LA PRISE EN COMPTE DU HANDICAP

La loi du 11 février 2005 pour « l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées », et celle du 19 février 2007 relative à la fonction publique territoriale, comportent d’importantes dispositions destinées à favoriser l’insertion des personnes reconnues travailleur.euse.s handicapé.e.s dans la fonction publique territoriale. 

L’adoption de la loi du 11 février 2005 a traduit la volonté de sensibiliser la société civile ainsi que les employeurs à l’enjeu de l’inclusion des personnes en situation de handicap dans la société, Toute personne, quelle que soit sa différence, a le droit « à la solidarité de l’ensemble de la collectivité nationale ». Ambitieuse, la loi couvre tous les aspects de la vie quotidienne, et cette approche transversale constitue sa force. Mais comment transposer les obligations légales en réalisations concrètes ?

Combattre les préjugés

Une loi peut-elle avoir raison des préjugés ? « Je suis devenu handicapé par le regard des autres »,déclare l’écrivain et conférencier Marcel Nuss (1), lourdement handicapé depuis sa naissance par une maladie congénitale et évolutive. Son combat, vivre son handicap sans honte et sans discrimination, trouve aujourd’hui dans la société un écho de plus en plus audible. Signe que les mentalités évoluent, des films comme Intouchables, Gabrielle, ou le documentaire, plus polémique, Elle s’appelle Sabine, attirent un public nombreux. Des parcours de vie racontés, aux antipodes des discours moralisateurs, qui  démontrent une plus grande acceptation de la différence.

De l’enfance à l’âge adulte

Cette acceptation de la différence composante essentielle d’une société plus juste et plus démocratique commence dès le plus jeune âge avec le droit à la scolarisation. « Le dialogue doit s’engager dès l’école. La loi doit être respectée pour ouvrir l’école à un maximum d’enfants handicapés, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, constate Marcel Nuss. Des cours sur le handicap devraient aussi être instaurés. Plus encore que la sexualité le handicap est un sujet tabou à l’école. » À l’âge adulte, l’inclusion dans le monde socioprofessionnel se poursuit avec l’accès à un emploi. Car être accepté, c’est aussi pouvoir accéder librement aux mêmes services que le reste de la société, comme le droit à la santé, au logement, à la mobilité, etc. C’est plus encore avoir accès aux services publics : un accès physique aux équipements et aux lieux publics, mais également un accès à l’information.

Agir en faveur de l’inclusion

Le changement est engagé. Il reste à le déployer dans toutes les strates de la société. Les collectivités locales s’y emploient. Pierre angulaire des politiques locales d’accessibilité, elles agissent au plus près des besoins des habitants. Jour après jour, elles œuvrent à la prise en compte de toutes les situations, quelle que soit la nature du handicap, avec la perspective de territoires accessibles à tous. En tant qu’employeurs publics, elles sont un levier indispensable pour le recrutement et le maintien dans  l’emploi des personnes en situation de handicap. « Les élus ont un rôle primordial à jouer pour impulser une dynamique et mobiliser les services. La politique handicap doit s’inscrire dans la  politique ressources humaines globale de l’employeur, notamment dans la dimension de gestion prévisionnelle des emplois pour ce qui concerne le maintien dans l’emploi », précise André Montané, président du FIPHFP.

La dynamique est enclenchée. Elle est désormais amenée à se poursuivre grâce à l’implication des territoires qui la portent, au-delà du taux d’emploi de 6 % de travailleurs en situation de handicap prévu par loi. « Favoriser l’emploi des personnes handicapées, c’est travailler pour l’ensemble des agents, l’ensemble de la collectivité. C’est enrichir son milieu de travail », conclut André Montané.

 

(1) Marcel Nuss a écrit de nombreux livres autour du handicap, notamment L’Identité de la personne « handicapée », Dunod, janvier 2011, et Dialogue sur le handicap et l’altérité, Dunod, janvier 2012,dont il est le coauteur avec Pierre Ancet.

Scolarisation, accessibilité, emploi… Retour sur des actions inspirantes menées par les territoires en faveur de l’inclusion des personnes en situation de handicap.

MDPH DES BOUCHES-DU-RHÔNE : TRAVAILLER ENSEMBLE SUR LES DEMANDES DE COMPENSATION

Chaque mois, la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) des Bouches-du-Rhône traite environ 9300 demandes pour le pôle Adultes et 1000 demandes pour le pôle Enfants. Sur ce territoire très étendu, les demandes de compensation de prise en charge globale d’une personne en situation de handicap sont nombreuses. « Le contexte actuel de paupérisation fait que nous sommes très souvent sollicités. Nous avons un délai de quatre mois pour instruire ces dossiers », explique Thi Kim Dung Nguyen directrice de la MDPH.

Un accompagnement et maillage territorial

Afin de répondre à la question « Comment concilier quantité des demandes et qualité des réponses apportées ? », la MDPH a mis en place, en 2012, deux systèmes  complémentaires. Avec l’aide d’Interparcours, regroupement d’une centaine d’associations et de bénévoles, un dispositif d’aide à la formulation du projet de vie a été élaboré. Il permet d’écouter les  souhaits de la personne et de l’accompagner, si elle le souhaite, dans la formulation de son projet. Cette action expérimentale a reçu l’aide de la Caisse nationale de  solidarité pour l’autonomie (CNSA) pour sa première année de mise en œuvre. Parallèlement, avec les centres communaux d’action sociale, CCAS et la Communauté d’agglomération du pays de Martigues, des pôles territoriaux ont été créés. Leur objectif.? Offrir un accueil MDPH sur les territoires les plus éloignés de Marseille : Arles, Salon-de-Provence, Martigues, Aubagne... Un maillage territorial au plus près des  habitants grâce à ces deux partenaires et au Conseil départemental des Bouches-du-Rhône qui ont mis à la disposition de la MDPH des locaux et du personnel. En contrepartie, la MDPH assure la formation de ce personnel et la coordination des actions.

À plusieurs, on est plus efficace

Si la MDPH est au cœur du dispositif  territorial, celui-ci existe grâce aux personnes qui l’animent et le font vivre. « En mutualisant les moyens avec les  collectivités partenaires, nous diminuons les frais financiers et développons un maillage territorial indispensable. Il permet de connaître les intervenants sur le territoire, de trouver et de faire circuler les  informations, et ainsi d’améliorer la qualité de service. Même si, pour l’aide à la formulation du projet de vie, la question du financement reste cruciale. »

 

CAEN (BASSE-NORMANDIE) : POUR UN ACCUEIL DES ÉLÈVES RÉUSSI

La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances affirme le droit pour chacun à un parcours scolaire continu et adapté ainsi qu’à une scolarisation en milieu ordinaire au plus près de son  domicile. Fin 2009, la Ville de Caen, l’inspection académique du Calvados et le CNFPT ont signé une convention pour trois ans afin d’améliorer l’accueil des élèves en situation de handicap grâce à la formation des encadrants. Et ce dans toutes les écoles de la ville (maternelles et élémentaires).

Près de 100 agents et enseignants formés

« Cette formation s’adresse à tous les membres de la communauté éducative, indique Thierry Massedirecteur du service Éducation deCaen. Le personnel de la Ville, bien entendu – agents spécialisés des écoles maternelles (ATSEM) , agents administratifs , de restauration , d’entretien ou d’accueil et référents de site–, mais aussi le personnel de l’Éducation nationale – enseignants, spécialisés ou non, référents de secteurs, auxiliaires de vie scolaire » Depuis lelancement du dispositif (3 modules de 3 heures répartis sur une annéescolaire), 23 agents ont été formés  la première année, 17 la deuxième, puis 32 agents et 29 enseignants en 2011-2012.

Moins d’appréhension face au handicap

Caen a été la première ville de  France à porter un tel projet. Avec succès, puisque cette formation a véritablement facilité l’intégration  des enfants en situation de handicap dans les écoles et auprès des autres élèves. « Les agents ont  acquis une meilleure connaissance des différents handicaps, comme le constate Thierry Masse. Cette formation a aussi contribué à changer le regard que l’on pouvait porter sur ces enfants, facilitant ainsi la communication avec eux. » Désormais la réflexion est engagée pour poursuivre et enrichir la démarche en 2014 et au-delà. Avec un nouvel enjeu, celui de l’intégration des enfants en situation de handicap dans les temps d’activités périscolaires (TAP) liés à la mise en œuvre de la réforme des rythmes scolaires.

VILLES D’ÎLE-DE-FRANCE : UN réseau DE VILLES POUR TOUS

Créé à l’initiative de Nanterre (Hauts-de-Seine), le réseau Handi-Villes IDF rassemble diverses villes franciliennes  représentées par 28 professionnels de la mise en accessibilité des lieux comme des services publics. Une organisation destinée à favoriser la mise en œuvre de la loi sur l’accessibilité du 11 février 2005 dans les villes grâce au partage de pratiques  professionnelles. C’est pourquoi « ce  réseau n’est ouvert ni aux conseils  départementaux, ni aux conseils régionaux, indique Marie-Françoise Lipp, responsable de mission Handicap au  centre communal d’action sociale de Fontenay-sous-Bois dans le Val- de-Marne et membre du réseau Handi-Villes IDF. Quand on parle d’accessibilité cela ne concerne pas  uniquement l’accès physique aux bâtiments, mais aussi la culture, l’emploi, les loisirs, le sport, la santé, etc. Nous travaillons donc tous, au quotidien, de manière transversale avec l’ensemble des services de notre collectivité. Le chantier est immense, et il est important de pouvoir échanger sur nos expériences réciproques, nos difficultés, la façon dont nous avons mis en place un projet particulier, etc. »

Des rencontres annuelles

C’est tout l’intérêt du réseau Handi-Villes IDF. Véritable plateforme d’information et d’échanges ce réseau permet à chacun de développer de nouvelles actions en s’appuyant sur le retour d’expériences des autres) « Pour cela, trois rencontres autour d’une actualité nationale ou régionale sont organisées dans l’année, précise Marie-Françoise Lipp. Cela peut être, par exemple, la façon de vivre notre charte ville-handicap, l’évaluation des besoins des personnes ou encore l’accueil communal des enfants en situation de handicap. À chaque fois, une action menée par deux villes différentes est présentée en détail. S’ensuivent des échanges et des discussions sur les pratiques présentées. »

Un échange permanent par Internet

Mais au-delà de ces rendez-vous les membres du réseau Handi-Villes IDF sont également en contact permanent via un forum un blog grâce auquel ils échangent et partagent des informations en direct. « Cette plateforme est accessible uniquement aux acteurs du réseau, souligne Marie-Françoise Lipp. Véritable espace de dialogue, elle sert aussi de “ centre de ressources ”, puisque nous y archivons de nombreux documents  et comptes rendus. »

LORIENT AGGLOMÉRATION (MORBIHAN) : S’UNIR POUR UN PLAN DE MISE EN ACCESSIBILITÉ

Depuis plusieurs années, Lorient Agglomération initie de multiples actions pour construire un territoire accessible à tous, que ce soit en matière d’habitat d’espaces naturels ou encore de déplacements  urbains. En 2009, une nouvelle étape est franchie avec la création de la Commission intercommunale d’accessibilité pour les personnes handicapées (CIAPH), qui rassemble les 19 communes de l’agglomération et 13 associations représentant tous les handicaps  dont 2 structures ressources(1).

Ambassadeurs de l’accessibilité

« Cette commission s’est dotée d’un comité de pilotage technique regroupant les directions concernées par la chaîne de déplacement (Architecture et patrimoine, Infrastructures, Aménagement, Littoral…) et de comités locaux de suivi “accessibilité” », souligne Hélène Leblanche, chargée de mission accessibilité. Dans chaquecommune, un agent assure ainsi la bonne mise en œuvre du plan de mise en accessibilité. Cette commission dresse le constat de l’état d’accessibilité du cadre bâti existant, de la voirie, des espaces publics et des transports et organise un système de recensement de l’offre de logements accessibles. Plus globalement, elle fait toutes les propositions utiles au déploiement de la mise en accessibilité sur la commune et établit un bilan annuel de suivi des actions présenté en conseil communautaire.

Un diagnostic territorial partagé

Soucieux de la cohérence territoriale de la démarche, Lorient Agglomération a également proposé, dès 2011, de passer un groupement de commandes pour l’étude des diagnostics voirie. « 15 communes ont adhéré à l’idée et vu leur plan de mise en accessibilité de la voirie et des espaces publics (PAVE) réalisé par un même prestataire, précise Hélène Leblanche. L’occasion de développer une même méthode de préconisations de mise en accessibilité. » Dans le cadre de l’adoption du plan de déplacements urbains, une présentation unifiée a été mise en œuvre avec l’ensemble des communes. En collaboration avec les associations concernées, Lorient Agglomération prolonge son action, un an plus tard, auprès des habitants en situation de handicap et des organisateurs d’événements. Deux guides pratiques ont été élaborés. L’un délivre des informations indispensables pour faciliter la vie quotidienne des personnes en situation de handicap. L’autre aide à intégrer la dimension « accessibilité » lors de l’élaboration d’une manifestation, marquant ainsi une réelle ambition de prêter attention au handicap dans tous les événements de la vie sociale locale. Parce que l’accessibilité est l’affaire de tous !

(1) Le centre mutualiste de rééducation et de réadaptation fonctionnelle de Kerpape et le centre d’information et de conseil en aides techniques, Alcat, 56.

 

AMIENS MÉTROPOLE (SOMME) : AMÉLIORER L’EMPLOYABILITÉ DES JEUNES

Investie dans une démarche de lutte contre les discriminations et pour l’égalité des droits, la communauté d’agglomération amiénoise a choisi de renforcer l’employabilité des jeunes en situation de handicap issus des quartiers prioritaires. Un objectif ambitieux alors que le taux de chômage de ces publics (entre 40 % et 50 %) est plus de deux fois supérieur à la moyenne nationale.

Apprenti au service des collectivités

L’idée se concrétise en 2010 avec le contrat engagement diversité, dont l’objet est de former et d’embaucher des jeunes sur des métiers utiles au secteur public et transférables au secteur privé. « Nous avons pensé que la formation par l’apprentissage qui n’existait pas au sein de nos collectivités était une piste intéressante pour aider ces jeunes à se qualifier » précise Jean-Claude Ester, directeur de la Maison de l’égalité de la Ville d’Amiens.

Ces dispositifs ont été élaborés et réalisés dans une dynamique partenariale. Cap emploi(1) est intervenu en amont sur les volets « identification des candidatures », « construction du parcours » et « mise en place de la démarche d’insertion » de ces jeunes en situation de handicap. De son côté, le CNFPT, outre une aide à la conception du projet pédagogique, a assuré le suivi de la dimension apprentissage, dont la formation des encadrants territoriaux et des tuteurs pour favoriser l’accueil de ces jeunes apprentis.

En complément, « la partie du dispositif du contrat engagement diversité en direction des travailleurs en situation de handicap a donné lieu, en 2010, à la signature d’une convention d’une durée de trois ans avec le FIPHFP », explique Jean-Louis Vasseur, responsable de l’unité Organisation et gestion prévisionnelle des emplois et compétences au sein d’Amiens Métropole.

Une expérimentation exemplaire

Au terme d’une deuxième promotion, le bilan s’avère positif. Parmi les sept jeunes en situation de handicap diplômés en 2013, quatre sont en cours d’intégration au sein de la collectivité, deux autres sont embauchés en contrat d’avenir et le dernier a trouvé un emploi dans le secteur privé. Au-delà du changement de regard sur le handicap au travail, cette expérimentation a aussi démontré l’intérêt de l’apprentissage pour les collectivités. Une formule adaptable au recrutement de tous les jeunes et qui s’intègre désormais à une démarche de gestion prévisionnelle des emplois.

 

(1) Cap emploi est un réseau national de 107,organismes de placement spécialisés, inscrits dans le cadre de la loi Handicap de février 2005 et dédiés à l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap.

 

BORDEAUX (GIRONDE) : UN TAUX D’EMPLOI EN AUGMENTATION CONSTANTE

Aménagement des lieux publics, création d’un conseil « Ville et handicap », signature d’une charte « Ville handicaps », etc. Bordeaux est depuis longtemps une ville particulièrement active dans le domaine.

Convention triennale avec le FIPHFP

C’est également le cas, en interne, grâce à une politique de ressources humaines très ambitieuse. Ainsi, en 2008, la ville signe une convention avec le FIPHFP pour favoriser l’intégration et le maintien dans l’emploi des agents en situation de handicap. Cette convention, renouvelée en février 2013, est même étendue au centre communal d’action sociale (CCAS) afin de créer de nouvelles synergies. Résultat, le nombre d’agents reconnus en situation de handicap a doublé en cinq ans. Début 2013, Bordeaux compte 285 bénéficiaires de l’obligation d’emploi, soit 6,7 % de ses 4260 agents, contre 3.6 % en 2008. « Cette progression s’explique en grande partie par un accompagnement des agents déjà en poste vers la reconnaissance de leur inaptitude, précise Jean-Charles Palau, adjoint au maire en charge des Ressources humaines. Nombre d’entre eux avaient, en effet, pris l’habitude de travailler avec leur handicap, sans le faire connaître. »

De la reconnaissance au maintien dans l’emploi

Différentes actions ont ainsi été mises en œuvre : sensibilisation des cadres, information sur les aménagements de postes de travail ou encore création d’une cellule de reclassement. « En 2010-2011, nous avons mené une opération baptisée “Cap sur le trésor d’Handi”, indique Cécile Lacroix-Tréjaut, chargée de mission handicap. Elle avait pour but de présenter aux agents de terrain la politique de la ville en matière de handicap et de les informer sur leurs droits (déclaration du handicap, maintien dans l’emploi, etc.) Elle nous a permis de toucher près de 2000 agents dans tous les services de la collectivité. » Autre initiative : la création, avec le CNFPT, d’un bilan de repositionnement. « L’idée est de pouvoir accompagner au mieux les personnes déclarées inaptes vers leur nouveau métier, souligne Cécile Lacroix-Tréjaut. Avec, à la clé, un travail avec un psychologue qui va les aider à faire le deuil de leur ancien emploi et à se mobiliser sur leur future carrière, une préparation à l’entretien avec le nouveau chef de service, etc.» Plus de 40 agents ont d’ores et déjà bénéficié de ce dispositif.

Le CNFPT apporte, à travers ses délégations régionales, des réponses concrètes aux besoins d’accompagnement des collectivités. Focus.

CRÉTEIL : ACCOMPAGNER LE LIEN « PARENTS-ENFANTS » EN CRÈCHE

Depuis de nombreuses années, la ville de Créteil mène une politique volontariste en matière d’accessibilité et de handicap. La loi handicap du 11 février 2005 a donné une nouvelle impulsion à ses actions, en favorisant notamment la création de projets d’équipes pour soutenir les initiatives amorcées. En témoigne la formation du CNFPT de sensibilisation à l’accueil des plus jeunes en situation de handicap dans les établissements de la petite enfance. Développé en partenariat avec Créteil, ce dispositif vient renforcer la charte municipale d’accueil de l’enfant en situation de handicap, déjà mise en place dans les crèches.

Partir des besoins de l’enfant en situation de handicap

Destinée aux agents de crèches, puériculteurs, éducateurs et responsables de structures, la formation vise à offrir un accueil personnalisé, en favorisant l’inclusion du tout-petit en milieu ordinaire, et non sa simple intégration. Très pragmatique, elle s’appuie sur les besoins de l’enfant en situation de handicap. Quelles sont les difficultés rencontrées ? Comment les crèches peuvent-elles y répondre ? Quels sont les enjeux d’un accueil personnalisé pour les enfants et leurs familles ? Quels sont les dispositifs existants ? « Nous ne voulions pas dresser une liste de handicaps mais partir des besoins de l’enfant et des attentes des parents. L’inclusion en milieu ordinaire évite les ruptures sociales, permet une socialisation tant pour l’enfant que pour les parents qui peuvent continuer à travailler », détaille Aurore Zeitoun, chef du service de formation Services à la population, au sein de la délégation  Première couronne du CNFPT.

Une formation adaptée pour les éducateurs sportifs

Un programme ouvert est proposé au cours de ces quatre jours de formation. L’occasion pour les professionnels d’échanger sur leurs pratiques, à travers jeux de rôles et analyses de situation. 
La formation a également été adaptée pour les agents spécialisés des écoles maternelles (ATSEM). « Créteil a une vraie tradition d’accueil du handicap avec des classes ULIS (unité localisée pour l’inclusion scolaire) qui prennent en compte les besoins spécifiques des élèves », souligne Josette Galantin, responsable de la formation à la Ville de Créteil. 

Au total, 239 agents (petite enfance et élémentaire) ont suivi la formation. De plus, le projet a été décliné pour les accueils de loisirs à la rentrée 2012-2013. Pour la première fois cette année, 17 éducateurs sportifs territoriaux ont suivi cette formation, dans un format entièrement revu et adapté à leur problématique.

 

SOMME : UN PARCOURS DE FORMATION SPÉCIFIQUE POUR RÉPONDRE AUX BESOINS DE SECRÉTAIRES DE MAIRIE

En 2015, lorsque se font ressentir des besoins de recrutement de secrétaires de mairie de communes rurales (SMCR), le centre de gestion de la Somme (CDGS) passe à l’action : « Nous avions une dizaine de postes vacants et une prévision d’une vingtaine de remplacements ponctuels sur l’année 2016, explique Céline Gardoni, responsable du pôle emploi et compétences du CDGS.  Le métier de SMCR est méconnu des acteurs externes à la FPT. Il n’y a pas de candidat.e.s qui le connaissent et postulent. D’où la nécessité de concevoir un programme de formation pour élargir le recrutement. »

Une approche innovante 

L’offre de formation du CNFPT, élaborée  sur dix jours, est un parcours  de professionnalisation des agent.e.s en poste. Le projet qui se dessine avec le CDGS prend une dimension innovante. « Le CDGS a souhaité mettre en place un programme complet pour les demandeurs d’emploi en situation de handicap, c’était une première », raconte Maïttée Balaine, conseillère formation région Hauts-de-France, délégation de Picardie du CNFPT. Partenaire du FIPHFP(1), le CDGS a trouvé pertinent de cibler ce public car « ce métier est conciliable avec le handicap et le poste peut être exercé à temps partiel », précise Céline Gardoni. Cap Emploi et Pôle Emploi interviennent pour identifier les futur.e.s stagiaires. En mars 2016, une convention est signée avec tous les partenaires (voir Une convention multipartite). Les cours démarrent quelques semaines plus tard. 

Un mois en alternance

« Nous avons proposé un parcours  en alternance de 32 jours », explique Maïttée Balaine. Le programme a eu lieu du 4 avril au 13 juillet 2016. Six modules théoriques ont été complétés par cinq périodes de stages dans des communes, encadrés par un.e secrétaire de mairie. Une vingtaine de formateur.rice.s sont intervenu.e.s dans les domaines de l’urbanisme, de la gestion financière, des ressources humaines…  «Un programme dense selon les stagiaires, mais ils reconnaissent que le poste est valorisant », ajoute Céline Gardoni. Treize personnes, trois hommes et dix femmes de 30 à 60 ans l’ont suivi. L’expérience est positive : trois hommes ont obtenu un poste, l’un en charge de la gestion funéraire d’une commune, les deux autres en tant que  secrétaires de mairie, deux femmes ont effectué des remplacements de secrétaires de mairie et  une troisième employée dans le secteur privé. « Il est un peu tôt pour faire le bilan car nous proposons aujourd’hui leurs candidatures. Ce qui est sûr, c’est que nous avons permis aux stagiaires de remettre un pied dans le milieu professionnel en renforçant leur employabilité », conclut Céline Gardoni. 

(1) Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique 

 

POITOU-CHARENTES : « ITINÉRAIRE » ADAPTÉ À TOUS LES JEUNES

Depuis la loi du 11 février 2005, la scolarisation en milieu ordinaire des enfants et des adolescents en situation de handicap relève du droit commun. Très investie sur le sujet la Région Poitou-Charentes a été la première à adopter dès 2008 un Agenda 22. Ce cadre traduit les actions régionales en faveur de l’accessibilité des services et équipements aux personnes en situation de handicap. Dès novembre de la même année le volet éducatif de cet Agenda 22 est développé à travers une convention-cadre signée entre le ministère de l’Éducation nationale la Région et le CNFPT. Son objectif ? Déployer une offre de formation décloisonnée entre les différentes fonctions publiques concernées pour améliorer la qualité de l’accueil scolaire des 5 826 élèves de l’académie de Poitiers en situation de handicap.

Une grande pluralité de publics

En mars 2011, 69 participants, agents de l’État et de la Région, se réunissent à Angoulême afin d’élaborer collectivement un « Itinéraire » de formation aux contenus adaptés à la réalité du terrain. D’une durée de huit jours cette formation est mise en œuvre à la rentrée 2011-2012 pour 87 stagiaires : agents de restauration encadrants de proximité animateurs enseignants gestionnaires ou proviseurs. Une grande pluralité des publics qui favorise les échanges constructifs sur le handicap et ses représentations ou encore sur les attitudes à adopter.

Nouveau format, nouveau partenaire

Au-delà des problématiques d’accueil scolaire cette formation « Itinéraire » a été l’occasion pour les participants de modifier leur regard sur le handicap et de lutter contre certaines idées reçues. Grâce à son format itinérant dans des lycées en milieu urbain ou rural l’approche éducative a été renouvelée avec des mises en situation et des jeux de rôle : déjeuner à l’aveugle dans un lycée hôtelier déplacement en fauteuil roulant. En outre au-delà des spécificités de chaque handicap la formation a été élaborée au regard des besoins et des attentes des élèves.À la demande de tous les acteurs, cet « Itinéraire » a été reconduit et enrichi à la rentrée 2012-1013 avec un nouveau format plus long sur dix jours (avec un module complémentaire postlycée sur l’insertion professionnelle).
« Itinéraire » connaît un succès grandissant et la DRAAF(1) de Poitou-Charentes nouveau partenaire institutionnel a émis le souhait de signer la convention locale avec les trois initiateurs pour déployer la formation dans les lycées agricoles.

(1) Les directions régionales de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt sont des services déconcentrés du ministère de l’Agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt.

 

MANIFESTATIONS PUBLIQUES : LES ÉQUIPES DE BREST SE FORMENT À L’ACCUEIL DES PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP

En été, Brest est en fête ! Près de 800 000 personnes sont attendues aux fêtes maritimes internationales et aux Jeudis du port. Expositions, animations, arts de la rue, parades mais aussi embarcations sur la rade sont proposés à tous les publics. Au-delà de l’accueil de tou.te.s, la ville et Brest métropole (BM) ont une forte volonté d’améliorer très concrètement la qualité d’accueil des personnes en situation de handicap, dès la conception des actions jusqu’à leur mise en œuvre. Cet enjeu a donc conduit l’équipe à bâtir, avec le CNFPT, un contenu de formation spécifique pour les agent.e.s.

L’empathie, clé du succès

L’antenne CNFPT du Finistère a pris connaissance du besoin exprimé par BM et la ville en 2015 et a travaillé avec l’association des paralysés de France (APF) pour proposer une offre de formation idoine. « La clé du succès pour les agent.e.s était de bien comprendre la situation de handicap, quelle qu’elle soit. Se mettre à la place des personnes est une très bonne approche », précise Nicole Goulaouic, responsable de l’antenne. Ainsi, sur les deux jours de formation, la première a porté sur la prise de conscience des réalités du handicap : deux bénévoles de l’APF, qui avaient participé aux précédentes fêtes de Brest et éprouvé les difficultés, ont témoigné de leur expérience. Ils ont aussi transmis, avec deux ergothérapeutes, des connaissances plus larges sur le handicap pour démystifier les idées reçues. La deuxième journée a porté sur les situations concrètes d’accueil, de guidage… « À ce stade, les participant.e.s ont utilisé des lunettes limitant le champ de vision, se sont déplacé.e.s en fauteuil roulant ou en canne, essentiel pour bien comprendre l’autre », raconte Nicole Goulaouic.

Modifier les façons de travailler

Au total, 30 agent.e.s de la direction culture-animation-patrimoines(1) ont bénéficié de ces journées. Les objectifs étaient de leur transmettre une culture commune, provoquer un questionnement sur les pratiques, parvenir à de nouvelles façons de travailler, en intégrant les problématiques liées au handicap en amont des projets. Ainsi, la conception de supports de communication adaptés (type de police de caractère, contrastes) fait-elle partie des actions dans ce sens. Une approche innovante pour qu’un maximum de personnes accèdent, de la manière la plus autonome possible, aux propositions culturelles et artistiques de la métropole.

Une vision très complète de l’accueil

Si ces formations ne portaient pas spécifiquement sur l’accessibilité, la prise en compte du handicap à partir de la conception des infrastructures jusqu’à l’offre d’actions est une priorité des équipes de la métropole. Ces dernières ont une vision très complète de l’accueil. Pour les Jeudis du port, elles travaillent sur les accueils adaptés en langue des signes avec des vacataires sourd.e.s, la mise en place de Boucle à induction magnétique (BIM)(2) dans le chalet d’accueil, les cheminements des fauteuils roulants, la conception de supports de communication spécifiques, l’articulation avec le service d’aide à la mobilité de réseau des bus… Ces actions globales ont pour objectif qu’un maximum de personnes accèdent, de la manière la plus autonome possible, aux propositions culturelles et artistiques de la métropole.

 

(1) La direction culture-animation-patrimoines est composée des services musée, archives, patrimoines et conservatoire de la métropole et des services médiathèques, ressources techniques et culture-animation de la ville.

(2) La boucle d’induction magnétique (BIM) est un dispositif de transmission audio par voie magnétique qui sépare les informations utiles du bruit ambiant.

 

FINISTÈRE : ACCOMPAGNER UNE POLITIQUE INTERNE VOLONTARISTE

Dans le cadre de son agenda 21, le Conseil départemental du Finistère a réaffirmé les principes de non-discrimination et d'égalité de traitement entre agents exerçant une activité professionnelle identique, qu’ils soient valides ou en situation de handicap.

Cinq ans de collaboration

Cet engagement se traduit, dans les faits, par une politique de ressources humaines très volontariste en matière de recrutement et de maintien dans l’emploi des agents finistériens en situation de handicap. Au final, leur taux d’emploi, qui était de 3,5 % en 2007, dépasse les 6 % depuis 2011. Cette augmentation significative et rapide est le fruit de plusieurs facteurs. Tout d’abord, la politique RH du Conseil général a favorisé les recrutements directs de personnes en situation de handicap, tout en facilitant le reclassement professionnel d’agents rencontrant des difficultés de santé. Les déclarations spontanées d’agents déjà en poste, ainsi que la progression des prestations confiées aux établissements et services d’aide par le travail, concourent elles aussi à cette augmentation du taux d’emploi. « Nous avons été sollicités par le Conseil général du Finistère pour accompagner cette politique, indique Dominique Mabon, conseillère formation à la délégation Bretagne du CNFPT. Ainsi, chaque année, depuis 2008, nous animons des séances de formation pour sensibiliser leurs agents, et notamment les cadres, à la question des handicaps. »

Des grands principes aux conseils pratiques

Cette formation permet également aux participants de s’interroger sur les représentations qu’ils peuvent avoir des personnes en situation de handicap. Au programme de cette demi-journée qui réunit, à chaque session, une cinquantaine de personnes : un retour sur le concept même du handicap (l’origine du mot, son évolution au fil des années, son approche juridique et administrative, etc.), un focus sur l’évolution sociale de la différence, un tour d’horizon des différentes « familles » de handicap, ou encore, un point sur le poids des représentations. « Bien entendu, cette formation donne aussi des clés pour aider à mieux appréhender le handicap en situation de travail, précise Dominique Mabon. Au-delà de quelques conseils pratiques sur l’aménagement des postes de travail, l’organisation des équipes, c’est surtout le regard porté sur le handicap et sur les personnes en situation de handicap que l’on tente de changer. »

D’autres actions ont été menées en parallèle comme, par exemple, l’intervention d’un ergonome sur l’aménagement des postes de travail, des opérations de communication interne ou encore l’instauration d’un chèque emploi service de 300 euros pour chaque personne reconnue travailleur handicapé. « Toutefois, souligne Dominique Mabon, le Conseil départemental a incité très fortement l’ensemble de ses cadres à participer à cette formation et celle-ci est désormais ouverte à l’ensemble des agents volontaires. »
Aujourd’hui, le Conseil départemental du Finistère envisage de mettre en place des interventions, au cas par cas, au sein même des services concernés par une situation de handicap. L’objectif est d’apporter des réponses toujours plus précises et rapides aux situations concrètes qui seraient identifiées par les chefs de service.

 

CAGNES-SUR-MER : DES AGENTS FORMÉS À L’ACCUEIL DU PUBLIC EN SITUATION DE HANDICAP

Dès 2009, la ville de Cagnes-sur-Mer s’est engagée dans l’élaboration de son Agenda 21. Très attachée à la démocratie participative, elle a souhaité associer l’ensemble des habitants à cette démarche. Madame Edith Lupi, adjointe déléguée au personnel, rappelle cette volonté municipale : « Des ateliers thématiques ont été organisés pour recueillir leurs attentes en matière d’environnement, de développement économique ou encore d’équité sociale et culturelle. Cinq axes stratégiques et un plan de cinquante actions ont ensuite été arrêtés. Parmi celles-ci, deux avaient pour objectif de mieux prendre en compte les besoins des personnes en situation de handicap. »

Mise en accessibilité des bâtiments et formation des agents

La première action visait à mettre en œuvre un schéma directeur immobilier du handicap. « Autrement dit, à planifier les travaux annuels pour rendre accessible les bâtiments municipaux », précise Anne Couturier, responsable formation de la ville. L’objectif de la seconde action était de déployer une formation spécialisée des agents d’accueil municipaux pour recevoir dans les meilleures conditions les personnes en situation de handicap. « Nous avons travaillé avec le service des ressources humaines pour établir le cahier des charges de la formation avant de solliciter le CNFPT pour son montage et sa mise en œuvre, souligne Anne Couturier. L’idée était de former les agents au fur et à mesure de la mise en accessibilité des bâtiments. »

Apprendre à gérer les émotions

Une première session de trois jours a donc été organisée en mai 2013 pour plus de vingt agents du centre communal d’action sociale, de la police municipale, de la piscine ou encore des musées. Celle-ci s’articulait autour de trois objectifs. Il s’agissait pour les participants de comprendre les différentes situations de handicap, de savoir repérer les problématiques liées à l’accueil des personnes concernées et enfin de pouvoir adapter son mode de communication face au handicap. Pour Anne Couturier, « la formation proposée par le CNFPT correspondait parfaitement aux attentes. Et les agents qui l’ont suivie s’en sont montrés très satisfaits. Elle leur a fourni les outils et les méthodes indispensables pour mieux appréhender le handicap. Ils ont également apprécié le côté très humain de cette formation qui insiste beaucoup sur la gestion des émotions ». De nouvelles sessions de formation devraient être organisées en 2014, toujours au fil de l’avancement des travaux de mise en accessibilité…