Quand l'innovation publique devient collaborative

Comment concevoir des politiques publiques locales encore plus efficientes et en adéquation avec les attentes et besoins sociaux ? La question de l’innovation publique n’est pas neuve… En revanche, la manière dont les acteurs publics l’abordent actuellement rompt radicalement avec les démarches qu’ils privilégiaient jusqu’alors. Bienvenue au pays de l’innovation collaborative…

Comment concevoir des politiques publiques locales encore plus efficientes et en adéquation avec les attentes et besoins sociaux ? La question de l’innovation publique n’est pas neuve… En revanche, la manière dont les acteurs publics l’abordent actuellement rompt radicalement avec les démarches qu’ils privilégiaient jusqu’alors. Bienvenue au pays de l’innovation collaborative…

Immersions, projets collectifs associant agents, usagers, artistes et universitaires, prototypage de nouveaux services, utilisation de supports numériques... Pour répondre au besoin d’efficacité, les acteurs publics s’inspirent de nouvelles méthodes d’innovation dans l’élaboration des politiques publiques. 

« Ce sont les mêmes questions depuis 30 ans - comment améliorer la relation à l’usager, la proximité, la qualité de service, simplifier les procédures ? - mais au lieu de recourir aux méthodes classiques, largement quantitatives,  fondées sur des analyses de données d’enquêtes, menées par des consultants, ces démarches plus subjectives sont  centrées sur la compréhension du besoin de l’utilisateur dans son contexte, sans avoir de prétention universaliste ni d’objectif de reproductibilité, » explique Frédérique Pallez, professeur à l’école des mines et dont les travaux portent notamment sur l’innovation publique. En rupture donc, avec les « réformes » jusqu’alors essentiellement focalisées sur la recherche de performance économique,  de solutions « bonnes » partout et toujours.

Le design de service

Moins coûteuses et plus ludiques, ces démarches ont le vent en poupe depuis une dizaine d’années. Derrière leur diversité, ces manières de penser les politiques publiques s’apparentent en réalité toutes au « design de service ». Il s’agit en effet désormais d’étudier la fonctionnalité et la forme de certains services, en se plaçant du point de vue des usagers et donc en s’appuyant sur la compréhension de leur expérience. Elles empruntent les outils et méthodes du designer, pour les appliquer aux différents domaines de l’action publique. « Dans la pratique, précise Frédérique Pallez,  cela se traduit par des assemblages particuliers - à chaque designer dans chaque situation - de briques de méthode, avec des invariants : l’immersion (pour accéder au vécu des personnes ), l’approche sensible (empathie et bienveillance), et le prototypage – la matérialisation - qui peut aller du simple support au process de créativité à un véritable objet testable à petite échelle et qui apporte des informations susceptibles de modifier le design initial . »

Du design au co-design

L’autre caractéristique de ces formes d’innovation est leur caractère collaboratif. C’est avec toutes les parties prenantes qu’un projet doit en effet désormais se conduire, et ce, dès l’amont, donc dès la problématisation. Il est ainsi question de co-design ou de design social, par essence collaboratif et participatif, qui permet d’associer les acteurs socio-professionnels des territoires et les citoyens, au moyen d’outils créatifs, dans l’élaboration de l’action publique. C’est de la confrontation des points de vue à chaque étape, de l’analyse à l’expérimentation, en passant par la conception, que surgissent les grandes orientations et les options concrètes en termes d’opérationnalité. Une expression de la puissance de la démocratie participative par l’exploitation systématique de l’intelligence collective.

L’adhésion des collectivités territoriales

Outre le gain d’efficacité et l’adéquation aux  attentes qui devraient en résulter, cette co-construction de l’action publique doit permettre de renforcer la vitalité démocratique des territoires. Un enjeu auquel les collectivités territoriales qui doivent opérer des services de proximité sont particulièrement sensibles. De fait, elles sont impliquées dans quasiment les deux tiers des projets identifiés dans la cartographie des nouvelles formes d’innovations publiques (FIP) récemment proposée par Frédérique Pallez et Jean-Marc Weller, chercheurs au CNRS*. Au-delà d’une volonté de se positionner comme actrices du changement, elles ont, il faut le dire, une capacité d’action accrue sur les sujets adaptés aux démarches de design : l’urbanisme, la santé, le développement territorial, le social, l’environnement, la culture, l’éducation. 

Remobilisation de l’administration

Les deux chercheurs remarquent toutefois que ces nouvelles FIP portent en réalité de plus en plus sur le travail des acteurs de l’administration (élus ou fonctionnaires), la transformation d’agencements spatiaux, d’outils, de processus administratifs précis (les achats par exemple) ou la « culture » administrative dans son ensemble (développement de « labs » d’innovation par exemple), ces thématiques manifestant une plus forte dynamique que les projets portant sur la relation des publics à l’administration. Un constat plutôt logique si l’on considère que la qualité de la relation aux publics passe nécessairement par une transformation de l’administration elle-même. « En termes d’évaluation des effets de ces nouvelles démarches, il n’y pas de production systématique de solutions innovantes prêtes à l’emploi, confirme Frédérique Pallez, mais, dans tous les cas, l’apport de méthodes de créativité, le décloisonnement des services, qui transforment les manières de faire et remobilise l’administration. » 

Réussir la transformation

Pour que cette transformation soit durable et se traduise en réelle innovation pour les usagers, il faut réussir à insérer ces nouvelles solutions dans les process administratifs. Et pour cela, anticiper leurs impacts juridiques, mais aussi leurs interactions avec les systèmes d’information, les carrières et l’évaluation du personnel, les budgets... et, surtout, avec le management intermédiaire profondément remis en question. « A cet égard, la qualité du portage politique et administratif apparaît décisive. Et l’enjeu reste encore bien souvent de faire connaître ces méthodes afin de les ancrer culturellement dans les esprits des élues et élus, et de l’encadrement » estime Frédérique Pallez.

Un autre point de vigilance signalé par la chercheuse, concerne le soin apporté dans la phase de mise en œuvre. « Ces projets prennent beaucoup de temps, analyse-t-elle, et les designers sont souvent contraints de déléguer trop rapidement l’expérimentation à l’administration. Ce passage de relai est nécessaire mais s’il est mal préparé, il sera facteur d’échec. »

Le CNFPT adopte les méthodes agiles du co-design non seulement pour développer une offre formative toujours mieux adaptée aux attentes des agents mais aussi pour aider les collectivités territoriales à innover en apprenant avec elles à co-construire.

L’innovation pédagogique est un pilier de l’innovation publique. « Pour innover, il faut sortir du contrôle a priori et libérer la créativité, apprendre à combiner l’ordre et du chaos, expérimenter et accepter de faire des erreurs... Cela s’apprend ! » assure Denis Cristol, directeur de l'ingénierie et des dispositifs de formation du CNFPT. Et l’établissement s’y emploie afin d’améliorer ses propres services mais aussi aider les collectivités territoriales à adopter ces nouvelles méthodes de l’innovation collaborative et permettre à leurs agents d’apporter les réponses aux mutations économiques, sociétales ou environnementales.

Un réseau de salles de co-conception et un Laboratoire d’apprentissage

Depuis 2 ans, l’établissement a développé un laboratoire d’apprentissage au siège  et plusieurs salles de co-conception : 13 actuellement, 26 à terme, soit une dans chacune de ses structures en région. Des lieux innovants, agencés pour faciliter les approches agiles et collaboratives. Pour y parvenir, le CNFPT a tout naturellement employé… une démarche de co-conception. « Nous voulions mobiliser toutes les parties prenantes (équipes pédagogiques mais aussi administratives et techniques) pour définir, dans chaque délégation, l’agencement particulier de sa salle, » explique Cécile Joly, Directrice Mission Innovation publique collaborative et Laboratoire d'apprentissage du CNFPT.

Améliorer l’offre et apprendre avec

Des environnements inspirants puisque les équipes du CNFPT y ont déjà co-construit les nouvelles modalités de formation de l’offre de formation 2018 enrichie, active et inversée. Elles y travaillent aussi avec les agents des collectivités, à partir de cas concrets apportés par ces derniers. Au cours de formations-action, il est ainsi possible d’apprendre ensemble et d’imaginer les solutions adaptées aux problématiques particulières et directement opérationnelles. « Un impératif dans le contexte de raréfaction financière où les collectivités ne laissent plus partir leurs agents pour des formations longues et ne répondant pas précisément aux problématiques rencontrées, » analyse Cécile Joly.

Monter en puissance et aller plus loin

Dans son laboratoire des apprentissages, une équipe nationale « Mission innovation publique collaborative »- récemment renforcée d’un techno-pédagogue (spécialiste de l’utilisation des nouvelles technologies dans les usages pédagogiques) et d’une designer de service – accompagne la démarche de co-construction de l’offre de formation en innovation publique et le développement des salles de co-conception sur le territoire. Il s’agit également de développer une culture interne de la conception innovante avec les usagers (collectivités et stagiaires).

Elle contribue ainsi depuis deux ans à l’organisation de l’université européenne d’été de l’innovation publique territoriale à Cluny. « Avec Cluny, nous expérimentons la formation auto-organisée et auto-animée, un archétype de formation libérée. Notre objectif est qu’elle essaime dans les territoires de plus en plus apprenants de manière à ce que chaque structure fasse écosystème d'innovation avec les collectivités territoriales de son territoire, » explique Cécile Joly.

Les agents départementaux de l’action sociale sont parfois confrontés à des parents qui subissent les décisions, comme le placement de leurs enfants, sans vraiment les accepter faute de les comprendre. Pour y remédier, les conseils départementaux du Finistère et des Côtes-d’Armor tentent depuis plusieurs années d’intégrer le point de vue de ces parents dans leur réflexion sur les pratiques des services. Par le passé, plusieurs initiatives sont allées dans ce sens (ateliers haut-parleur : parents, élus, professionnels en Finistère, journées d’actualité pour sensibiliser au croisement des savoirs et des pratiques en Côtes d’Armor, formation de cadres à l’animation de co-formations à l’INSET d’Angers) mais il fallait aller plus loin pour créer la dynamique nécessaire. « Pour nous, explique Soazig Henry, Responsable du service « Parcours de l’agent et accompagnement professionnel » au CD22, l’objectif est d’impulser une dynamique collective institutionnalisée portée par la collectivité. Elle ne repose pas uniquement sur la bonne volonté des agents et/ou le « bon sens ». D'où l’idée de mutualiser une démarche permettant, sur le modèle de la co-formation, en partenariat avec ATD Quart Monde, d’améliorer la compréhension mutuelle des professionnels et des parents en situation de précarité et d’agir sur le fonctionnement des services.

Le CNFPT a organisé en juin dernier une co-formation commune aux conseils départementaux du Finistère et des Côtes-d’Armor. Quatre journées où agents et parents apprennent à se faire confiance pour améliorer ensemble le partenariat. La co-formation par le croisement des savoirs et des pratiques vise à confronter les regards pour améliorer la compréhension mutuelle et, au final, changer la manière dont le service fonctionne. C’est de la mise en présence et de la confrontation des acteurs qu’on peut en effet espérer des prises de conscience transformatrices et une évolution des relations et de l’interaction entre les participants.

Une échelle inédite pour une co-formation

La première condition est donc de réussir à réunir tous les acteurs : professionnels, parents et équipe pédagogique représentative des « deux mondes » pour garantir la réussite du croisement. Sur deux départements, la co-formation concernait 17 agents (assistants socio-éducatifs et attachés), 5 parents militants au sein d’ATD Quart Monde et 6 animateurs (formateur indépendant, d’Askoria* et d’ATD Quart Monde). 

Une échelle inédite pour ATD Quart Monde qui s’est appuyé sur les moyens de délégation Bretagne du CNFPT. Au-delà de ces ressources humaines et matérielles, l’intervention de la délégation régionale CNFPT a permis de questionner les objectifs et la position de chaque acteur pendant plusieurs mois. 

Mieux se connaître pour créer la confiance 

Après cette phase de cadrage, l’établissement a ensuite accueilli tous les participants du 18 au 22 juin, au Village des Collectivités de Thorigné-Fouillard. Un lieu situé en Ille et Vilaine et garantissant donc aux participants la neutralité requise. 

Au cours de ces journées, l’objectif des formateurs a été de créer les conditions (autonomie, confiance, sécurité…) d’une parité et d’une bonne compréhension dans les échanges entre parents et professionnels. Au programme un travail sur les représentations, l’analyse de pratiques sous les angles des logiques d'action, de la nature de la relation, des initiatives et prises de risques… Chacun étant placé dans une attitude de co-chercheur, co-formateur, co-acteur afin d’identifier des questions, les transformer en problématiques et rechercher des compréhensions communes et des pistes de changements pour améliorer le partenariat.

« La co-formation par le croisement des savoirs et des pratiques permet d’intégrer l’usager dans les démarches participatives. »

William Lambard, conseiller formation CNFPT, délégation Bretagne

Changer les pratiques dans le temps

L’objectif – permettre une meilleure connaissance mutuelle - a été atteint, au-delà des espérances. D’un commun accord, parents militants et professionnels ont en effet décidé de défendre ensemble fin novembre le bilan de co-formation et les pistes de transformation des pratiques – comme la sensibilisation systématique des futurs travailleurs sociaux mais aussi éducateurs, assistants sociaux, éducateur de jeunes enfants… à la place des parents, la production d’un livret d’accueil… - devant les institutions. Un vrai plus pour légitimer la mise en place d’un réseau et faire reconnaître la place des parents comme personnes ressources… « Il faut que ces pistes de changement soient portées ensuite au niveau de l’institution car, au-delà de la modification immédiate des manières de faire, le but est d’intégrer l’usager de manière plus permanente, de créer un réseau professionnels-parents et d’impulser une dynamique, » explique Catherine Le Scanff, Responsable Formation et accompagnement des parcours professionnels au CD 29. 

Une réussite dans le temps qui a elle seule justifierait la généralisation de la démarche. Pour William Lambard, conseiller formation du CNFPT en Bretagne, « la co-formation instaure une nouvelle temporalité et mobilise beaucoup de ressources mais elle répond au besoin des collectivités territoriales d’intégrer effectivement l’usager dans toute démarche participative. » 

« Malgré nos certitudes concernant la méthode, une co-formation par le croisement des savoirs et des pratiques est toujours une alchimie. La session de juin, avec les agents du Finistère et des Côtes d’Armor, a été exemplaire en termes de production. Il y a eu une véritable formation ; c’est-à-dire une déconstruction suivie d’une construction et de la production de pistes d’amélioration. Des pistes que parents et agents ont choisi de défendre ensemble lors d’une 5ème journée face aux élus et aux cadres de direction des départements. Pour arriver à cette réelle opportunité de modifier les pratiques sur le long terme, la culture d’ouverture des agents et leur conviction sincère d’être en mission pour leur département ont été déterminantes. C’est grâce à elles que la confrontation a pu être aussi franche et qu’un véritable travail a pu s’engager. » 

Hervé Lefeuvre, responsable des ateliers du croisement des savoirs chez ATD Quart Monde

« J’ai affaire aux services sociaux depuis toute petite, comme ma mère ou ma grand-mère avant moi. Face à eux, on a souvent le sentiment de ne pas être entendue. On nous écoute bien sûr, mais on ne tient pas vraiment compte de ce que nous disons. C’est ce qui peut nous pousser, en tant que parents, à claquer la porte parfois. C’est pour changer ça, pour que l’on fasse enfin « avec nous », que j’ai voulu m’impliquer dans cette co-formation. C’était la troisième à laquelle je participais. Cette fois, j’ai senti que les professionnels ont été véritablement touchés par notre discours. Leur prise de conscience a été visible et cela nous a permis d’aller plus loin ensemble pour imaginer comment améliorer nos échanges. Parler d’égal à égal avec les professionnels a changé ma vision des travailleurs sociaux et me donne envie de travailler avec eux à l’avenir. » 

Ludivine Cambier, militante d’ATD Quart Monde à Rennes qui a participé à la co-formation
Suite à une réorganisation autour de trois grandes directions adjointes, le conseil départemental des Ardennes (CD 08) s’interrogeait, en début d’année dernière, sur la manière de faire évoluer sa conduite interne de projet. « Nous voulions casser l’organisation traditionnelle dans laquelle chaque direction travaille à côté des autres et contribue à des projets montés de façon segmentée pour travailler davantage en coordination, » résume Quentin Noaillon, chargé de coordination des grands projets au CD 08. C’est à l’été 2017, que la toute nouvelle directrice générale des services du conseil départemental a décidé de se saisir de ce sujet pour expérimenter le design de services et de la co-conception : deux démarches misant sur le travail collaboratif et la créativité qui permettent de décloisonner les services et de faire évoluer la culture interne de la conduite de projet. Une piste prometteuse pour évoluer vers plus de transversalité et sur laquelle le conseil départemental a sollicité l’accompagnement du CNFPT.

Le CNFPT et le Conseil départemental ont décidé d’expérimenter ensemble la co-conception au cours d’une formation - action sur un projet concret : l’aménagement d’un site à fort potentiel touristique.

Design de services et co-conception sont des démarches innovantes et donc nouvelles, y compris pour les agents de la de délégation Champagne-Ardenne du CNFPT. L’idée était donc de monter une formation qui permettrait à un groupe mixte (agents du CNFPT et du conseil départemental : routes, communication, patrimoine, tourisme, aménagement du territoire…) d’expérimenter ensemble ces méthodes innovantes. 

En septembre, avec l’appui de designers de services  et de la directrice mission innovation publique collaborative et laboratoire d'apprentissage du CNFPT, un dispositif a été monté sur un sujet concret. « Sur une dizaine de projets possibles, nous avons opté pour le développement du lac des Vieilles Forges, un sujet positif parlant aux agents du CNFPT comme à ceux du Département et assez simple pour permettre la duplication, » explique Quentin Noaillon.

Ouverture à 360° et créativité

Le dispositif de 5 jours a été organisé sur le site, à 20 km de Charleville-Mézières, dans les locaux du centre des congrès. Un choix qui a permis, après une première demi-journée de cadrage de la mission, d’entrer rapidement dans le vif du sujet en allant à la rencontre des différents publics (gérants de camping, d’un site d’accrobranche, agents départementaux, promeneurs, commerçants…) pour recueillir leur ressenti. Une étape d’immersion clé dans toute démarche de design de services. 

À partir de la matière recueillie, les stagiaires ont ensuite pu commencer à identifier ensemble les pistes d’actions. Grâce à la diversité des profils réunis mais aussi aux règles de bienveillance et de droit à l’erreur inhérentes aux démarche de co-conception, les échanges ont permis d’identifier et de matérialiser sur une maquette les sujets et les pistes d’amélioration. « Ces méthodes changent le temps de formation. Elles donnent parfois l’impression de passer beaucoup de temps sur certaines phases mais au final s’avèrent très efficaces, rendent les journées très intenses et permettent d’obtenir des avancées tangibles, » apprécie Alice Venturi, Chargée de Communication externe au conseil départemental.

Une démarche efficace

Mi-décembre, les stagiaires se sont retrouvés pour une seconde session de deux jours pour catégoriser les grandes tendances (idéation) et matérialiser les solutions (prototypage) en petits groupes. Ces « prototypes » discutés au sein du groupe ont ensuite été présentés directement aux acteurs présents sur le site pour validation. «En faisant avec tout le monde sur un même lieu, dans un même temps, nous avons ainsi pu identifier quelques actions  simples et percutantes en très peu de temps avec ces méthodes qui permettent également de renforcer le lien avec des administrés puisque leur avis est réellement pris en considération, » se félicite Quentin Noaillon. 

Des atouts qui ne manqueront pas d’inspirer la réflexion sur d’autres sites patrimoniaux de la collectivité…

« La démarche est neuve et complexe et l’accompagnement d’un designer de services est réellement nécessaire, tant lors du cadrage qu’au cours de la mise en œuvre. » 

Alice Venturi, Chargée de Communication externe au Conseil départemental
Au sein de leur territoire, ils sont les porteurs de l’innovation. Experts en open data, design manager, responsable de la démocratie participative, ces agents ont un objectif commun : développer les moyens d’une gouvernance locale transparente, participative et coopérative pour construire la ville de demain.

« Le design enrichit la commande publique »

Nathalie Arnould, design manageuse Saint-Étienne Métropole, pôle territoire cité du design

Lorsque l’on parle de design, on pense ameublement, mode, objets… Il n’est pas évident d’imaginer le rôle d’un designeur ou d’une designeuse dans l’aménagement d’un territoire. Nathalie Arnould, design manageuse au service de Saint-Étienne Métropole depuis six ans est une pionnière. « Très vite, je me suis interrogée sur le rôle du design dans la commande publique », raconte-t-elle. Autrement dit, comment intégrer le design dans la conception de projets publics ? Issue de la première génération de designeurs de l’École des Beaux-Arts de Saint-Étienne* en 1989, Nathalie Arnould poursuit son cursus avec un formidable sujet d’étude : elle participe à l’aménagement d’un espace naturel sensible pour le Conseil départemental de la Loire. « Notre approche a été novatrice : plutôt que penser type d’aménagement, nous avons pensé type de l’offre. » Cela induit une réflexion sur ce que représente cet espace pour la collectivité, sur la meilleure réponse à apporter à son public. « Un designeur ou designeuse qui conçoit un objet part d’un besoin, l’analyse, le prototype, le teste et le développe. Il en est de même pour un designeur ou designeuse de service public. » À partir de cette expérience, à Saint-Étienne, « ce métier répond de plus en plus souvent à la commande publique en complément d’autres compétences : urbanistes, sociologues, architectes… » En 2011, la Métropole crée le poste de design manageur, pour soutenir l’innovation publique à l’échelle du territoire. Nathalie Arnould remplit cette mission transversale, qui dépend de la direction de l’innovation de la métropole et de la direction de l’urbanisme de la ville. « Je travaille avec les référents dans tous les services en mode projet », précise-t-elle. S’inspirant du bureau du design de la ville de Montréal qui existe depuis 2000, elle a à cœur de remettre en question « la commande publique. » « On ne commande pas un pont mais un objet qui permet de traverser d’une rive à l’autre. Cette nuance ouvre le champ des créativités ! » Dans cette approche, elle préconise une méthode participative en amont des projets. « Prendre du temps pour observer, tester les services, interroger les usagers est essentiel. Le piéton est un expert de la rue, il faut l’écouter ! » Ainsi, une école a-t-elle été repensée avec les personnels et les élèves. Résultats : pas de murs partout mais des cloisons amovibles pour moduler les espaces à la demande. « Ce travail collectif, en s’appuyant sur une empathie, une attention particulière aux besoins des usagers, ne peut qu’aller dans le sens d’une meilleure efficacité des services publics. »

* Aujourd’hui École nationale supérieure d’art et design de Saint-Étienne

« Je suis un « citoyen-maker » de l’ouverture des données »

Jérémie Nestel, chargé des innovations numériques, ville de Nevers

De ses années passées à la Cité des sciences et de l’industrie à Paris, Jérémie Nestel a gardé sa fibre de « citoyen du numérique ». Il est alors médiateur scientifique pour une exposition sur Internet. C’était en 1998. « J’étais déjà un partisan du logiciel libre, conscient des enjeux du partage et de la diffusion du code informatique. » Cette volonté de faire des ressources numériques produites et gérées par une collectivité, un bien commun ne l’a pas quitté. Il complète son DESS d’ethnométhodologie et informatique par un diplôme d’État de directeur de projet d’animation et de développement. Après avoir été directeur de territoire, il prend la direction à Argenteuil-Bezons (93) de Silicon Banlieue, un espace novateur de coworking et d’inclusion numérique de la commune. « Il faut s’appuyer sur le numérique pour faciliter le pouvoir d’agir et d’entreprendre ». Il est ensuite convaincu par Alain Bourcier, vice-président en charge du numérique pour Nevers Agglomération, de s’installer dans la Nièvre. En 2015, il devient coordinateur des innovations numériques pour la ville et l’agglomération. L’open data qui consiste à récolter, traiter et rendre exploitable la donnée pour le service public, est, selon lui, « une brique indispensable de la cité de demain ». Le rôle de Jérémie Nestel est de « faire émerger des écosystèmes favorables pour développer les innovations ». Il recense les besoins, s’inspire des idées, élabore des projets avec les élus, les acteurs locaux, les entreprises, les habitants, les enseignants. Il part aussi en quête d’inspiration en Israël, en Europe… Sa première réalisation, l’e-Tree, remporte l’adhésion : situé en plein centre-ville, cet arbre artificiel aux « feuilles » photovoltaïques produit de l’énergie, offre le wifi, ainsi qu’un point d’eau… Les élèves d’un lycée, en convention avec la ville, ont pour mission de faire évoluer l’aspect serviciel de l’installation, devenant ainsi « acteurs du projet ». « L’e-Tree a permis d’incarner la smart city aux yeux de tous. Tout le monde peut comprendre les nouvelles interactions possibles par des technologies ! » Depuis, la révolution numérique neversoise s’est accélérée. S’appuyant sur les équipes systèmes informatiques et open data, Jérémie Nestel multiplie les projets. Des parkings PMR* consultables en temps réel, des conférences sur l’Open Democracy, un centre de Ressources en robotique éducative, des courses de drones, entre autres, en font partie.« À l’heure des fablab, il faut permettre aux citoyens de contribuer à prototyper leur ville : tous cItoyens- makers ! *»

* citoyen constructeur 

« Le numérique développe l’accès à la citoyenneté » 

Anne Gaël Chiche, responsable de l’Agora, maison des initiatives citoyennes de la ville de Nanterre

Juriste de formation, Anne Gaël Chiche s’est impliquée pendant cinq ans au sein de Poitiers-Jeunes, une association organisatrice d’événements culturels de grande envergure. Animée par une conscience citoyenne précoce – « À six mois, j’étais déjà dans des manifestations ! » – elle est aussi très intéressée par Internet, dès ses prémices en 1996. Recrutée par le Conseil départemental de la Haute-Garonne en 1998, elle y développe une base de données documentaire et juridique en ligne et crée le site Internet de l’agence technique départementale. En 2005, lorsque la ville de Nanterre, « pionnière de la concertation citoyenne et très engagée dans les projets numériques » lui propose de prendre la responsabilité de l’espace public numérique, elle en accepte les enjeux. L’idée est de développer un réseau stimulant toutes les initiatives, échanges de bonnes pratiques, informations, pour « un Internet citoyen et créatif, accessible à tous ». Le réseau Nanterre Digital était né. En 2009, le Cyber, espace public multimédia de la ville fusionne avec l’Agora, structure dédiée à la démocratie citoyenne. Cet espace, ouvert depuis 2003, accueille les citoyens autour de débats, conférences, concertations, héberge un restaurant d’insertion et un jardin partagé… « Internet avait toute sa place à l’Agora, comme outil au service de la citoyenneté ». Anne Gaël Chiche en devient la responsable. Depuis, de nouvelles briques ont fait grandir cette maison des initiatives citoyennes. Épaulée par quatre collaborateurs gérant chacun un pôle – accueil et logistique, rencontres et débats, innovation et citoyenneté, web radio – elle n’a de cesse de renforcer l’expertise en matière « d’ingénierie de la participation ». Depuis 2013, une « wikiradio » diffuse des émissions proposées et réalisées par les Nanterriens*. « Cette année, lycéens et enseignants de l’établissement de Nanterre en seront aussi des contributeurs réguliers. » Le point d’orgue des projets, la plateforme de concertation citoyenne** construite à partir d’outils open source lors d’un événement de co-design, a été reconnue par l’Observatoire international de la démocratie participative.

* http://www.radioagora-nanterre.fr

** http://participez.nanterre.fr