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Quand les services publics innovent

29/01/2021

Le service public est en mutation. Et les collectivitĂ©s territoriales prennent leur part de cette rĂ©flexion : partout en France, elles mettent en Ɠuvre de nouvelles façons de travailler, en interne et avec leurs publics, portĂ©es par des services « prospective-innovation » ou par des laboratoires d’innovation. Les mĂ©thodes, basĂ©es sur la co-construction, le design thinking, ou encore l’immersion sont Ă  l’honneur. Avec une prioritĂ© : placer l’usager et ses besoins au cƓur des rĂ©flexions, Ă©couter les souhaits de toutes les parties prenantes, et savoir les utiliser pour reconstruire de nouvelles politiques, en phase avec les nouveaux usages.

CommunautĂ© de communes Pays Haut Val d’Alzette (57)
L’internet des objets en co-construction territoriale

Le territoire de la communautĂ© de communes du Pays Haut Val d’Alzette (8 communes Ă  la frontiĂšre du Luxembourg, 30 000 habitants), identifiĂ© par l’État comme « opĂ©ration d’intĂ©rĂȘt national », a comme ambition de doubler sa population en 20 ans, et d’impulser de nouvelles pratiques en termes de dĂ©veloppement territorial. À charge pour la communautĂ© d’imaginer la ville de demain avec la participation active de ses concitoyens. La CCPHVA, dans ce cadre, a signĂ© dĂ©but 2019 avec le groupement Cap Gemini, Bouygues Energies et Service, et Suez le 1er partenariat d’innovation en France pour le dĂ©ploiement d’une plateforme smart cit. Son objectif : dans le cadre du dĂ©veloppement d’une plateforme de gestion de la donnĂ©e identifier - avec les usagers, les professionnels, les associations, les thĂ©matiques prioritaires d’amĂ©nagement du territoire - les solutions numĂ©riques Ă  dĂ©ployer. D’ores et dĂ©jĂ , de nombreux capteurs connectĂ©s sont en cours d’installation : analyse de l’eau d’une riviĂšre, relevĂ© en temps rĂ©el des flux de mobilitĂ© des vĂ©hicules, temps d’attente Ă  la dĂ©chetterie, qualitĂ© de l’air


« L’enjeu est de remettre l’habitant au coeur du projet, en identifiant les thĂ©matiques prioritaires avec notre Ă©cosystĂšme : usagers, professionnels, associations. Une premiĂšre phase a permis, via un appel Ă  volontaires dans la presse et sur les rĂ©seaux sociaux, de rĂ©unir tous les mercredis, entre 10 et 30 participants autour d’une thĂ©matique prĂ©cise (environnement, dĂ©chets, sport, culture, santĂ©, mobilité ). Neuf ateliers de co-construction ont dĂ©bouchĂ© sur la priorisation des chantiers Ă  mener, qui sont en cours de dĂ©veloppement avec l’installation des capteurs et d’objets connectĂ©s. Ceux-ci nous fourniront des donnĂ©es consultables en open data, sur une plateforme smart city qui sera un portail citoyen sur les politiques que nous menons. Ce portail constituera un lieu de connexion privilĂ©giĂ©e pour les usagers de la CommunautĂ©.
Une premiĂšre phase a permis, via un appel Ă  volontaires dans la presse et sur les rĂ©seaux sociaux, de rĂ©unir tous les mercredis, entre 10 et 30 participants autour d’une thĂ©matique prĂ©cise (environnement, dĂ©chets, sport, culture, santĂ©, mobilité ). Neuf ateliers de co-construction ont dĂ©bouchĂ© sur la priorisation des chantiers Ă  mener, qui sont en cours de dĂ©veloppement avec l’installation des capteurs. Ceux-ci nous fourniront des donnĂ©es consultables en open data, sur une plateforme smart city, un portail citoyen en dĂ©veloppement, sur les politiques que nous menons. Ce portail constituera un lieu de connexion privilĂ©giĂ©e pour les usagers de la CommunautĂ©. Nos ateliers de co-construction ont Ă©tĂ© animĂ©s par nos partenaires, en fonction des thĂ©matiques choisies. Ceux-ci ont pu ainsi donner un retour technique sur la faisabilitĂ© des propositions. Nous avons travaillĂ© en mode “World CafĂ©â€, un processus crĂ©atif qui vise Ă  faciliter le dialogue constructif et le partage de connaissances et d'idĂ©es, en vue de crĂ©er un rĂ©seau d'Ă©changes et d'actions. Nous avons construit des persona, c’est-Ă -dire des profils type d’usagers, dotĂ© d’attributs et de caractĂ©ristiques sociales et psychologiques. Cette technique permet une analyse des besoins, des attentes et des difficultĂ©s rencontrĂ©es. La construction des profils, qui a eu lieu en petits groupes au sein de chaque atelier, a Ă©tĂ© ensuite validĂ©e par l’ensemble du groupe. Cette façon de travailler, Ă  base d’intelligence collective et de co-construction, a eu des effets collatĂ©raux bĂ©nĂ©fiques. Nous l’avons adoptĂ©e en interne, elle est en train de devenir naturelle, et ça a dĂ©jĂ  modifiĂ© l’image de notre collectivitĂ© Ă  l’extĂ©rieur. J’essaie de mettre en place, avec les communes, ce type de fonctionnement, et l’accueil est trĂšs positif. Et nous avons prolongĂ© l’expĂ©rience sous la forme d’une collaboration avec les usagers Ă  propos de la dĂ©finition du plan gĂ©nĂ©ral de gestion des dĂ©chets. Ceux-ci ont imaginĂ©, avec un animateur, le nouveau plan, avec comme seuls impĂ©ratifs le cadre rĂ©glementaire et les moyens financiers.» 

fiche projet

Contexte : Le territoire, identifiĂ© comme « opĂ©ration d’intĂ©rĂȘt national », doit dĂ©velopper de nouveaux outils pour favoriser le dĂ©veloppement territorial.

Initiative : la communautĂ© signe un partenariat d’innovation avec le groupement Cap Gemini, Bouygues Energies et Service, et Suez, afin d’élaborer des projets d’Internet des objets pertinents pour le territoire et de mettre en place une plateforme Smart City.

Communauté urbaine de Dunkerque (59)
Le labo d’innovation interne s’empare des dĂ©chets

Des agents volontaires de la CommunautĂ© urbaine de Dunkerque ont passĂ© 18 mois avec l’association La 27e RĂ©gion avant de pouvoir voler de leurs propres ailes en crĂ©ant un laboratoire d’innovation au sein de leur collectivitĂ©. Ces ambassadeurs au profil variĂ©s (Ăąge, catĂ©gorie, mĂ©tier) ont Ă©tĂ© accompagnĂ©s, 2 jours par mois, par une Ă©quipe pluridisciplinaire de 3 personnes appartenant Ă  l’association, un laboratoire de transformation qui repense comment sont conçues et mises en Ɠuvre les politiques publiques d’aujourd’hui. Ils ont pu tester les mĂ©thodologies d’innovation de façon concrĂšte en Ă©tudiant des cas pratiques : la rĂ©novation Ă©nergĂ©tique, les chĂšques emplois services, etc. 

A l’issue de ces 18 mois, la mise en place d’un laboratoire d’innovation interne a Ă©tĂ© validĂ©e dĂ©but 2019. Un premier travail autour des dĂ©chets a subi un coup d’arrĂȘt pendant le confinement. En juin, le thĂšme de la  deuxiĂšme session - rendre la commande publique simple et accessible -, a Ă©tĂ© adaptĂ© Ă  la situation de crise Ă©conomique : la commande publique peut-elle ĂȘtre un levier de relance de l’économie locale ? En 4 mois, le laboratoire a rĂ©alisĂ© un diagnostic avec le service des marchĂ©s publics et proposĂ© plusieurs pistes, dont la simplification et la réécriture des appels d’offres. Le laboratoire s’est inspirĂ© des mĂ©thodes du FALC, un langage « Facile Ă  lire et Ă  comprendre » qui Ă©dicte des rĂšgles de simplifications de l’écriture, afin de faciliter l’accĂšs des entreprises Ă  la commande publique.

« Avec Klaxoon, une app qui fonctionne sur smartphone, avons pu rĂ©aliser des nuages de mot en temps rĂ©el, des regroupements par thĂ©matique, des murs de post it virtuels
  son utilisation recentre l’attention des participants sur leur tĂ©lĂ©phone, en Ă©tant connectĂ©s avec nous et pas avec d’autres rĂ©seaux ! »

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Contexte : AprĂšs 18 mois de collaboration avec la 27e RĂ©gion, la CUD souhaite prolonger le travail engagĂ© autour de l’innovation.

Initiative : CrĂ©ation, en 2019, d’un laboratoire interne d’innovation, rattachĂ© Ă  direction gĂ©nĂ©rale mais en rĂ©sidence dans la direction opĂ©rationnelle concernĂ©e par les chantiers initiĂ©s. En 2020, le Laboratoire interne d'innovation installe son camp de base Ă  la Halle aux sucres "lieu vivant pour la transition (La Halle aux sucres est un Ă©quipement communautaire). C'est ainsi l'occasion de faire du Labo une boĂźte Ă  outils Ă  disposition des autres services et de s'ouvrir encore plus aux partenaires, aux habitants du territoire. Un passage de relais est fait pour la coordination Ă  Christelle Husni chargĂ©e du projet Halle digitale Ă  la Halle aux sucres.

Maxime Van de Moortele, coordinateur du laboratoire d’innovation de la CUD, dĂ©taille les travaux du laboratoire 

Faciliter l’accùs à la commande publique

« Nous voulions travailler sur nos documents internes pour faciliter l’accĂšs, la comprĂ©hension et la rĂ©ponse des entreprises Ă  un marchĂ© public. Mais Ă  la sortie du confinement, nous avons pensĂ© que nous pouvions ajouter un critĂšre Ă  notre rĂ©flexion  : comment toucher les entreprises locales pour relancer l’économie sur le territoire, sans pour autant les favoriser ? En ajoutant des critĂšres qui influent sur le coĂ»t de leurs prestations, comme par exemple le prix de la livraison pour les marchĂ©s de denrĂ©es alimentaires : une entreprise Ă  15 km sera moins chĂšre, sur ce critĂšre, qu’une entreprise situĂ©e Ă  200 km.  Nous avons aussi imaginĂ© un outil spĂ©cifique, une cartographie gĂ©ographique des entreprises concernĂ©es par les diffĂ©rents marchĂ©s, avec la possibilitĂ© de recherches par mots-clĂ©s. Cette carte peut se construire en associant un outil existant d’open data et des donnĂ©es issues des entreprises Ă  fiabiliser. Nous avons rendu notre travail sous la forme d’un portefolio, qui retrace notre rĂ©flexion, ce que nous avons testĂ©, comment nous l’avons testĂ©, ce qui a marchĂ© ou pas. C’est dĂ©sormais au service des marchĂ©s publics de s’en saisir, ou pas
 »

GĂ©rer les dĂ©chets, aujourd’hui et demain

« DĂ©but 2019, de nouveaux volontaires ont Ă©tĂ© recrutĂ©s et le laboratoire, rattachĂ© Ă  la direction gĂ©nĂ©rale, mais en rĂ©sidence au sein de la direction opĂ©rationnelle concernĂ©e pendant un an, a commencĂ© Ă  travailler autour de 3 cas pratiques : la dĂ©chetterie de demain les dĂ©chets dans la nature et les dĂ©chets dans les bureaux. Le groupe devait se rĂ©unir 2 jours par mois pendant 3 mois pour traiter chaque cas, Ă  l’aide de la mĂ©thodologie acquise avec la 27e RĂ©gion. Malheureusement, notre rĂ©flexion a subi un coup d’arrĂȘt Ă  cause du confinement. Mais une partie de notre travail a quand mĂȘme Ă©tĂ© livrĂ©e.
La dĂ©chetterie de demain est un sujet prospectif, difficile Ă  mettre en place en 3 mois. Nous avions choisi de faire une maquette, que nous avons filmĂ©e et commentĂ©e. Nous avons aussi imaginĂ© un prototype d’application de type Yuka, qui permettrait de scanner le dĂ©chet, pour savoir ce qu’on peut en faire, comment le recycler ou le dĂ©poser

Pour les dĂ©chets dans la nature, notre rĂ©flexion avec les diffĂ©rents partenaires (communes, conservatoire du littoral, associations, usagers
) nous a conduit Ă  expĂ©rimenter une zone ZĂ©ro Poubelle sur le lac de Teteghem : des panneaux expliquent qu’une seule grosse poubelle est accessible et que c’est aux usagers de prendre leurs prĂ©cautions. Nous avons aussi imaginĂ© une « Poubelle de Tree », une poubelle triangulaire , pour gĂ©rer 3 flux de dĂ©chets et qui permet de faire le tri dans un espace naturel. Nous avons fait fabriquer, dans les ateliers de la collectivitĂ© et avec l’aide de nos collĂšgues, un prototype Ă©chelle 1 qui a intĂ©ressĂ© le Directeur des espaces. Une association a conçu un 2e prototype, en 20 exemplaires, qui seront mis en place sur les  espaces naturels et lors de notre festival de musique. Nous avons aussi imaginĂ© et rĂ©alisĂ©, via le fab lab de la CUD, des pochoirs de marquage au sol pour la sensibilisation en 3 langues : français, anglais et nĂ©erlandais, et imaginĂ© les slogans comme “ici commence la mer”.  Enfin, pour les dĂ©chets dans les bureaux, nous avons repensĂ© le design du couvercle, en retravaillant les ouvertures qui doivent ĂȘtre rendue intuitives : une fente pour les papiers, un rond pour les gobelets, etc. mais, suite au Covid, ce travail n’a pas Ă©tĂ© menĂ© jusqu’au bout. » 

quelques méthodes utilisées

Ice Breaker : en dĂ©but de journĂ©e, une activitĂ© courte sert Ă  initier le dialogue. Elle peut prendre la forme d’un petit dĂ©jeuner convivial, surtout quand les gens ne se connaissent pas, d’un Times Up, un jeu dans lequel il faut deviner l’identitĂ© des personnalitĂ©s rĂ©elles ou fictives, ou d’autres activitĂ©s qui permettent de « briser la glace ». 

La distanciation par analogie : Il s’agit de s’écarter du sujet pour s’inspirer de sujets cousins, en observant ce que font d’autres collectivitĂ©s ou des acteurs privĂ©s sur des sujets diffĂ©rents. Par exemple, le parcours client chez IkĂ©a a Ă©tĂ© trĂšs inspirant pour penser le parcours de l’usager dans une dĂ©chetterie. 

Le World cafĂ© : les participants sont rĂ©unis par petits groupes (6 tables et 3 ou 4 participants par tables) pour dĂ©battre  autour d’un sujet dĂ©fini, identique pour toutes les tables. Un hĂŽte par table dirige les dĂ©bats, pour un temps dĂ©fini entre 15 et 30  minutes. Puis les ambassadeurs se dispersent dans les autres tables tandis que l’hĂŽte reste Ă  sa place et explique aux nouveaux participants les idĂ©es dĂ©veloppĂ©es par les prĂ©cĂ©dents, Ă  charge pour eux de rebondir sur celles-ci. Lorsque tous les participants sont passĂ©s Ă  toutes les tables, une rĂ©union plĂ©niĂšre sous l’égide de l’animateur permet de faire la synthĂšse des discussions, et de proposer des plans d’action.

Le Photo langage : Ă  partir d’un stock d’images en rapport avec le cas pratique, chaque participant choisi la photo qui lui parle le plus et la commente, en donnant « son humeur du moment ». Ce moment d’échange, qui permet de se dĂ©tacher de l’écrit, suscite la crĂ©ativitĂ© et favorise un brainstorming ultĂ©rieur. 

Le théùtre forum : le groupe Ă©tudie diffĂ©rentes alternatives Ă  une situation, en les expĂ©rimentant par le jeu théùtral. 

Ville de Nancy (54)
Un autodiagnostic de la capacité à innover

AprĂšs une politique QualitĂ© instaurĂ©e il y a 20 ans, un travail sur l’accueil rĂ©alisĂ© en co-construction en 2016, la Ville de Nancy souhaitait insuffler un vent d’innovation au sein de ses services. Ainsi est nĂ©e la dĂ©marche [IN]nĂ©e, construite autour de la sensibilisation de tous les agents Ă  l’innovation, de la constitution d’une boite Ă  outil pour accompagner les projets innovants et de l’adaptation d’un outil de diagnostic de la capacitĂ© Ă  innover. Celui-ci, créé Ă  l’origine pour les PME par l’Équipe de Recherche sur les Processus Innovatifs (ERPI) de l’universitĂ© de Lorraine, a Ă©tĂ© adaptĂ© au monde des collectivitĂ©s territoriales par la Ville et lUuniversitĂ©. Un prototype V1 a Ă©tĂ© testĂ© en interne sur la politique publique de la famille Ă  la mĂ©tropole de Metz et au CD 55. La V2, qui a amĂ©liorĂ© l’ergonomie de l’outil, fait l’objet d’un partenariat officialisĂ© cet automne avec Territoria, afin de la tester avec toutes les strates des collectivitĂ©s territoriales. 

« L’objectif de cet outil est d’identifier dans la pratique professionnelle d’une organisation si elle est capable d’absorber l’innovation. Le diagnostic se fait lors d’une sĂ©ance rĂ©unissant une dizaine de personnes au moyen d’un questionnaire en autoĂ©valuation portant sur 6 compĂ©tences - stratĂ©gie, idĂ©ation, conception, gestion de projets, RH, capitalisation des connaissances - dĂ©clinĂ©es en 21 sous-pratiques. Chaque sous-pratique est estimĂ©e sur une Ă©chelle de 5 degrĂ©s. Pour chaque estimation, le groupe doit trouver une rĂ©ponse qui convienne Ă  tous et l’estimation proposĂ©e doit ĂȘtre prouvĂ©e par des faits pour ĂȘtre validĂ©e, un impĂ©ratif qui force la discussion. Ce diagnostic permet de dĂ©tecter les freins et les moteurs Ă  l’innovation. C’est un outil dupplicable et utilisable par tous, et nous sommes en train de crĂ©er un groupe de travail national autour de son utilisation. »

fiche projet

Contexte : depuis 20 ans, la ville de Nancy dĂ©veloppe une politique qualitĂ©, et souhaite dĂ©sormais dĂ©velopper une culture de l’innovation.

Initiative : la collectivité développe, en collaboration avec un laboratoire de recherche de l'Université de Lorraine, un outil de diagnostic de la capacité à innover d'une administration publique

« Le rĂ©cent changement d’équipe municipale nous conduit Ă  travailler au renforcement de la dĂ©mocratie participative. Nous organisons des Assises de la coopĂ©ration citoyenne pour redĂ©finir les outils de la dĂ©mocratie locale Ă  l’échelle de Nancy. C’est une assemblĂ©e citoyenne de 100 citoyens et citoyennes, pour moitiĂ© volontaires et pour moitiĂ© tirĂ©s au sort sur les listes Ă©lectorales, qui acceptent de participer. Elle se mobilisera pendant 4 ou 5 sĂ©quences (le week end), pendant 3 mois, pour travailler dans trois directions : repenser le fonctionnement des conseils citoyens, revoir les modalitĂ©s des budgets participatifs et crĂ©er de nouveaux outils et nouvelles mĂ©thodes de dĂ©mocratie locale, qui feront l’objet d’une constitution municipale. Les rĂ©sultats de ce travail seront soumis au vote du conseil municipal en 2021. » 

Département du Calvados (14)
Des consultants internes au service des équipes

DĂšs 2014, le dĂ©partement du Calvados a créé une direction de la modernisation de l’action publique. Il s’agit d’une Ă©quipe d’experts qui sont Ă  la disposition des directions opĂ©rationnelles pour les accompagner dans leurs projets, « pour que le service public soit plus contemporain » prĂ©cise AmĂ©lie Brun, la directrice de la modernisation de l’action publique.
Pluridisciplinaire, l’équipe fonctionne comme un cabinet de consultants interne. Ces 12 experts agissent au plus prĂšs des 3 200 agents, rĂ©guliĂšrement sollicitĂ©s et mobilisĂ©s : « Nous faisons rĂ©guliĂšrement appel aux bonnes idĂ©es des agents pour participer Ă  la rĂ©flexion collective sur les politiques publiques » explique la directrice. Pour mettre cette nouvelle culture en place, la direction de la modernisation intervient sur  l’évaluation des politiques publiques, apporte son expertise sur de nouvelles mĂ©thodes de travail (mĂ©thode agile pour les projets, intelligence collective, design de service, Ă©vĂšnement type Hackathon
), sur la transformation digitale (en imaginant de nouveaux produits avec les directions opĂ©rationnelles et les dĂ©veloppeurs, en dĂ©matĂ©rialisant, en travaillant sur l’accessibilitĂ© numĂ©rique, le numĂ©rique Ă©ducatif
), sur la simplification des procĂ©dures et des processus, sur la protection des donnĂ©es personnelles, sur l’organisation etc.

En fonction des sujets et des directions qu’ils accompagnent, les experts organisent des temps et des mĂ©thodes de travail plus ou moins classiques ou innovants, comme le World cafĂ© (un processus crĂ©atif qui vise Ă  faciliter le dialogue constructif et le partage de connaissances et d'idĂ©es) ou la rĂ©trospective (pour faire des retours d’expĂ©riences sur les projets) «  Nous sommes adaptables et pragmatiques car ils nous paraĂźt primordial d’ĂȘtre au plus prĂšs des rĂ©alitĂ©s que rencontrent quotidiennement nos collĂšgues. Notre objectif est de rĂ©flĂ©chir et faire rĂ©flĂ©chir Ă  la façon de faire les choses autrement mais aussi et surtout, d’ĂȘtre dans l’action en leur apportant du concret. De ce point de vue, le confinement a Ă©tĂ© positif : il a permis d’accĂ©lĂ©rer la transformation. Suite Ă  cette pĂ©riode de confinement, nous avons identifiĂ© une dizaine de sujets sur lesquels nous voulons accĂ©lĂ©rer les choses : les dĂ©marches en ligne, l’utilisation du parapheur et de la signature Ă©lectronique, l’allĂšgement des procĂ©dures de vĂ©rification des piĂšces demandĂ©es aux usagers ou aux agents, l’accompagnement des managers confrontĂ©s au tĂ©lĂ©travail ». Le souhait : viser l’efficacitĂ© interne pour plus d’effet sur les politiques publiques.

fiche projet

Contexte : le dĂ©partement, engagĂ© depuis plusieurs annĂ©es dans une dĂ©marche pour accroitre l’efficience de ses politiques publiques, souhaite aller plus loin.

Initiative : la crĂ©ation en 2014 d’une direction de la modernisation de l’action publique (DMAP), qui agit comme un cabinet de consultants interne, chargĂ©e d’accompagner toutes les directions dans leurs projets, afin d’amĂ©liorer le service public.

La modernisation au sein du Département

En interne, la direction de la modernisation s’attelle aussi Ă  mettre en place la dĂ©matĂ©rialisation et la simplification, notamment en reproduisant les bonnes pratiques de son Ă©cosystĂšme, comme le raconte AmĂ©lie Brun, la directrice : « Tout seul on n’est pas grand-chose. Nous cherchons les bonnes idĂ©es partout. Nous tenons compte de ce qui fonctionne et nous n’avons pas de problĂšme avec nos Ă©checs. Ici nous avons le droit de copier, de nous tromper, de rĂ©ussir et d’en ĂȘtre fier, de faire un pas de cĂŽtĂ© pour trouver une solution. Le confinement a supprimĂ© de nombreuses barriĂšres inconscientes chez chacun de nous. Au-delĂ  du seul tĂ©lĂ©travail, qui en lui-mĂȘme a Ă©tĂ© un bouleversement puisque nous sommes passĂ©s de 200 tĂ©lĂ©travailleurs Ă  1200 lors du premier confinement (chapeau Ă  la direction des services numĂ©riques en passant) ; nous avons Ă©galement proposĂ©, avec la DRH, un accompagnement Ă  l’ensemble des managers du DĂ©partement, toutes catĂ©gories confondues (plus de 250 agents), sous forme de webinaires, de visio-confĂ©rence, de ligne tĂ©lĂ©phonique dĂ©diĂ©e pour leur permettre de mieux apprĂ©hender cette pĂ©riode difficile et la gestion d’équipes en distanciel.  
Par ailleurs, les directions opĂ©rationnelles ont proposĂ© autant que possible des dispositifs pour venir en aide aux Calvadosiens mais aussi des simplifications des procĂ©dures, notamment autour de la vĂ©rification des piĂšces justificatives. Une pratique dĂ©jĂ  largement dĂ©ployĂ©e dans notre DĂ©partement oĂč nous favorisons dĂšs que cela est possible le mode dĂ©claratif (avec des contrĂŽles a posteriori) pour les dĂ©marches en ligne, que ce soit en interne comme en externe (les exemples sont nombreux : demande d’aide personnalisĂ©e Ă  l’autonomie, remboursement de frais de dĂ©placements, demande de tĂ©lĂ©travail etc.).
Autre dĂ©couverte de ce confinement : la rĂ©serve dĂ©partementale ; beaucoup d’agents volontaires se sont manifestĂ©s pour venir en aide aux directions les plus impactĂ©es par la crise. Actuellement, la DRH rĂ©flĂ©chit aux suites Ă  donner.  Dans de nombreux autres domaines – comme celui des rĂ©unions par exemple, le confinement nous a contraint Ă  plus d’efficacitĂ© et de crĂ©ativitĂ©. Et nul doute que nous allons continuer dans ce sens. »

 

Ville de Pau, CommunautĂ© d’AgglomĂ©rations Pau BĂ©arn PyrĂ©nĂ©es, CCAS de Pau (64)
Un incubateur de startups publiques 

Janvier 2019. La ville et l’agglomĂ©ration de Pau crĂ©ent une nouvelle direction dĂ©diĂ©e Ă  la transformation et Ă  l‘innovation, pour accompagner les Ă©volutions de l’organisation, des services et des politiques publiques. Avec un premier projet : la mise en place d’un programme d‘intrapreneuriat, avec l’aide de beta.gouv, l’incubateur gouvernemental des startups publiques. Un appel est lancĂ© : tous les agents (quelle que soit leur catĂ©gorie) qui constatent un problĂšme sur le terrain, et ont une proposition pour le rĂ©soudre sont encouragĂ©s Ă  remplir un questionnaire en ligne. Une trentaine de dossiers sont reçus, 10 sont prĂ©selectionnĂ©s, et les Ă©quipes (2 ou 3 personnes par dossier), sont Ă©tĂ© conviĂ©es pour prĂ©senter leurs projets Ă  un jury composĂ© de membre de la direction gĂ©nĂ©rale et d’élus, aprĂšs une matinĂ©e de coaching par un coach de beta.gouv. Les projets retenus ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de 3 mois de prĂ©-incubation (Ă  raison d’un jour par semaine), puis les Ă©quipes sont passĂ©s en mode startup, avec au moins 6 mois d’incubation. La premiĂšre promotion retient 3 projets : Pau Partage, qui met en relation des personnes ĂągĂ©es isolĂ©es et des bĂ©nĂ©voles, intĂ©grĂ© depuis fin septembre au sein des services sociaux de la ville ; Poubelle Battle, pour gĂ©nĂ©raliser l’installation de compost dans les immeubles verticaux, une plateforme aujourd’hui active sur Pau ; ID Quart, une application pour favoriser la dĂ©mocratie autour des projets de quartier Ă  Pau, actuellement en test. Les projets de la 2e promotion sont en cours de dĂ©veloppement, et une 3e promotion est attendue Ă  la fin de l’annĂ©e .Toutes ces solutions, qui ne sont pas systĂ©matiquement digitales, fonctionnent sur le principe du Test and Learn ; c’est avant tout le problĂšme Ă  rĂ©soudre qui est pris en compte et la solution initiale se transforme au fur et Ă  mesure de sa co-construction avec les usagers. 

« Les projets privilĂ©gient le principe de l’action ; ils sont rĂ©alisĂ©s sans cahier des charges et le modĂšle d’exploitation est Ă©tudiĂ© plus tard. Et ce sont les usagers qui valident, ou pas. Co-production avec les citoyens, droit Ă  l’expĂ©rimentation, invention de nouveaux modĂšles transversaux qui bousculent la chaĂźne hiĂ©rarchique traditionnelle
c’est toute l’action publique elle-mĂȘme qui se transforme avec ces mĂ©thodes. »

fiche projet

Contexte : Pour accompagner les Ă©volutions nĂ©cessaires de l’organisation, des services que des politiques publiques, la Ville et l’AgglomĂ©ration crĂ©ent une nouvelle entitĂ© dĂ©diĂ©e Ă  la transformation et Ă  l‘innovation

Initiative : DĂ©veloppement d’un programme d’intrapreunariat et de startups publiques de l’agglomĂ©ration de Pau, en collaboration avec l’incubateur du gouvernement beta.gouv.fr

 

Les projets retenus pour les deux premiĂšres promotions 

PremiĂšre promotion

Pau Partage : mise en relation de personnes ĂągĂ©es isolĂ©es avec des bĂ©nĂ©voles (associatifs ou individuels) de leur quartier. La difficultĂ© de ce projet est de vĂ©rifier que l’usager accepte une prĂ©sence autre que celle d’un agent de la ville et d’identifier quel type de compagnie il ou elle souhaite. La collectivitĂ© intervient dans la mise en relation car les bĂ©nĂ©ficiaires sont dĂ©jĂ  suivis par les CCAS. Pau Partage a trouvĂ© son rythme au niveau local en rĂ©intĂ©grant les services sociaux de la ville. La Ville de Pau a reçu le Prix Marianne Kantar de la relation usagers, dĂ©cernĂ© par le jury de la direction interministĂ©rielle de la Transformation Publique.

Poubelle Battle : le projet nait du constat que les poubelles des immeubles verticaux comportent trop de dĂ©chets compostables (70 %). L’équipe commence par concevoir une appli pour lancer un concours entre quartier (Poubelle Battle). Mais trĂšs vite les usagers ne valident pas la gamification et le projet Ă©volue en plateforme d’échange pour accompagner les usagers et crĂ©er de meilleurs composts. Ce projet a Ă©tĂ© soutenu par le FAST (le Fonds d’accĂ©lĂ©ration des Startups d’État). La plateforme existe et fonctionne sur Pau (www.poubellesbattle.fr), elle est en phase de duplication.

ID Quart : application pour favoriser la dĂ©mocratie participative sous la forme d’un world cafĂ© spĂ©cifique aux problĂ©matiques de Pau. L’application pourra guider les Palois pour rĂ©flĂ©chir et rebondir sur des projets d’infrastructure de quartiers. AprĂšs une pĂ©riode en stand by, l’équipe finalise la partie technique afin de proposer une plateforme et teste l’application avec les villes voisines de Pau. Un partenariat est nouĂ© avec Adullact. 

DeuxiĂšme promotion 

Histologe : Le ContrĂŽle Technique Gratuit du Logement. Cet outil permet de dĂ©tecter tĂŽt des logements dans un Ă©tat prĂ© prĂ©caritĂ©, afin d’agir vite, et de valoriser logements et propriĂ©taires vertueux. Chaque logement se verra attribuer un degrĂ© d’habitabilitĂ©, dĂ©fini comme globalement satisfaisant pour tel type de mĂ©nage. Cette solution digitale permet de garder un historique de chaque logement. Le projet est actuellement en test avec des habitants et des professionnels de l’habitat. La plateforme est dĂ©sormais active, et recense 115 situations en cours de rĂ©solution. Le projet a Ă©tĂ© primĂ© la semaine derniĂšre lors des trophĂ©es Stop Ă  la prĂ©caritĂ©.

Simone & Co propose un kit pour lutter contre la prĂ©caritĂ© menstruelle qui concerne beaucoup d’étudiantes et de femmes monoparentales. C’est un facteur d’exclusion - les femmes qui en souffrent ne sortent pas de chez elles lorsqu’elles ont leurs rĂšgles -, et de santĂ© publique. Le projet propose d’identifier des points de diffusion, pour distribuer dans un joli packaging ces produits accompagnĂ©s de crĂšmes de soins et de produits de beautĂ©,  pour aider ces femmes Ă  restaurer la faible estime qu’elles ont d’elles mĂȘme. Ce projet ne remĂ©die pas seulement au fait de se protĂ©ger, mais permet de recrĂ©er un autre contact avec ces femmes en difficultĂ©. DĂ©but octobre, plus de 1 000 kits ont Ă©tĂ© commandĂ©s et ces box rencontrent un tel succĂšs que la porteuse de projet a créé une association (Vika Association) pour gĂ©rer l’activitĂ©.

Kameha Meha, contre le harcĂšlement scolaire et cyber harcĂšlement. Le harcĂšlement scolaire commence souvent dans la cour de l’école, avant d’ĂȘtre relayĂ© et aggravĂ© par les rĂ©seaux sociaux. Les porteurs de projets ont donc imaginĂ© installer des boites d’alerte dans lesquelles chaque Ă©lĂšve victime ou tĂ©moin peut glisser des petits papiers anonymes. Les boites sont placĂ©es dans les toilettes, car c’est le seul endroit oĂč l’on est vraiment seul. Sur la boite il est expliquĂ© quel type d’information donner. Cette solution devait ĂȘtre testĂ©e dans les collĂšges, avec l’aide des Ă©quipes pĂ©dagogique, mais le confinement a mis ce projet en stand by. Il redĂ©marre doucement.

Une startup d’état, qu'est-ce que c'est ?

Une Startup d’État est une Ă©quipe dĂ©diĂ©e et autonome qui dĂ©veloppe une solution Ă  un problĂšme de politique publique dans une approche incrĂ©mentale. Elle est financĂ©e par l’administration porteuse de cette politique, sur la base de son impact. Elle n’a pas pour objectif de faire du profit et n’a souvent pas de personnalitĂ© juridique propre au moment de son lancement.  –mĂȘme si elle peut devenir une association, un GIP ou un service au sein d’une administration)

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