Comment rafraîchir les villes ?

Les épisodes de canicule, la sensibilité croissante des citoyens au sujet, la mise en place depuis 2015 de plans climats air énergie territorial (PCAET)…contribuent à accélérer les initiatives des collectivités en faveur du « rafraîchissement urbain ». Avec quelle efficacité ?

Les épisodes de canicule, la sensibilité croissante des citoyens au sujet, la mise en place depuis 2015 de plans climats air énergie territorial (PCAET)…contribuent à accélérer les initiatives des collectivités en faveur du « rafraîchissement urbain ». Avec quelle efficacité ?

Là encore, il n'est pas exclu que la crise sanitaire joue un rôle d'accélérateur… Peut-être parce qu'elle rappelle la fragilité de l'homme face à la nature et la nécessité de lui redonner toute sa place. Mais aussi parce que le confinement, notamment en milieu urbain, a conduit nombre de citadins à s’interroger sur la qualité de vie et la résilience climatique des métropoles.

Dès son élection, Anne Hidalgo a placé son second mandat sous le signe de l'urbanisme vert, proposant de mettre en place le premier PLU bioclimatique en France. Objectif ? Améliorer la prise en compte de tous les sujets environnementaux dans l'urbanisme et redonner une place à la nature. Parallèlement, elle annonçait la plantation de 170 000 arbres dans la capitale d'ici six ans, via des mini-forêts urbaines de 200 m2 plantées d'une trentaine d'arbres, dans des lieux comme le parvis de l'hôtel de ville, l'Opéra, la gare de Lyon ou la Tour Montparnasse. Dans la plus pure tradition rurale, un arbre sera planté par les parents chaque fois qu'un enfant naîtra.

Végétaliser réduit de 30 % les besoins en climatisation

L'initiative n'est pas isolée. Planter des arbres est devenu un mot d'ordre pour beaucoup de collectivités. Un engouement qui s'explique par les multiples bienfaits de l'arbre en ville : embellissement du cadre de vie et du bien-être, enrichissement de la biodiversité, avec le retour des oiseaux et des insectes, création d'ombres et réduction des îlots de chaleur grâce à l'évapotranspiration des arbres. Selon l'ONU, la végétalisation en milieu urbain permettrait la réduction de 30 % des besoins en climatisation.

Dès lors, les collectivités multiplient les effets d'annonce. Bordeaux a proclamé en juillet dernier la plantation de 20 000 arbres d'ici 2025. Nantes fait de la plantation de canopées le fil rouge/vert de son futur quartier de Pirmil-les-Isles (voir article). Tandis qu'Angers a annoncé en janvier dernier la plantation de 100 000 arbres issus des pépiniéristes locaux d'ici cinq ans, dont une centaine d'arbres fruitiers dans les parcs, jardins de la ville et jardins familiaux.

La végétalisation, premier levier du rafraichissement des villes, n'a pourtant pas un effet magique. "Rafraîchir la ville est complexe. Il n'y a pas une solution. Il faut les coupler et croiser les expertises", commente Aude Lemonsu, chercheur au CNRS/Météo France. Ce bémol ne remet pourtant pas en cause l'intérêt du végétal, car "la végétalisation est une solution sans regrets. Même quand on a du mal à quantifier l'effet thermique, on ne regrette rien, car les co-bénéfices sur la qualité de vie et le bien-être humain sont considérables".

Préparer les villes au réchauffement climatique ne se résume pas pour autant au verdissement. Les phénomènes climatiques sont complexes, différents selon la topographie des villes, et celles-ci doivent jouer sur tous les paramètres : végétal, configuration du bâti, couloirs de circulation des vents, artificialisation des sols, etc.

"L'objectif est que les villes s'appuient sur les résultats et les diagnostics établis par les programmes de recherche de ces dix dernières années. Des actions de transfert de connaissance et d'expertise du monde de la recherche vers le monde opérationnel peuvent aider les métropoles, mais aussi les villes petites et moyennes, qui n'ont pas forcément les ressources pour intégrer les aspects climatologique", résume Aude Lemonsu.

Des cartes climatiques pour orienter les projets d'aménagement urbain

Le projet MApUCE (pour Modélisation Appliquée et droit de l'Urbanisme : Climat urbain et énergie), répond justement à cet enjeu d'intégration des données du microclimat urbain dans les politiques urbaines. Initié en mars 2014 par le Centre national de recherche météorologiste (CNRM), il a associé huit laboratoires de recherche en climatologie urbaine, urbanisme, architecture, géographie, géomatique, sociologie et droit de l'urbanisme, ainsi que la Fédération nationale des agences d'urbanisme.

Leurs travaux ont abouti sur la mise en place d'un outil de diagnostic climatique urbain destiné à orienter les démarches de planification urbaine (notamment à travers l'élaboration du PLU) et la conception des projets d'aménagement à l'échelle des quartiers. Les villes bénéficient ainsi d'une "carte climatique" avec deux niveaux d'information : d'un côté un diagnostic microclimatique qui rassemble toutes les informations ayant un impact sur la température ; de l'autre, une carte de recommandations pour faire baisser les températures et circuler l'air.

Toulouse Métropole a rejoint depuis 2015 le projet MApUCE pour intégrer la thématique climat-énergie dans son premier PLU intercommunal. La carte microclimatique du territoire a mis en lumière les îlots de chaleur et les variations de température d'un micro quartier à une autre, et apporté des révélations, parfois contre-intuitives.

En été, la partie la plus chaude de la métropole toulousaine n'est pas, en effet, le centre-ville, mais ses faubourgs immédiats. Dans le centre-ville, les rues étroites font de l'ombre et réduisent l'accumulation de chaleur, créant même des phénomènes d'îlots de fraicheur. En revanche, les nuits sont plus rafraîchissantes dans les faubourgs, la largeur des rues laissant l'air circuler.

"Chaque ville a ses spécificités. D'où la nécessité de recourir à un diagnostic précis", avance Aude Lemonsu. Plusieurs villes, à l'instar de Toulouse Métropole en collaboration avec le CNRM, Dijon Métropole avec l'Université de Bourgogne, ou Rennes Métropole avec l'Université Rennes 2, ont mis en place des réseaux de stations d'observation climatique. Les collectivités qui n'ont pas les moyens de le faire peuvent s'appuyer sur les données collectées par les citoyens via leur smartphone, à travers par exemple l'application Netatmo.

Pour quel effet ?

Reste une question majeure : jusqu'où peut-on aller dans le rafraîchissement de la ville ? Les PLU bioclimatiques suffiront-ils à rendre supportables les villes dans l’évolution programmée du réchauffement climatique ? « On peut gagner jusqu'à 2 et 3 degrés au maximum, en associant plusieurs solutions », estime Aude Lemonsu.

Guillaume Faburel, professeur à l'institut d'urbanisme de Lyon, chercheur à l'unité mixte de recherche Triangle est plus tranché : « Il y a des phénomènes mécaniques, physiques, qui rendent inéluctable le réchauffement. On peut créer ici et là des oasis de fraîcheur, gagner en effet un ou deux degrés mais si l'on continue à bétonner à côté, c'est peine perdue ! » .

Seule solution, selon lui :  changer de modèle, mettre fin à l'expansion des métropoles et à notre extrême dépendance aux villes, en optant pour un "polycentrisme à taille humaine". « Pourquoi avons-nous laissé faire ? Pourquoi avons-nous accepté de nous entasser tous au même endroit ? ». Une grande question à laquelle son livre, "Métropoles Barbares ; démondialiser la ville, désurbaniser la terre", apporte quelques réponses…

 

Concrètement, quels sont les paramètres qui permettent de faire baisser la température dans les villes ? Voici un panorama des solutions déjà expérimentées en France et à l'étranger.

L'eau

Une rivière, un lac, un point d'eau, et c'est l'effet rafraîchissant garanti, a fortiori si le vent s'en mêle… Mais les urbanistes peuvent aussi donner un coup de pouce à la nature en arrosant les chaussées avec des buses d'aspersion intégrées aux trottoirs. L'eau, aspergée sur la chaussée, s'évapore et participe à l'humidification et au refroidissement de l'air ambiant. Certaines villes explorent aussi les potentialités des pavés à rétention d'eau, comme Nice. Description : des pavés sont posés sur un lit de sable. Un tuyau alimente ce lit en eau qui remonte par capillarité vers le pavé. Celui-ci, humide, contribue ainsi à rafraîchir l'air ambiant.  

De son côté, Tokyo a renoué avec une tradition ancestrale. Au XVIIème siècle, les Japonais arrosaient le sol devant leur maison pour la rafraîchir. 400 ans plus tard, la municipalité a invité les habitants à faire de même lors d'une "campagne d'arrosage de trottoirs", en privilégiant bien sûr l'eau de pluie. 

Les réseaux de froid

Les réseaux de froid constituent également une bonne alternative aux systèmes classiques de climatisation. Des sites comme le Louvre, le Forum des Halles et les Galeries Lafayette, mais aussi des hôpitaux et des bureaux sont rafraîchis selon ce système. L'eau de la Seine est captée et acheminée dans un centre de stockage de froid. Cette eau glacée est ensuite dirigée vers les immeubles via des canalisations. 

Marseille pour sa part a mis en place des réseaux de "froid renouvelable". L'eau de la mer est captée en profondeur, là où elle est la plus fraîche. Elle sert à refroidir un réseau d'eau douce qui circule dans les canalisations des immeubles. 

L'air

Ce paramètre est pris en compte par la ville de Stuttgart depuis les années 30 (voir interview de Solène Marry, de l'Ademe) : la circulation de l'air favorise le rafraîchissement des villes. Mais d'autres villes ont suivi son exemple. L'idée est de favoriser une architecture (forme du bâti, taille des immeubles, largeur des rues, etc.) qui laisse passer les courants d'air. Pékin envisage de construire cinq couloirs de ventilation de plus de 500 mètres de large ainsi que des couloirs plus étroits, en reliant les espaces verts, les points d'eau, les autoroutes et les immeubles peu élevés. Objectif : réduire la pollution et rafraîchir l'air en même temps. 

A Masdar, dans l'émirat d'Abou Dabi, des architectes ont réinventé le système ancestral des "tours à vent" propre à l'architecture perse. Ils ont imaginé une tour creuse posée sur des piliers d'acier, dans laquelle un cylindre vertical s'élève sur les cinq étages. Celle-ci capte l'air chaud par le sommet, et renvoie de l'air frais par le bas grâce à un système de brumisation. 

La végétation

La végétalisation et notamment les arbres, sont la voie royale pour rafraîchir les villes. Ces derniers font de l'ombre et sont des régulateurs naturels de température. Ils puisent en profondeur l'eau dans le sol et émettent de la vapeur d'eau dans l'air, grâce au phénomène "d'évapotranspiration". Rien d'étonnant alors si les villes en quête de fraîcheur surenchérissent sur le nombre d'arbres plantés et verdissent les rues, tirant parti du moindre m2 disponible, et les toits végétalisés et le sol. En 2015, New York a achevé son programme intitulé "the million tree intitiative", avec 1 million d'arbres plantés.

L'architecte Vincent Callebaut a dévoilé en 2015 un projet révolutionnaire de transformation de la tour Montparnasse en Central Park vertical de 58 étages. Les habitants auraient ainsi pu se promener dans un parc atypique constitué d'une promenade en colimaçon. Le projet n'a pas abouti mais l'architecte a été retenu pour réaliser la tour écologique de Tao Zhu Yuan à Taipei (Taïwan).

Les couleurs claires

Le noir absorbe la chaleur, les couleurs claires la renvoient. Ce phénomène est bien connu et explique la prédominance des couleurs claires dans les vêtements d'été. Or ce qui vaut pour les vêtements vaut aussi pour l'espace public. L'asphalte noir joue un rôle important dans la hausse des températures : il absorbe la chaleur, l'emprisonne et empêche les températures de tomber la nuit.

D'où l'idée de repeindre les villes et notamment leurs toits en blanc. New York a donné le clap de départ en 2012 avec le projet cool roofs. D'autres villes nord américaines lui en emboîté le pas, ainsi que Séoul, en Corée du Sud, en 2015. 

L'éclaircissement des sols est aussi d'actualité. A Lyon, le nouveau revêtement en béton désactivé de couleur claire utilisé pour les trottoirs de la rue Garibaldi diminue de 20 degrés la température au sol en cas de canicule par rapport à du bitume classique.

Laisser respirer les sols

Plus un sol est poreux, plus il restitue de la fraîcheur grâce à l'évaporation de l'eau de pluie et plus il diminue le risque d'inondation. 

L'objectif des villes est donc de mettre fin à l'artificialisation des sols, de dé-bétonner et casser l'asphalte. Plusieurs solutions existent pour renforcer la perméabilité des revêtements : asphaltes poreux, dalles perméables, briques posées sur le sable.

Utiliser les interstices de la ville

Les villes ont rarement les ressources foncières pour créer de nouveaux parcs et espaces verts. Mais elles ont aussi des "espaces intersticiels", laissés le plus souvent à l'abandon entre deux constructions. Pourquoi ne pas les utiliser alors pour créer des prairies urbaines ? L'idée est en train de faire son chemin. Elles nécessitent très peu d'entretien et abritent insectes et oiseaux.

 

Depuis dix ans, l'Ademe soutient la recherche pour mettre en lumière les solutions les plus efficaces de rafraîchissement urbain. Celles-ci étant désormais connues, reste à aider les collectivités territoriales à s'emparer des avancées scientifiques, selon Solène Marry, docteure en urbanisme et correspondante recherche au sein de la direction Adaptation, Aménagement et Trajectoires bas carbone de l'Ademe.

En 2017, l'Ademe a dressé un panorama exhaustif des solutions de rafraîchissement urbain. Cela veut-il dire qu'aujourd'hui, on sait sur quels leviers jouer ?

Nous bénéficions désormais d'une décennie de recherche interdisciplinaire sur le sujet. Dès 2012, l'Ademe a lancé un appel à projet de recherche pour évaluer les effets des dispositifs de rafraîchissement urbain sur le confort thermique, l'environnement, la santé et la consommation énergétique. Ont ainsi émergé des projets comme EPICURE (Etude paramétrique de la Performance de dispositifs Urbains pour un Rafraîchissement Environnemental), TERRACES (Toitures vEgétales pour RafRaîchir les Ambiances Climatiques urbainES), IFU (ilôts de fraîcheur urbains) ou EVA (Eau, Végétation, Albedo). Notre connaissance scientifique des leviers du rafraîchissement urbain a beaucoup progressé.

Pourquoi faire appel à la recherche et à la science ?

Tout simplement parce que pour rafraîchir la ville, il n'y a pas de solution unique. Cela suppose d'assembler un ensemble de solutions : la végétalisation, associée à une bonne gestion  de l'eau, la désartificialisation et désimperméabilisation des sols, l'usage de couleurs claires pour le bâti et les revêtements urbains et des formes architecturales favorables à l'ombrage et à la circulation de l'air. 

Végétaliser une ville est toujours bénéfique pour la qualité de vie des habitants. Mais si l'on veut être efficace d'un strict point de vue microclimatique, c'est plus compliqué. Si l'on se contente de plantes en pot fortement consommatrices en eau, cela sera contre-productif. Le réensauvagement comme par exemple des zones naturelles humides ou des "forêts urbaines" sera beaucoup plus efficace. Il faut re-créer un micro climat en jouant sur les strates d'arbres, d'arbustes, et d’herbacées, sur les essences et réfléchir sur le temps long et la maturité des arbres. Les arbres "transpirent" et rejettent de l'eau évapotranspiration. Or les arbres les plus matures ont tendance à plus transpirer que les autres. Ils sont donc plus efficaces pour faire baisser la température. 

Rafraîchir la ville suppose donc de s'appuyer à la fois sur les compétences des climatologues, mais aussi des hydrologues et des botanistes ?

C'est une évidence, ainsi que sur les écologues, les urbanistes, aménageurs et paysagistes. La ville de Stuttgart a montré l'exemple dès 1938 en se dotant d'un département consacré à la météorologie urbaine. Depuis, chaque projet de construction d'un bâtiment est pensé avec l’aide  de climatologues afin d’étudier l'implantation et la forme de la construction pour évaluer si elle est ne risque pas de bloquer les corridors de ventilation naturelle. 

Stuttgart a préservé de vastes espaces ouverts, des artères bordées d'arbres, qui laissent le soir circuler la fraîcheur des collines avoisinantes. Cet exemple est intéressant car il montre qu'il n'y a pas de solution toute faite, universelle. Il faut partir du contexte et par exemple comme ici de la topographie du terrain. 

A l'Ademe, nous avons compris l'intérêt d'un tel rapprochement. Nous favorisons l'interdisciplinarité et nous travaillons étroitement avec Météo France notamment. 

Les collectivités territoriales ont-elles pris conscience de la nécessité de faire converger les disciplines, les métiers ?  

Nous n'en sommes qu'aux prémices. Leur organisation par silos n'est pas toujours adaptée à cette approche. Les services aménagements/urbanisme et espaces verts, par exemple, auraient tout intérêt à travailler ensemble et c’est le cas dans certaines collectivités bien sûr.

L'appropriation des avancées de la recherche et leur mise en pratique par les collectivités et les aménageurs est un enjeu majeur. L'Ademe diffuse beaucoup de supports d'information pour les aider à passer à la pratique. Nous avons publié en 2020 le recueil "Végétaliser : agir pour le rafraîchissement urbain", qui restitue l'expérience de 20 projets urbains et illustre la multiplicité des approches possibles. Nous avons également conçu pour les élus les fiches "Demain mon territoire", dont une sur la végétalisation et publié l'ouvrage "Adaptation au changement climatique et projet urbain" aux Editions Parenthèses qui capitalise tous les travaux réalisés ces dernières années.

L'objectif est que les collectivités s'emparent de ces sujets et intègrent la problématique du rafraîchissement dans leurs projets d'aménagement. Il faut jouer sur deux tableaux : à la fois atténuer le réchauffement climatique en réduisant les émissions de gaz à effet de serre et adapter les villes au réchauffement. Or l'aménagement des villes est un levier qui permet de coupler les deux (avec d'un côté les solutions de rafraîchissement et de l'autre la limitation des émissions et le stockage carbone).

Peut-on parler d'une implication croissante des collectivités par rapport à ces questions ?

Là encore, nous sommes au début, mais les choses évoluent rapidement. Il y a quelques années, on ne parlait de ce sujet que l'été, le plus souvent lors des épisodes de canicule. Aujourd'hui, de plus en plus d'élus sont conscients de l'importance de ces enjeux et s'en emparent. Ils y sont d'autant plus sensibilisés que la population exprime avec insistance son désir de proximité avec la nature et juge les actions des élues et les élus sur des critères de qualité de vie. 

Beaucoup d'initiatives très intéressantes voient le jour, comme par exemple le projet Cours Oasis, mené par la ville de Paris, qui transforme les cours de récréation des écoles en oasis de fraîcheur. Nous soutenons d’ailleurs à l’Ademe un projet de recherche, le projet Récré, sur la végétalisation des cours d’écoles, auquel est associée la Mission Résilience de la ville de Paris. 

Pourriez-vous nous en dire plus sur ce projet ?

Face aux contraintes foncières et à la difficulté de créer des espaces verts intra-muros, la ville de Paris a eu l'idée d'utiliser les cours d'écoles pour créer des oasis de fraîcheur. 

A l'horizon 2040-2050, l'ensemble des cours des établissements scolaires parisiens seront transformés, associant différentes solutions de rafraîchissement : végétalisation, zones ombragées, fontaines et jeux d'eau, sol perméable et  conçu pour une gestion optimisée des eaux de pluie. Comme évoqué, ce projet bénéficie également de l’évaluation du projet de recherche RECRE, lauréat de l'appel à projets MODEVAL-URBA 2019 de l'Ademe. 

Il est d'autant plus intéressant qu'il est facilement reproductible par les autres collectivités, puisqu'elles "ont la main" sur les établissements scolaires. Ensuite, il inclut une dimension pédagogique auprès des écoliers et bénéficie à un public élargi : l'idée est que les habitants puissent eux-mêmes venir se rafraîchir dans ces espaces frais le soir ou le weekend lorsqu’ils en ressentent le besoin. 

Et pour finir, ce type de projet de végétalisation des cours d’écoles n'est pas que parisien : les villes de Nice, Grenoble, Rennes, Bordeaux par exemple s'y sont aussi mises aussi. En expérimentant des solutions comme elles les font actuellement, les initiatives des villes font avancer et donnent l’impulsion à  l'ensemble des collectivités territoriales, quelle que soit leur taille.

 

 

L'eau, le végétal, des sols perméables et des matériaux bioclimatiques pour le bâti… Le projet de nouveau quartier déployé par Nantes Métropole sur la rive Sud de la Loire coche toutes les cases du rafraîchissement urbain. A découvrir en 2030… 

Rafraîchissant ? Le projet de nouveau quartier de Pirmil-les-Isles développé par Nantes Metropole, à 15 kilomètres à vélo du centre ville l'est à plus d'un titre. « Nous recréons le rapport à la ville, dans l'esprit de la "ville-nature" en partant des potentialités du territoire et de la présence de la Loire. Et nous nous adaptons aux évolutions climatiques en déclinant toutes les solutions possibles de rafraîchissement urbain », résume Frédéric Bonnet, architecte et urbanisme de l'agence Obras, aux commandes du projet. 

A l'origine du projet, le souhait de redonner vie à un espace situé idéalement au bord de la Loire, entre Nantes, Rezé et Bouguenais, mais totalement dénaturé par les activités industrielles. « Ce bras de Loire a été comblé dans les années 70 par du sable, pour accueillir abattoirs, centres commerciaux, entrepôts », raconte Frédéric Bonnet. Un sol stérile rendant impossible tout rêve de végétation… Nantes Metropole aurait pu faire ce que l'on fait habituellement : prélever ailleurs 30 hectares de terre agricole pour les besoins du projet. Elle a choisi une solution beaucoup moins prédatrice : renaturer progressivement le sol, en implantant des végétaux adaptés au sol. Ces derniers généreront du compost et enrichiront la terre. L'écosystème recréé produira ainsi de la terre fertile, à la manière d'une "usine à sol".

« Les habitants vont retrouver l'accès à une berge recouverte d'une grande diversité de végétaux, avec des roseaux près du fleuve et des arbres plus loin », explique Frédéric Bonnet. Un point clef du projet, car l'eau est un levier majeur de rafraîchissement… 

Un arbre pour 7 habitants

Le projet fait la part belle au végétal, pour décupler l'effet climatiseur de l'eau. Pas moins de 50 000 arbres sont prévus, pour un tissu dense de 3 500 logements au total. Soit un arbre pour 7 habitants. Un nombre suffisant pour créer des canopées, de grands cordons boisés sur les allées de circulation. « Nous sommes aux antipodes de ce qui se faisait avant, quand on plantait un arbre tous les 12 mètres ou quelques-uns clairsemés sur un parking. L'idée est de mettre en place des forêts interstitielles, partout où c'est possible, dans l'esprit des villes nordiques, comme Copenhague, Stockholm ou Berlin ». Objectif : permettre aux habitants de sortir de chez eux pour se promener à l'ombre dans une ambiance forestière. « Quand il fait 35 degrés, la chaleur est insoutenable. Il suffit d'une centaine de mètres de grands frênes pour retrouver un peu de bien-être ».

L'autre levier de rafraîchissement est la perméabilisation des sols via la réduction des surfaces asphaltées. « L'enrobé ne date que d'un siècle. Auparavant, les Champs-Elysées étaient recouverts de pavés de bois. Or l'asphalte présente plein d'inconvénients : elle renvoie la chaleur la nuit, empêche le sol d'absorber l'humidité et de la restituer par évaporation. Elle favorise aussi les inondations et nécessite l'installation de tuyaux d'évacuation, d'un réseau d'assainissement ». Le projet privilégie des briques posées sur le sable, à l'image de ce qui se pratique aux Pays-Bas.

Séduire ceux qui rêvent d'une vie sans voiture

Une telle approche n'est pas sans incidences. Elle nécessite de réduire les places de parking et globalement la place faite à la voiture. « Nous avons fait le pari que les gens qui viendront habiter à Pirmil-les-Isles se débarrasseront de leur voiture. Ils seront à 15 kilomètres à vélo du centre-ville, pourront prendre le tramways ». Le projet prévoit donc un quota de 0,6 places de stationnement pour un logement, soit 4 foyers sur dix sans place de parking. « Cela peut sembler extrême, mais j'y crois beaucoup. Les mentalités évoluent, prendre la voiture pour aller en ville n'est plus un plaisir depuis longtemps. Nous faisons le pari que ce ne sera pas perçu comme une contrainte par les habitants, mais comme un choix ».

Reste le quatrième levier de rafraîchissement : le bâti et l'architecture des bâtiments. « Nous avons opté pour des matériaux biosourcés, comme le paille, le chanvre, le bois, qui "respirent", offrent des échanges hydrométriques en continu et donnent une forte inertie technique, contrairement au béton ». Et de préciser… « Ce n'est pas pour le plaisir de "faire du mal" au béton, c'est une question de cohérence et de vision d'ensemble. Le bilan carbone du béton n'est pas bon ».

Pour mener à bien ce projet, l'agence Obras  a dû sortir des sentiers battus et se rapprocher des fédérations du bâtiment et de l'Ademe afin de faire évoluer les filières. Le bio sourcé n'en n'est qu'aux prémices et la réglementation, comme les règles d'assurance ou les techniques doivent encore évoluer.

Le futur quartier de Pirmil-les-Isles verra le jour en 2030. Autour du berceau, une équipe résolument pluridisciplinaire : écologues, hydrologues, spécialistes des sols, botanistes et spécialistes des forêts…