Citoyens et collectivités, au secours de la planète

À la tête du mouvement des jeunes pour la préservation de l’environnement, Greta Thunberg, récemment élue personnalité de l’année par le Time, fédére les jeunes citoyens autour de la question du climat. Parce qu’aujourd’hui, le citoyen est au coeur de l’action. C’est ce qu’affirme Christophe Aubel, directeur général de l’Agence française pour la biodiversité, lors de son intervention aux derniers Entretiens territoriaux de Strasbourg : « On n’arrivera pas à changer le modèle sans le citoyen, les collectivités territoriales ne pourront y arriver sans l’impulsion et l’engagement citoyen ». Partout en France, des collectivités, conscientes de l’urgence, s’engagent dans des actions de sensibilisation, mettent en place des projets, lancent des initiatives liées au développement durable et cherchent à impliquer les citoyens, qu’ils soient simples usagers ou regroupés en collectif. Les collectivités soutiennent et accompagnent les démarches des citoyens dès lors qu’elles bénéficient à la collectivité. 

À la tête du mouvement des jeunes pour la préservation de l’environnement, Greta Thunberg, récemment élue personnalité de l’année par le Time, fédére les jeunes citoyens autour de la question du climat. Parce qu’aujourd’hui, le citoyen est au coeur de l’action. C’est ce qu’affirme Christophe Aubel, directeur général de l’Agence française pour la biodiversité, lors de son intervention aux derniers Entretiens territoriaux de Strasbourg : « On n’arrivera pas à changer le modèle sans le citoyen, les collectivités territoriales ne pourront y arriver sans l’impulsion et l’engagement citoyen ». Partout en France, des collectivités, conscientes de l’urgence, s’engagent dans des actions de sensibilisation, mettent en place des projets, lancent des initiatives liées au développement durable et cherchent à impliquer les citoyens, qu’ils soient simples usagers ou regroupés en collectif. Les collectivités soutiennent et accompagnent les démarches des citoyens dès lors qu’elles bénéficient à la collectivité. Petite revue d’initiatives locales.

Ville de Lucinges (74)
Un partenariat public/privé qui implique les citoyens

En Haute-Savoie, Lucinges (1 500 habitants) se situe au cœur d’une région de tradition forestière. Pour chauffer des bâtiments communaux, les citoyens ont trouvé tout naturel de participer financièrement à la création d’un réseau de chaleur utilisant cette ressource, via Energie Partagée, une structure qui finance des projets citoyens de production d’énergie renouvelable. Et l’implication de ForestEner, qui a vocation à réaliser la transition énergétique avec tous les acteurs concernés, a permis à la commune de mener à bien le projet, malgré des moyens humains et financiers limités. Ancrée dans l’économie locale (le bois provient d’une entreprise locale, ce qui permet à l’argent de rester sur le territoire), la chaufferie a nécessité un investissement de 1, 05 million d’euros, dont 442 000 euros proviennent de la région Rhône-Alpes, et 152 000 euros de l’épargne citoyenne. Le réseau de chaleur est délégué par la mairie à ForestEner et les citoyens s’impliquent au quotidien en récoltant les cendres de la chaudière pour les distribuer aux agriculteurs et en mesurant régulièrement le taux d’humidité du bois dans le silo et ainsi s’assurer de sa qualité énergétique.

« J’ai rencontré Yves Dieulesaint fin 2016. Conseiller municipal de Lucinges, il était très favorable à la solution bois énergie pour le réseau de chaleur prévu par la ville. Au fil des conseils municipaux, il a su remporter l’adhésion de tous. ForestEner porte des projets énergie clés en main, avec du financement citoyen et l’implication des collectivités territoriales, dans un principe de totale transparence et de cogouvernance. À Lucinges, l’implication de la municipalité a permis le raccordement supplémentaire de 5 maisons individuelles, de 2 entreprises et d’une copropriété de 11 logements. L’école a réalisé, avec les CM1 et CM2, les panneaux pédagogiques expliquant le projet. Et la mairie est entrée au capital de ForestEner, tout comme Sassenage et Quaix en Chartreuse, deux collectivités ayant elles aussi mené des projets avec ForestEner. »

Eddie Chinal, cofondateur de ForestEner

CA Pau Béarn Pyrénées (64)
Chaque geste compte : deux défis pour s’en convaincre

Pour mobiliser les citoyens sur des problématiques d’économie d’énergie et de gestion des déchets, la communauté d’agglomération Pau Béarn Pyrénées organise, du 1er décembre 2019 au 30 avril 2020, les défis « Énergie positive » et « Zéro déchet ». Gratuits et ludiques, ces défis se jouent en équipes de 6 à 10 familles. Objectif : réduire les consommations de gaz, d’électricité, d’eau et diminuer le poids des poubelles (ordures ménagères et tri), en apprenant les écogestes favorables à l’environnement – et au portefeuille des participants. « Ces défis montrent notre volonté de nous inscrire dans une démarche d’innovation, y compris avec des projets qui impliquent les citoyens » explique Christelle Bonnemason-Carrère, adjointe au maire en charge de l’environnement, du développement durable et de l’innovation. « Nous voulons être modèle en matière énergétique. »

Pour aider les participants, la communauté leur distribue un guide des 100 écogestes, organise des ateliers, des rencontres et fournit des outils : balance pour peser les déchets, lombri-composteur, autocollant stop pub, wattmètre pour connaître la consommation électrique d’un appareil, outils pour mesurer le débit de l’eau. « L’important est de ne pas s’arrêter au défi mais d’instaurer des réflexes qui perdureront » insiste Émilie Morello, chargée de mission défi Zéro déchet. L’an dernier, les défis ont permis aux familles d’économiser 128 000 kWh (-21 % par rapport à la consommation de l’année précédente) et d’éviter 2,6 tonnes de déchets (- 34 %).

« Nous sommes tous concernés. Cette année, pour être au coeur des actions citoyennes et favoriser la proximité avec les habitants, nous avons choisi d’impliquer les adjoints de quartier et d’ouvrir les défis à l’ensemble des élues et élus. »

Christelle Bonnemasin-Carrère, élue à l’environnement, au développement durable

Département de la Nièvre (58)
Stop au gaspillage alimentaire !

La lutte contre le gaspillage alimentaire constitue un levier important d’une alimentation durable et responsable. Ce constat, le conseil départemental de la Nièvre l’a fait en 2016, lorsqu’il a initié, avec le concours de l’ADEME, un programme de lutte contre le gaspillage alimentaire qui s’inscrit dans une démarche plus globale de développement durable. Destinataires : les collégiens et les équipes des 27 collèges nivernais pourvus d’une restauration collective. Le premier objectif a consisté à diminuer de 30 % les 32 kg de déchets annuels par élève via des opérations de sensibilisation des collégiens et des équipes en cuisine, la pesée régulière des biodéchets et la mise en oeuvre de plans d’actions personnalisés pour chaque établissement. Un objectif qui s’accompagne d’une aide au développement d’un circuit court d’approvisionnement de produits alimentaires auprès des producteurs locaux… Après 3 ans, les établissements sont autonomes dans leur gestion du gaspillage alimentaire et le département peut dorénavant s’engager, toujours auprès des collèges, dans un plan de gestion des fluides et de l’énergie.

« Nos actions de lutte contre le gaspillage alimentaire s’inscrivent dans notre stratégie d’adaptation au changement climatique, inscrite dans notre plan d’action 2016-2021. Les 27 collèges concernés ont reçu une feuille de route personnalisée contenant jusqu’à une trentaine d’actions à mettre en place, par les enfants et par les cuisiniers. En trois ans, 513 actions ont été réalisées. De 133 grammes de déchets par jour et par convive en2016, nous sommes passés à 103 grammes en 2019. Nous avons aussi aidé les cuisinières et cuisiniers à créer un réseau pour discuter du gaspillage alimentaire et partager leurs bonnes pratiques. Et le département s’est inscrit à la plateforme Agrilocal, qui met en relation les acheteurs publics et les producteurs locaux, tout en respectant les règles d’appel d’offre des marchés publics. »

Cyrille Jougelet, adjoint au chef de service environnement

Société d’économie mixte SEM Soleil (42)
Douze agriculteurs se mobilisent pour la méthanisation

En 2012, douze agriculteurs des Monts du Lyonnais (42) s’engagent dans un projet de méthanisation collective. Leur objectif : recycler les effluents d’élevage, les biodéchets et les restes de l’industrie agroalimentaire du secteur pour produire du biogaz. Injecté dans le réseau local de distribution de gaz, celui-ci alimentera les foyers alentours. Organisés en association, les agriculteurs sollicitent des structures intercommunales comme le SIMOLY(1) (dont les compétences ont été reprises en 2017 par la communauté de communes des Monts du Lyonnais) et le SIEL Territoire énergie Loire, mais aussi Énergie partagée, une structure qui finance des projets citoyens de production d’énergie renouvelable. « Le projet nous paraissait très intéressant par sa configuration d’origine : un groupe d’agriculteurs compétents et motivés pour investir, le soutien du territoire avec SIMOLY, et l’investissement citoyen avec Énergie partagée, constituaient pour nous un socle de réussite » se souvient Olivier Neff, président du directoire de SEM Soleil. « L’intérêt du projet, la répartition des rôles et des compétences ont créé une émulation et une crédibilité auprès des autres partenaires (banques, institutions). Cela a garanti l’efficacité sur le moyen terme comme sur le long terme ». Le SIEL Territoire énergie Loire venait justement de créer la société d’économie mixte SEM Soleil, afin de pouvoir participer aux projets de production d’énergie renouvelable (photovoltaïque, éolien, méthanisation) qui se développaient sur le territoire. Aujourd’hui, la SAS Méthamoly est constituée à 75 % de l’investissement personnel des agriculteurs, de la SEM Soleil, d’Enercoop et d’Énergie partagée, et à 25 % d’Engie et du fonds OSER. L’unité de méthanisation (coût : 6,2 millions d’euros), implantée à Saint-Denissur- Coise (42) a été inaugurée en avril 2019. Sa production est estimée à 14 000 MWh/an pour 2020 soit la consommation de 1 500 foyers et permet d’éviter 3 000 tonnes d’équivalent CO2 par an.

Département du Tarn (81)
Des bulles pour sensibiliser les jeunes

Avec le conseil départemental des jeunes, le département du Tarn affiche une politique volontariste en faveur de l’éducation à la citoyenneté des jeunes collégiens : le conseil réunit 42 élues et élus, soit un par collège, public et privé, organisés en commission, comme les adultes. Au début de la mandature 2016-2018, les collégiens ont choisi les thèmes des cinq commissions sur lesquelles ils ont travaillé et l’environnement a remporté de très nombreux suffrages. Au fil des séances, l’idée de réaliser une BD de sensibilisation aux problèmes environnementaux a émergé. « Nous leur avons donné tous les moyens nécessaires pourmener à bien leur projet. Ils ont choisi les thèmes, cherché les données scientifiques avec les animatrices et animateurs qui les accompagnent, imaginé les scénarios et des dialogues qui parlent aux jeunes. Nous avons ensuite fait appel à un dessinateur pour les mettre en images » explique Christelle Cabanis, conseillère départementale déléguée à la jeunesse. La bande dessinée « Tu peux… mais sache que… » illustre des problématiques environnementales de la vie courante avec des exemples concrets : la déforestation et l’huile de palme via la pâte à tartiner, les conditions d’élevage des poules de ponte, l’accumulation des déchets plastiques dans l’océan, ou encore l’impact des transports sur la pollution. Chaque scénario apporte des informations et propose solutions et gestes simples. 23 000 exemplaires ont été imprimés et diffusés dans tous les collèges du Tarn. Les enseignantes et enseignants se sont emparés de cet outil et continuent à le faire vivre grâce à la version numérique fournie par le conseil départemental. La BD poursuit aussi son travail de sensibilisation grâce aux réseaux des Franca (éducation populaire), des MJC et des nombreuses associations qui l’utilisent. Et pour couronner son succès, « Tu peux… mais sache que… » a remporté le prix Anacej national des jeunes citoyens 2019.

« L’environnement figure au cœur des préoccupations des jeunes comme du département. À travers cette initiative ils ont affirmé concrètement leur sensibilitéaux problématiques environnementales »

Christelle Cabanis, conseillère départementale déléguée à la jeunesse