3 questions à...Yannick Régnier responsable Territoires du CLERC, réseau pour la transition énergétique

Yannick Régnier, responsable Territoires du CLER et animateur du réseau TEPOS répond à nos questions

Quel regard portez-vous sur la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte ?

Elle va évidemment dans le bon sens, même si la définition des territoires à énergie positive (TEPOS) que nous promouvons depuis 2011 est plus exigeante. Pour notre réseau, qui fédère essentiellement des collectivités rurales, un TEPOS est un territoire qui ambitionne d’assurer 100 % et plus de sa consommation d’énergie en moyenne annuelle grâce aux énergies renouvelables ; après l’avoir diminuée significativement grâce à une série d’actions. Cela signe un engagement politique très fort. 

Est-ce un problème au regard des objectifs ambitieux affichés au niveau national ?

La loi contribue à faire évoluer les mentalités en profondeur et à déverrouiller la situation. Il y a encore peu de temps, les marchés n’étaient pas ouverts et tout était décidé par l'Etat, puis confié aux grands opérateurs nationaux. Désormais, les régions s’imposent comme chefs de file et s’approprient progressivement la question stratégique de l’énergie. Avec les Plans climat énergie, les collectivités sont montées en puissance et en compétence. Les conseillers en énergie assurent une gestion régulière des consommations et des contrats.  Les chefs de projet énergie assurent, quant à eux, le rôle de chef d'orchestre, en lien direct avec les acteurs du territoire et les porteurs de projets. Se doter de ces compétences est indispensable. C’est possible, avec un budget maîtrisé, lorsque l’on garde en tête que les salaires peuvent être couverts par les économies d’énergie dégagées, et les nouvelles recettes générées par un parc éolien ou une installation de méthanisation.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les collectivités ?

Je note tout d’abord qu’une nouvelle dynamique a été enclenchée à partir de 2010, lorsque l’on a cessé de se focaliser sur les enjeux climatiques – bien réels - pour élargir le débat aux problématiques de développement local. Cependant, les responsables des collectivités ont encore du mal à estimer de façon réaliste les ordres de grandeur de référence en matière énergétique. Par exemple, deux grandes éoliennes produisent autant que … 100 000 m2 de panneaux photovoltaïques, ou 1500 petites éoliennes ! C'est une donnée à prendre en compte pour orienter les choix ! 

Le système énergétique français reste par ailleurs encore très centralisé et  fortement  intégré par rapport à nombre de pays européens. Dans ces pays, de grands groupes cohabitent avec de puissants opérateurs énergétiques territoriaux, dont le rôle est déterminant pour la montée en puissance des installations de production d’énergie décentralisées. 

Enfin, en matière de rénovation des bâtiments, les différents corps de métier ont encore du mal à coordonner efficacement leurs interventions. Pourtant  la qualité de la mise en œuvre conditionne directement les performances : la formation est plus que jamais essentielle. Les collectivités ont un rôle clé à jouer en la matière, en animant des plateformes territoriales de la rénovation énergétique.