconstruction suite au séisme qui a frappé la commune en 2019 et que l’on peut retrouver en s’inscrivant à l’e-communauté Développement Local du CNFPT. 

MOOC

Villes et territoires durables 

Les cours en ligne gratuits permettent de découvrir, apprendre, progresser avec des experts des meilleurs établissements d'enseignement supérieur. Le CNFPT en propose plusieurs sur la plateforme Fun MOOC dont un avec l’ADEME consacré aux villes et territoires de demain et à la manière de les repenser.  

Celui-ci dure 3 semaines et demande 5 heures de votre temps, à un rythme d’environ 1h45 par semaine.

Evénements

Le CNFPT propose également chaque année des événements nationaux pour se rencontrer autour des thèmes de la résilience face à l’intensification des phénomènes naturels impactant les collectivités territoriales. 

Rencontres nationales de l’ingénierie territoriale

Les prochaines RNIT proposeront un atelier Résilience des territoires. L’occasion d’explorer et de partager les pistes, formes d’action et ressources que les collectivités peuvent mobiliser, de façon agile et à bon escient : acteurs publics et privés, ingénieries techniques, financières, de projet, les méthodes, outils et compétences issus des expériences concluantes et de l’innovation…. Rendez-vous du 11 au 13 mai 2022 à Metz. 

Plus d’informations auprès de rnit@cnfpt.fr

Journée d’actualité 

La journée d’actualité consacrée à la compétence Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations (GEMAPI) sera occasion d’échanger autour de la compétence GEMAPI (son cadre général et les différents services attendus) et son articulation avec les autres politiques publiques (Aménagement, urbanisme, environnement, voirie...). A l’issue vous serez en mesure de distinguer les obligations des collectivités en matière de GEMAPI et le rôle et les obligations du GEMAPIEN. 1 jour en présentiel entre le 20 et le 24/12/2022 à Vannes 

E-communautés

Ouvertes à tous sur simple inscription, les e-communautés du CNFPT sont des lieux pour se retrouver autour d’un sujet de prédilection entre pairs. Elles permettent de s’informer, de partager des expériences et se former aussi parfois à travers des webinaires spécialement conçus par et pour la communauté. La résilience dont les territoires doivent désormais faire preuve face aux catastrophes naturelles est au cœur des contenus accessibles dans plusieurs e-communautés : 

•Développement local
•Développement durable
•Eau assainissement et milieux aquatiques
•Routes et rues
•Urbanisme aménagement foncier