LA LUTTE CONTRE L’ILLETTRISME

L'illettrisme est souvent synonyme de grande souffrance. C'est pourquoi il est important que l’encadrement veille à accompagner les agent.e.s dans cette situation. Pour aider les manager.euse.s dans cette démarche, mieux vaut les sensibiliser et les outiller afin de leur permettre de comprendre une problématique difficile à repérer.

En 2013, l’illettrisme a été désigné « Grande cause nationale ». Une nouvelle étape dans la prise de conscience et la prise en charge d’un phénomène souvent ignoré et tabou. Déjà, la loi du 19 février 2007 avait fait de ce sujet une priorité dans la formation professionnelle des agents territoriaux. Qu’en est−il exactement aujourd’hui ? Comment cette loi s’est−elle concrétisée sur le terrain ? Quelles actions sont conduites en matière de détection et de lutte contre l’illettrisme dans les territoires ? Éléments de réponse...

Une réalité cachée
Aujourd’hui, 7% de la population âgée de 18 à 65 ans est touchée par l’illettrisme(1) en France. Soit 2,5 millions de personnes qui n’ont pas acquis une maîtrise suffisante de la lecture, du calcul ou de l’écriture... bien qu’elles aient suivi un cursus scolaire. Ce passé scolaire a souvent été marqué par de fréquentes absences, des sorties prématurées du système ou des parcours en institution spécialisée. « L’illettrisme naît des situations et des histoires personnelles de chacun, souligne François Loiseau, membre du conseil d’administration du CNFPT, chargé d’une mission sur l’illettrisme par le président François Deluga. Mais il y a également des phénomènes d’érosion, un effritement des compétences de base, notamment dans le monde professionnel. » Car l’illettrisme touche aussi des adultes qui travaillent... Ainsi, 57% des personnes en situation d’illettrisme exercent une activité professionnelle. Caché, sournois, l’illettrisme avance masqué et laisse un sentiment de honte à celui qui en souffre. « Afin de dissimuler leurs difficultés, les personnes en situation d’illettrisme développent des stratégies d’évitement, quitte à se mettre en retrait ou à se placer dans une situation de dépendance vis−à−vis des autres », explique Hervé Fernandez, directeur de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI).

Intervenir sur tous les fronts
Agir contre l’illettrisme, c’est donc permettre à chacun de renouer avec les connaissances de base pour développer son autonomie dans la vie quotidienne. C’est aussi donner aux jeunes une nouvelle chance afin de favoriser leur insertion professionnelle. C’est, enfin, permettre aux adultes fragilisés de consolider leur parcours, en leur donnant des clés pour conserver ou trouver un emploi, réussir une évolution professionnelle. À titre d’exemple, 14% des agents des trois fonctions publiques de catégorie C sont en proie à de graves difficultés, notamment en matière de maîtrise de l’écrit.

Un tandem gagnant-gagnant
Forts de ce constat, le CNFPT et l’ANLCI ont noué un partenariat afin de développer une politique active de sensibilisation des élus, des directeurs de ressources humaines et, plus globalement, des encadrants travaillant dans les collectivités. « Il y a là un vrai enjeu de formation et d’émancipation des personnes concernées, confie François Loiseau. Les employeurs ont des responsabilités à respecter quant aux difficultés de leurs agents, par exemple, des règles de sécurité. Et face aux évolutions professionnelles, chacun doit être à même de s’adapter à de nouvelles situations. Les agents, selon moi, doivent pouvoir être maîtres de leur carrière et non la subir. » Ainsi, de nombreuses collectivités ont déjà inscrit les formations de base dans leur stratégie de développement des ressources humaines. Et les résultats sont probants. Tout le monde y gagne : les agents se sentent plus en confiance et plus motivés. Ils renouent avec le goût d’apprendre et prennent des initiatives. Ils peuvent également poursuivre une formation technique ou valider les acquis de leur expérience professionnelle. Quant aux collectivités, elles gagnent en compétences, renforcent leur attractivité, améliorent l’efficacité de leur service public tout en réaffirmant leur engagement citoyen fort.

(1) Source : enquête INSEE−ANLCI, « Information et vie quotidienne », 2006.

Lutter contre l’illettrisme, c’est d’abord reconnaître son existence. Une fois ce constat réalisé, les collectivités déploient des actions auprès des agents et des habitants. Exemples.

COMMUNAUTÉ URBAINE DE STRASBOURG : « DÉCLIC » GAGNANT POUR LES AGENTS EN SITUATION D’ILLETTRISME

Suite à une étude menée par le CNFPT et des sociologues de l’université de Paris X sur l’illettrisme dans la fonction publique territoriale, la Communauté urbaine de Strasbourg (CUS) se porte candidate, en 1993, pour mettre en place le projet Déclic (Dispositif écrire, compter, lire, communiquer) auprès de ses agents. « La CUS a été la première collectivité en France à expérimenter cette action, mise en place sur une période de dix− huit mois, indique Arnaud Kern, responsable formation à la CUS. Trois services ont été ciblés : propreté, funéraire et éducation, et une campagne de recrutement d’agents volontaires pour suivre la formation a été lancée. L’objectif était la consolidation des fondamentaux en expression écrite, orale et en mathématiques. Nous nous sommes également appuyés sur un centre de ressources pour permettre aux agents de se familiariser avec les outils informatiques. » Près de 15 agents, accompagnés par des tuteurs volontaires, ont participé à la première session de formation, suivis par un deuxième groupe quelques mois plus tard.

Vers l’évolution de carrière

« À l’issue de ces deux expérimentations, nous avons décidé d’étendre le dispositif à l’ensemble des services, mais en y apportant certaines modifications », précise Arnaud Kern. Ainsi, aujourd’hui, les tuteurs ont disparu, mais l’implication des encadrants a été renforcée. « Nous distinguons les formations qui relèvent de la lutte contre l’illettrisme de celles qui relèvent de l’évolution de carrière et de la professionnalisation des agents. » Des groupes de niveau sont constitués à l’issue de tests de positionnement. Leurs objectifs ? Favoriser l’épanouissement personnel des agents, les aider à être plus à l’aise dans leur travail, contribuer au développement de leurs compétences professionnelles et faciliter leur évolution de carrière. Chaque année, environ 75 agents suivent ces formations.

Une formation jugée « très utile »

« Concernant le repérage des agents susceptibles d’intégrer ces formations, nous nous appuyons sur les remontées du terrain effectuées par les services. Mais le bouche-à-oreille fonctionne aussi beaucoup. Déclic existant depuis une vingtaine d’années, de nombreux agents viennent nous voir spontanément. » Un mot, enfin, sur la mesure de l’efficacité de ce dispositif : « À chaque fin de session, les agents sont invités à remplir un questionnaire. Et 90 % d’entre eux, quel que soit leur niveau, trouvent la formation qu’ils ont suivie très utile dans la maîtrise de leur activité professionnelle, mais aussi en matière de comportement et de communication sociale au travail. »

CONSEIL RÉGIONAL DE BASSE-NORMANDIE : DES PARCOURS PROFESSIONNELS SÉCURISÉS

En Basse−Normandie, on estime qu’entre 35 000 et 45 000 salariés auraient des difficultés avec les compétences de base. « Notre Région a toujours été mobilisée pour lutter contre toutes les formes d’illettrisme, indique Yannick Soubien, vice-président du Conseil régional de Basse−Normandie (CRBN), en charge de la formation tout au long de la vie. Et nous sommes particulièrement attentifs à la formation des salariés dans cette situation, car ne pas maîtriser les compétences de base est un véritable frein pour profiter de la mobilité professionnelle ou s’engager dans un parcours de formation. » Un constat valable au sein des collectivités territoriales comme dans les sociétés privées. Sous l’impulsion du CRBN, une véritable synergie régionale a été créée autour du référentiel des compétences clés en situation professionnelle en formant ensemble les organismes paritaires collecteurs agréés (OPCA) et les organismes de formation à son utilisation. Objectifs : se doter d’un langage commun et permettre l’appropriation d’une méthodologie mutualisée d’intervention.

Deux programmes phares

Le CRBN permet également aux demandeurs d’emploi et aux salariés ne pouvant pas accéder à un plan de formation ou à un congé individuel de formation de bénéficie d’une véritable remise à niveau. Au cœur de ce dispositif, deux programmes majeurs. Le programme de formation de base vise à un renforcement des connaissances en mathématiques et en français et propose une initiation à Internet. Le programme de formation générale complète, quant à lui, les bases de l’enseignement général, les connaissances en langues étrangères, en comptabilité et en technologies de l’information et de la communication. « Chaque année, plus de 7000 Bas−Normands bénéficient de l’un de ces deux programmes de formation tout au long de la vie », précise Yannick Soubien.

Des partenaires multiples

Partout sur son territoire, le CRBN accompagne et finance de nombreux dispositifs, et ce, avec des partenaires très divers : le CNFPT, les chambres de commerce et d’industrie, les chambres de métiers, les branches professionnelles, etc. Cela a été le cas avec la Maison de l’emploi et de la formation de l’agglomération caennaise (MEFAC) à l’occasion d’une opération de sensibilisation des entreprises du bassin de Caen-Falaise destinée à déclencher des demandes de formation pour les salariés en situation d’illettrisme. Le Conseil régional a également soutenu le dispositif clés en main, proposé par l’organisme agréé Opcalia, en faveur de la maîtrise des compétences clés de la propreté. Avec toujours l’objectif de renforcer les capacités de compréhension, de raisonnement et de communication, quels que soient les parcours professionnels !

CONSEIL GÉNÉRAL DE L’HÉRAULT : OUVRIR À TOUS LES PORTES DE LA MÉDIATHÈQUE

Parce que la lecture publique est un enjeu d’équité sociale autant que territoriale, le Conseil général de l’Hérault s’est résolument engagé dans ce domaine. Le nouveau bâtiment Pierresvives de 26 000 m2, au sein de l’agglomération montpelliéraine, est l’un des signes les plus visibles de cette démarche de promotion de la culture pour tous. « Le Conseil général a fait de la médiation sociale l’une de ses priorités, précise Lucie Ambrosi, bibliothécaire. Nous avons ainsi mené une réflexion approfondie sur les meilleures façons d’utiliser les nouveaux équipements. » Les collections globales du service ont augmenté et du personnel a été recruté afin de guider et d’orienter les lecteurs les plus initiés comme les débutants.

Démystifier l’accès au livre

« Les agents d’accueil et les bibliothécaires se posaient des questions. En effet, nous ne sommes pas des professionnels de la lutte contre l’illettrisme, ajoute Lucie Ambrosi. Comment démystifier l’accès au livre pour les personnes illettrées ne fréquentant pas spontanément une bibliothèque ? Comment en faire un lieu d’où elles ne se sentent pas a priori exclues, mais accueillies ? » Les agents ont donc bénéficié d’une formation spécifique à l’accueil et à l’orientation des personnes en situation d’illettrisme, élaborée et dispensée avec l’appui du réseau de professionnels et des associations de lutte contre l’illettrisme.

Multiplier les initiatives

Cette mobilisation a aussi débouché sur une série d’initiatives dédiées plus particulièrement aux personnes en situation d’illettrisme, comme la co-organisation avec les associations d’animations régulièrement proposées aux adultes et aux enfantsla mise en avant d’ouvrages d’accès plus aisé (albums de photos, BD...) ou une action destinée aux personnes incarcérées. Depuis l’ouverture de la médiathèque Pierresvives, en septembre 2012, le nombre de ces nouveaux publics ne cesse de croître, comme l’observe Lucie Ambrosi. « Nous obtenons de premiers résultats significatifs. Grâce au travail sur l’accueil de ces publics spécifiques et à la mise à disposition d’ouvrages simples d’accès - par exemple, des livres de photos de voyages ou de recettes de cuisine, les personnes illettrées poussent plus volontiers la porte de notre médiathèque. »

 

CONSEIL RÉGIONAL DES PAYS DE LA LOIRE : DES PARCOURS D’ACCÈS À LA QUALIFICATION DES JEUNES

La Région Pays-de-la-Loire fait de la formation professionnelle, notamment des jeunes, une de ses priorités. Pour créer de véritables passerelles entre insertion et qualification, le Conseil régional a fait évoluer son offre de formations professionnelles en créant des « parcours d’accès à la qualification ». Deux de ces parcours, qui intègrent des actions de remise à niveau ou d’acquisition des compétences clés, sont désormais ouverts aux jeunes en contrat « emploi d’avenir ».

Acquisition et développement  des compétences clés

Le premier parcours, « Je m’oriente, je me prépare », a pour objectif d’aider les demandeurs d’emploi à accéder à une formation qualifiante, à un contrat d’apprentissage ou à un emploi aidé. Avec, à la clé, des actions de formation, de remise à niveau des savoirs de base, de découverte des métiers ou de construction du projet professionnel. Le second, « Acquisition et développement de compétences clés », a pour objectif de préparer à un concours ou à une formation qualifiante, par exemple. Il permet aussi de combler, dans une logique d’éducation permanente, une lacune identifiée. « Ce second parcours est basé sur les huit compétences clés pour l’éducation et la formation tout au long de la vie définies par la recommandation du Parlement européen du 18 décembre 2006, précise Dominique Dèbre, directeur adjoint et responsable du service Coordination, animation et ingénierie au sein de la direction de l’Emploi et de la formation professionnelle du Conseil régional des Pays de la Loire. Ces compétences sont indispensables à tout individu pour son intégration sociale, son développement professionnel et son épanouissement personnel. »

Des missions locales prescriptrices

Ces formations d’acquisition et de développement des compétences clés sont individualisées en fonction des besoins de chaque personne, en tenant compte de ses acquis et de son projet. « Les missions locales occupent une place centrale dans le dispositif, indique Dominique Dèbre. Elles sont les plus sollicitées et souvent les mieux à même de repérer les difficultés du jeune lorsqu’elles le reçoivent et réalisent le diagnostic de ses potentialités. » Aujourd’hui, cette offre est disponible sur tout le territoire régional, puisque 22 sites de formation répartis dans les cinq départements des Pays-de-la-Loire peuvent la prendre en charge.

Quotidiennement mobilisé, le CNFPT sensibilise et accompagne les collectivités dans leur démarche de prévention comme de lutte contre l’illettrisme. Focus.

CONSEIL RÉGIONAL DES PAYS DE LA LOIRE : DES PARCOURS D’ACCÈS À LA QUALIFICATION DES JEUNES

La Région Pays-de-la-Loire fait de la formation professionnelle, notamment des jeunes, une de ses priorités. Pour créer de véritables passerelles entre insertion et qualification, le Conseil régional a fait évoluer son offre de formations professionnelles en créant des « parcours d’accès à la qualification ». Deux de ces parcours, qui intègrent des actions de remise à niveau ou d’acquisition des compétences clés, sont désormais ouverts aux jeunes en contrat « emploi d’avenir ».

Acquisition et développement  des compétences clés

Le premier parcours, « Je m’oriente, je me prépare », a pour objectif d’aider les demandeurs d’emploi à accéder à une formation qualifiante, à un contrat d’apprentissage ou à un emploi aidé. Avec, à la clé, des actions de formation, de remise à niveau des savoirs de base, de découverte des métiers ou de construction du projet professionnel. Le second, « Acquisition et développement de compétences clés », a pour objectif de préparer à un concours ou à une formation qualifiante, par exemple. Il permet aussi de combler, dans une logique d’éducation permanente, une lacune identifiée. « Ce second parcours est basé sur les huit compétences clés pour l’éducation et la formation tout au long de la vie définies par la recommandation du Parlement européen du 18 décembre 2006, précise Dominique Dèbre, directeur adjoint et responsable du service Coordination, animation et ingénierie au sein de la direction de l’Emploi et de la formation professionnelle du Conseil régional des Pays de la Loire. Ces compétences sont indispensables à tout individu pour son intégration sociale, son développement professionnel et son épanouissement personnel. »

Des missions locales prescriptrices

Ces formations d’acquisition et de développement des compétences clés sont individualisées en fonction des besoins de chaque personne, en tenant compte de ses acquis et de son projet. « Les missions locales occupent une place centrale dans le dispositif, indique Dominique Dèbre. Elles sont les plus sollicitées et souvent les mieux à même de repérer les difficultés du jeune lorsqu’elles le reçoivent et réalisent le diagnostic de ses potentialités. » Aujourd’hui, cette offre est disponible sur tout le territoire régional, puisque 22 sites de formation répartis dans les cinq départements des Pays-de-la-Loire peuvent la prendre en charge.

LA REUNION : MISER SUR LES AGENTS-RELAIS

21 %, c’est le taux moyen d’illettrisme relevé à La Réunion, chez les habitants comme chez les agents territoriaux, soit une proportion trois fois plus élevée qu’en métropole. « Il y a deux ans, nous avons décidé de réorganiser la lutte contre l’illettrisme en rejoignant le groupe des partenaires locaux et en impliquant plus avant les collectivités territoriales dans une stratégie globale, explique Guy−Luc Santoni, directeur régional de la délégation CNFPT La Réunion. Notre objectif : donner plus de visibilité, de cohérence et d’efficacité au dispositif. »

Des acteurs territoriaux formés

La délégation a d’abord concentré ses efforts en faveur du repérage des situations d’illettrisme grâce à la formation d’agents-relais. « L’illettrisme est un sujet souvent délicat à aborder avec les personnes concernées, souligne Sylvie Taormina, conseillère formation de la délégation CNFPT, qui a piloté l’opération. C’est pourquoi 15 agents volontaires, issus de huit collectivités et de tous horizons professionnels, ont été sélectionnés pour suivre un programme de formation très complet, comprenant huit modules (23 jours au total). » Leur point commun ? Tous sont motivés à titre personnel par la lutte contre l’illettrisme. Ils se sont ainsi engagés à suivre la formation et à mener un travail d’animation sur le terrain autour de cette problématique.

Veille et programmes adaptés

« Ces agents-relais jouent d’abord un rôle de veille pour repérer les personnes en difficulté à l’occasion des formations d’intégration, précise Sylvie Taormina. Ils savent désormais évaluer le degré d’illettrisme des agents concernés. Également formateurs, ils peuvent construire des programmes de formation adaptés à chaque situation d’illettrisme. Enfin, ils ont un rôle d’ambassadeur vis-à-vis de leurs collègues, démultipliant leur savoir-faire. » En 2013, c’est au final une trentaine d’agents-relais qui ont été formés. Grâce à l’apport d’outils spécifiques - comme le logiciel d’évaluation du degré d’illettrisme, Evado - et à cette stratégie d’essaimage, La Réunion obtient des premiers résultats encourageants. Elle dispose désormais d’une méthodologie à partager avec Mayotte.

AGGLOMÉRATION DE TOURS : DU REPÉRAGE À L’APPRENTISSAGE

Repérer les agents d’une collectivité en situation d’illettrisme se révèle souvent délicat dans la pratique. Nombre d’entre eux ont développé des techniques de contournement. Outre l’identification de ces agents par un encadrant, l’alerte peut venir suite à des échecs répétés à des tests, en amont des préparations aux concours ou examens professionnels. C’est ce qui s’est passé au sein de la Ville de Tours et de la Communauté d’agglomération Tour(s) plus. « Dix−huit agents avaient été identifiés comme étant en difficulté avec les savoirs de base lors de la préparation à l’examen professionnel d’adjoint technique de première classe, indique Thomas Colmant, responsable de l’antenne territoriale d’Indre-et-Loire et conseiller formation à la délégation CNFPT Centre. Ils ont donc été reçus par les responsables formation de ces collectivités qui leur ont proposé, sur la base du volontariat, de s’engager dans une démarche de réappropriation des savoirs de base. »

Un parcours sur mesure

Mandaté par Tours et Tour(s)plus, le CNFPT a mis en œuvre le dispositif pédagogique, en étroite collaboration avec les deux collectivités : de l’accompagnement du prestataire chargé de dispenser les formations à la coordination de l’ensemble du projet. « En deux ans, près de 50 agents ont bénéficié de ce dispositif, poursuit Thomas Colmant. Les personnes volontaires passent un test de positionnement, ce qui nous permet, ensuite, de leur proposer un parcours de formation individualisé, adapté à leur niveau de connaissance ainsi qu’à leur projet professionnel et personnel. Pour être à l’aise dans l’exercice de leur travail ou pour le suivi scolaire des enfants. »

Le rôle clé des encadrants

La formation alterne travail individuel et activités collectives en français, conjugaison, mathématiques, etc. Et après soixante heures, chaque agent évalue ses acquis. « La réussite de ce dispositif repose aussi sur l’implication des chefs d’équipe et des responsables de service, conclut Thomas Colmant. Ils doivent offrir aux agents l’occasion de concrétiser dans leur travail les progrès enregistrés, par exemple, en les encourageant à renseigner un registre d’entretien matériel ou à formaliser par un écrit leurs demandes de congés. Nous organisons d’ailleurs des journées de formation pour sensibiliser les encadrants de la collectivité à la lutte contre l’illettrisme - qui commence par le repérage de ces situations - et au rôle crucial qu’ils ont à jouer en la matière. »