Les collectivités face à la pauvreté

Soutien accru aux associations, distribution de repas aux plus démunis par les cuisines centrales, aides financières aux ménages fragilisés par la perte de revenus, etc. Les départements et les communes ont réagi massivement au début de la crise sanitaire, jouant leur rôle de bouclier social.

Soutien accru aux associations, distribution de repas aux plus démunis par les cuisines centrales, aides financières aux ménages fragilisés par la perte de revenus, etc. Les départements et les communes ont réagi massivement au début de la crise sanitaire, jouant leur rôle de bouclier social.

Derrière la crise sanitaire, une autre crise est apparue très vite comme une menace que les collectivités devaient anticiper : la crise sociale et le risque de basculement de centaines de milliers de personnes dans la précarité. Les collectivités se sont mobilisées très tôt, jouant sur plusieurs leviers : les aides aux associations, la lutte contre la précarité alimentaire, le soutien aux publics fragilisés par la pandémie (jeunes, personnes âgées, sans-abris, publics de l'Aide sociale à l'enfance), etc.

Dès l'annonce du confinement, chaque collectivité a réorganisé en urgence ses services, via des plans de continuité de l'activité et mis en place des mesures exceptionnelles face à la crise sociale. Les associations, confrontées à une hausse des demandes d'aide et à l'arrivée de nouveaux publics précaires, ont pu compter sur leur soutien. La ville du Mans a attribué 100 000 € de subventions exceptionnelles à celles qui étaient mobilisées pendant le confinement. Les départements du Bas-Rhin, de la Haute-Garonne, Loire-Atlantique, Manche, Vendée, Meurthe-et-Moselle, Tarn, Lot et Seine-Saint-Denis ont débloqué un fonds exceptionnel de soutien au secteur associatif. Le Gers, de son côté, a déployé un "Plan Marshall départemental" de soutien pour les communes et associations, tandis que la Drôme et le Pas-de-Calais maintenaient les subventions au monde associatif, y compris quand les événements étaient annulés.

La mobilisation des cuisines centrales

Lors du premier confinement, beaucoup de cuisines centrales, qui alimentaient en temps normal les écoles, collèges et lycées, ne se sont pas résolues à fermer. C'est le cas de celle du collège Edouard Vaillant à Bordeaux, qui a préparé plus de 11 000 repas pour les sans-abris. "Rester chez moi à ne rien faire n'était tout simplement pas possible", raconte Marc Deffeiz, chef de la cuisine centrale du collège. D'autant plus qu'il restait beaucoup de denrées qui allaient périr, du fait de la fermeture des établissements scolaires le 13 mars.
Très vite, une chaîne de solidarité se met en place, dans laquelle chacun joue sa partition. Sept cuisiniers de son équipe acceptent de revenir pour préparer les repas. Rachel Aurry, adjointe gestionnaire du collège règle les aspects juridiques et administratifs. "L'une des difficultés était qu'en cas d'accident, celui-ci soit considéré comme un accident professionnel, alors que les agents étaient bénévoles. Ainsi après l’accord du département de la Gironde, chaque agent a signé une convention de volontariat, entre le collectif les gratuits de la Gironde et le collège, dans laquelle il est stipulé que les dispositions statutaires s’appliqueront en cas de dommage corporel ou matériel, explique-t-elle. Parallèlement, suite à un appel aux dons effectué auprès de l’ensemble des établissements de la Gironde, le chauffeur de la cuisine centrale a pu récupérer dans 18 établissements des denrées dont la DLC était proche. Ainsi entre le 4 avril et le 6 mai, 11 127 barquettes ont pu être distribuées par les associations La Maraude du cœur Bordeaux et Les Gratuits.

Une expérience qui a soudé l'équipe et laisse une marque indélébile. "J'ai participé à des maraudes. C'est une grosse claque. A Bordeaux, les sans-abris sont invisibles. Parce qu'on ne veut pas les voir, ou parce qu'ils sortent la nuit. Tout d'un coup, je ne pouvais plus me voiler la face", se remémore Marc Deffeiz.

L'engagement des agents

Pas question donc de s'arrêter à cet élan de solidarité. Les surplus alimentaires sont désormais donnés à l'association Le Chaînon Manquant, qui se charge de les distribuer aux démunis.
L'exemple est loin d'être unique car dans toutes les collectivités locales, la crise sanitaire a suscité des élans de solidarité et une mobilisation des agents. "Nous avons la chance d'avoir des agents passionnés par leur travail, qui ont dépensé une énergie folle pour déployer notre plan de relance en faveur des jeunes. La qualité du tissu des acteurs avec lesquels nous avons l'habitude de travailler a fait le reste, notamment les missions locales", analyse Armand Payet, conseiller départemental en charge de l'égalité des chances et des actions éducatives et citoyennes au département du Val d'Oise.

Communes et départements ont pu ainsi jouer le rôle de bouclier social, apportant leur soutien à ceux qui se trouvaient fragilisés par la crise : soutien alimentaire et financier des jeunes étudiants privés de jobs, création de lieux d'accueil d'urgence pour les jeunes de l'Aide sociale à l’enfance et les enfants en difficulté, hébergement des sans-abris positifs au Covid 19 (Puy-de-Dôme), dons d'ordinateurs portables aux élèves, plateforme d'appels pour les personnes âgées (Seine-Saint-Denis), etc.
Une mobilisation massive qui a contribué à changer le regard sur les départements, au moment même où se déroulait une mission sénatoriale sur leur rôle. Puissant révélateur des forces et des faiblesses des départements, "la crise a montré l'utilité et l'efficacité des départements", a résumé sa rapporteuse, Cécile Cukierman, sénatrice de la Loire. Des départements, mais aussi de tous les agents des collectivités locales…

 

Si le rôle des départements s’est révélé déterminant face à la montée de la pauvreté, la crise actuelle fait apparaître des pistes d’amélioration, comme le constate Frédéric Bierry, dernier président du conseil départemental du Bas-Rhin et aujourd’hui président de la collectivité européenne d’Alsace, qui résulte de la fusion, en janvier dernier, des conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Il est également vice-président de l’Assemblée des départements de France en charge des affaires sociales.

À quelle situation sociale sont confrontés les départements du fait de la crise sanitaire ? 

Nous faisons face à une véritable urgence sociale : la pauvreté s’accentue, de plus en plus de personnes sont contraintes de faire appel à l’aide alimentaire et au Revenu de solidarité active (RSA).
Une accentuation de la croissance actuelle du nombre de bénéficiaires du RSA est redoutée dans les 6 à 18 mois à venir. En effet, la courbe d’évolution du nombre de bénéficiaires du RSA est généralement parallèle à celle du nombre de chômeurs.
Ombre supplémentaire au tableau, liée à la crise sanitaire : on constate une chute vertigineuse des offres d’emplois (50 à 70 % selon les territoires). Il est donc à craindre que l’accompagnement des plus fragiles vers l’emploi soit très fortement compromis tant que la reprise économique ne sera pas au rendez-vous.
Les départements sont une nouvelle fois en première ligne pour atténuer les effets de la crise. Ils en sont le premier amortisseur, pour la réduction de ses impacts pour les plus fragiles, et un levier incontournable dans l’appui à une relance rapide et à une résilience durable du territoire.

Quelle a été la réponse du département que vous présidez ?

Dans ce contexte inédit, le Conseil départemental du Bas-Rhin s’est engagé dans un plan exceptionnel visant à soutenir et accompagner fortement les Bas-Rhinois. Le Département a souhaité consacrer une enveloppe aux familles fragilisées. Il a aussi proposé un fonds d’urgence pour les associations durement impactées par la pandémie et dont l’équilibre financier a été bouleversé. Parmi les 1 200 associations soutenues, 88 associations (Banque alimentaire, Caritas, Emmaüs, Croix Rouge, épiceries solidaires…) développent des actions caritatives et interviennent dans le champ des politiques sociales du Département. Ces dernières ont été soutenues à hauteur de 652 886 € pour accompagner les plus fragiles et permettre aux personnes les plus démunies d’être accueillies en toute dignité.
Sur le front de l’emploi, le Département du Bas-Rhin est très fortement mobilisé dans l’accompagnement des bénéficiaires du RSA avec 70 % d’orientation vers de l’accompagnement professionnel et la mise en place de Job coaching, une plateforme de mise en relation avec les employeurs pour un accompagnement intensif de 4 000 bénéficiaires durant 3 mois. 

Quelles initiatives vous ont semblé particulièrement adaptées dans ce contexte ? 

Le soutien apporté aux plus fragiles grâce à plus de 55 000 chéquiers vacances distribués cet été pour renforcer leur pouvoir d’achat. Cette aide a bénéficié à plus de 30 000 familles bas-rhinoises et a permis de leur offrir des activités tout en encourageant les circuits courts de consommation, notamment dans les secteurs du tourisme, de l’hôtellerie, de la restauration, de l’hébergement, des activités culturelles et de loisirs.
Par ailleurs, le Département a créé une équipe mobile santé précarité composée de 8 infirmiers qui interviennent au plus près des personnes pour les informer sur la santé et les accompagner dans leurs démarches de soin.
Enfin, la montée en puissance du Service public pour l’insertion et pour l’emploi (SPIE), expérimenté sur trois territoires bas-rhinois et qui sera étendu sur l’ensemble du département. 

Le département n'est pas assez bien identifié par les nouveaux publics précaires comme porte d'entrée de l'accompagnement social.

Frédéric Berry, vice-président de l'Assemblée des départements de France en charge des affaires sociales.

Cette crise a-t-elle, à votre avis, permis de tirer des enseignements en matière de prise en charge de la pauvreté ?

L’apparition de nouveaux publics précaires, comme les étudiants, les intérimaires et les travailleurs indépendants, nous a fait prendre conscience que le Département n’est pas assez bien identifié par eux comme porte d’entrée de l’accompagnement social. Ce nouveau public s’est en effet prioritairement tourné vers les associations caritatives, notamment de l’aide alimentaire, qui se sont retrouvées limitées dans leur champ d’action.
L’un des enseignements de cette crise est donc, pour nous, de faire en sorte que ce nouveau public puisse non seulement accéder à ses droits, mais également bénéficier d’un accompagnement adapté à ses besoins. Cela doit passer par des mesures de communication et d’information sur ces droits, ainsi que par des actions d’« aller-vers » ce nouveau public, qui peut être réticent à l’idée de franchir le pas d’un centre médico-social (CMS) par crainte d’une stigmatisation sociale.
Cette crise inédite nous fait également prendre conscience, avec davantage d’acuité, de la nécessité de développer une approche « systémique » de la pauvreté, c’est-à-dire, non pas une approche par dispositifs ou par filières, mais qui prenne en compte la personne dans sa globalité. Car les accidents de la vie, les pertes de revenu, entraînent très souvent des problèmes de logement, de mobilité, d’accès aux droits et à la culture, etc.
Nous développons cette démarche dans le Bas-Rhin depuis un certain temps et nous souhaitons l'approfondir en intégrant le champ de la santé dans nos actions. Cela concerne, par exemple, l’amélioration de l’accès aux soins et à l’offre de santé, la promotion du sport, la poursuite de notre politique de valorisation des circuits courts pour une alimentation de qualité dans les collèges, etc.

Quelles sont les priorités de l’Assemblée des départements de France face aux conséquences sociales de l’épidémie ?

Deux enjeux majeurs sont soulignés par l’ADF face à la paupérisation due à la crise économique. D’une part, le soutien des personnes à faible niveau de qualification, en leur permettant d’accéder progressivement à un emploi non délocalisable et, d’autre part, la promotion des emplois locaux, afin de répondre au développement des territoires ruraux, démarche à la croisée de l’économique et du social.
Plusieurs propositions ont été formulées par l’ADF dans ce cadre : partir des besoins, et donc des bassins de vie et bassins d’emploi ; soutenir l’économie sociale et solidaire comme levier d’inclusion pour les publics les plus fragiles ; mettre en place des conférences des acteurs et des financeurs sur l’insertion ; encourager l’économie de proximité pour favoriser l’embauche des personnes éloignées de l’emploi ; développer la formation professionnelle pour les salariés en parcours d’insertion, au service de la compétence des salariés en parcours ; créer un point d’entrée unique pour l’orientation. Mais aussi mettre en place un fonds d’innovation territoriale pour l’inclusion…  

 

La crise actuelle rend encore plus vulnérables des populations déjà fragilisées, comme les jeunes adultes ou les habitants d'outre-mer. Louis Maurin, directeur de l'Observatoire des inégalités et auteur de l’ouvrage « Encore plus », paru début mars aux éditions Plon, revient sur ces questions et préconise l'établissement d'un revenu minimum unique (RMU) de 900 euros.

Dans l'avant-propos du dernier rapport de la pauvreté en France 2020-2021, que vous cosignez avec Noam Leandri, vous indiquez que "plusieurs centaines de milliers de personnes" auraient déjà basculé sous le seuil de pauvreté du fait de la pandémie. Est-ce que l'on dispose de chiffres plus précis ? On parle parfois de 500 000 personnes concernées, parfois d’1 million. Quel chiffre vous semble le plus crédible ?

Il faut se méfier des chiffres que l'on peut voir ici et là. Rien ne permet de dire aujourd'hui si l'on est plus proche du million, ou de 500 000 personnes. Ce qu'il faut comprendre, c'est que le seuil de pauvreté est une notion statistique. Elle correspond à un certain pourcentage du niveau de vie médian de l'ensemble de la population Française. Dans le cas de l'Observatoire des inégalités, nous retenons le seuil de 50 % du revenu médian.
Pour calculer le seuil de pauvreté, il faut donc connaître le niveau de vie des Français, et attendre que l'INSEE récupère les informations issues des déclarations des revenus. Les premières estimations du nombre de personnes passées en dessous du seuil de pauvreté ne seront pas disponibles avant un an.

Pourquoi fixer le seuil de pauvreté à 50%, alors que d'autres institutions retiennent le seuil de 60% ?

C'est bien sûr très subjectif, mais 60 % du revenu médian français, correspond à un revenu de 1063 euros pour une personne seule. Nous considérons qu'à ce niveau de revenu, on ne vit pas bien, c'est sûr, mais qu'on n'est pas "pauvre". A fortiori si l'on habite en province. Nous préférons donc pour notre part utiliser le seuil de 50 %, qui correspond à un revenu pour une personne seule de 885 euros. 
Le choix du seuil est important car en retenant celui de 60 %, on mélange des populations très hétérogènes, qui vont de la grande pauvreté à des revenus très modestes. Cela génère de la confusion.

Cet indicateur reflète-t-il bien la réalité de la pauvreté ?

On ne peut pas y renoncer, mais il faut en faire une lecture critique, et comprendre comment il est calculé. Gardons-nous également de la "magie des chiffres". "Un million de nouveaux pauvres", c'est frappant et mobilisateur. Mais est-ce que cela reflète la réalité ? Il est important de ne pas sous-estimer la pauvreté, mais aussi de ne pas la surestimer. Nous sommes pris en tenaille entre ceux qui nient le problème, et ceux qui font le buzz en sortant les chiffres les plus impressionnants. L'Observatoire des inégalités se situe entre ces deux pôles, pour tenter de donner la bonne mesure de ce phénomène, au-delà de la pensée binaire, en noir et blanc. La France protège mieux les pauvres que la plupart des pays riches, mais cela ne veut pas dire que la situation n'est pas inquiétante.  

Ces précautions prises, que diriez-vous des conséquences sociales de la pandémie ? Celle-ci aura-elle à votre avis un impact plus fort que la crise de 2008, par exemple ?

L'impact est potentiellement plus brutal que la crise de 2008 et il est inédit. Jamais notre économie n'a été arrêtée brutalement comme cela. Un grand nombre de personnes ont vu leurs revenus réduits à néant du jour au lendemain. L'Etat a contribué largement à amortir le choc, mais une grande incertitude plane sur l'avenir. Notre économie est sous perfusion, que se passera-t-il quand elle ne le sera plus ? Tout ne va pas s'effondrer, là encore il faut se garder de tout catastrophisme, mais on peut prévoir des faillites en cascade et une montée du chômage, car les deux paramètres sont liés. En 2008, on avait connu 750 000 chômeurs en plus en quatre ans et dans le même laps de temps, 790 000 personnes avaient basculé en dessous du seuil de pauvreté. 

Quelles sont les catégories de la population qui risquent d'être le plus impactées ?

Les jeunes qui arrivent sur le marché du travail sont en première ligne. Celui-ci n'est pas totalement fermé, mais il faudra probablement deux ans pour que la situation s'améliore. Tant que le problème sanitaire ne sera pas réglé, les entreprises hésiteront avant d'embaucher. A ces difficultés d'insertion s'ajoutent des difficultés de subsistance. Ils occupent les emplois les plus précaires et les petits jobs non-salariés. Quand la crise est là, ils encaissent le choc en premier.

L'impact social de la pandémie est plus brutal que la crise de 2008 et il est inédit. 

Louis Morin, directeur de l'Observatoire des inégalités.

Dans la préface du rapport de la pauvreté en France 2020-2021, vous préconisez la mise en place d'un revenu minimum unique (RMU) assurant aux plus modestes 900 euros par mois pour vivre. Pouvez-vous nous expliquer en quoi il consiste et quel est son intérêt ?

Tout d'abord, il faut bien le distinguer des projets de revenu universel, garanti à tous sans condition de ressources. Le RMU, c'est un revenu minimum garanti sous conditions de ressources ce qui est radicalement différent. Nous proposons tout simplement de le fixer au niveau même du seuil de pauvreté, c'est à dire, je le répète, à 50 % du revenu médian. Soit à 900 euros pour une personne seule. 

Mathématiquement, alors il n'y aura alors plus de "pauvres". Bien sûr, nous n'aurons pas réglé le problème de la pauvreté pour autant, il faudra continuer à actionner les autres leviers de la lutte contre la pauvreté, comme l'accès au logement, la formation, etc. Mais les personnes en difficulté vivront un peu moins mal.  

Ce revenu concernerait également les jeunes, contrairement au RSA, qui n'est accessible qu'aux plus de 25 ans ?

Bien sûr, et c'est son principal intérêt. Aucun argument ne justifie l'exclusion actuelle des jeunes des minimas sociaux. "Offrir le RSA aux jeunes qui sortent de l'école va les détourner du travail", "cela va les rendre paresseux", etc. C'est une méconnaissance absolue de ce que représente le travail pour les jeunes. Ce n'est pas qu'un moyen de s'assurer un revenu, c'est aussi un outil de socialisation, ce qui donne une existence sociale, etc.

Cette position est encore moins justifiable aujourd'hui. La pauvreté des jeunes majeurs s'est accentuée depuis le début des années 2000. Le taux de pauvreté des jeunes adultes de 18 à 29 ans est passé de 8,2 % en 2002 à 12,5 % en 2018, soit une progression de 50 %. Parmi les 5 millions de pauvres en 2017, la moitié avait moins de trente ans. Et la pandémie va encore accentuer le phénomène.

Quel serait le coût du RMU ?

Selon nos estimations, il suffirait de 7 milliards d'euros. A titre de comparaison, le gouvernement a accordé 10 milliards d'euros par an de baisse d'impôts aux entreprises, qui pour la plupart n'en n'ont pas besoin.

La crise du coronavirus est l'occasion de prendre des décisions qui peuvent marquer notre histoire sociale, à l'Etat de s'en emparer… Jusqu'ici, l'ampleur des mesures prises pour préserver de la crise les emplois contraste fortement avec la faiblesse des moyens déployés pour les plus démunis. 

Le rapport sur la pauvreté souligne aussi la situation alarmante des DOM…

Oui, la question des DOM est centrale. On ne peut qu'être frappé par les chiffres publiés dans ce rapport. Là encore, il faut commencer par une explication. Pendant des années, l'INSEE a calculé ce taux de pauvreté en fonction du revenu médian local et non national comme si les DOM n'appartenaient pas au territoire national. 

A l'été 2020, coup de théâtre, l'INSEE change son mode de calcul. Elle publie des données inédites, calculées à partir du seuil de 60 % du revenu médian national et non plus local. Les chiffres reflètent tout d'un coup une réalité palpable depuis longtemps par tous les observateurs du terrain. Le taux de pauvreté passe à 33 % en Martinique, 34 % en Guadeloupe, 42 % à la Réunion, 53 % en Guyane et 77 % à Mayotte. 

Avec l'ancien mode de calcul, on serait arrivé à un taux de 23 % au lieu de 53 % pour la Guyane. Le plus étonnant est l'absence de réaction que ces chiffres ont suscitée. C'est pourtant une réalité alarmante que l'on ne peut plus occulter.

Perte brutale de revenus, difficultés de subsistance et d'insertion dans la vie active… Les jeunes subissent de plein fouet les conséquences de la pandémie. Pour limiter son impact, le conseil départemental du Val d'Oise a débloqué 1,4 million d'euros.

Avec 41 % de sa population en dessous de trente ans, le département du Val d'Oise est très attentif aux difficultés de cette tranche d'âge. Dès les premiers mois de la pandémie, il a l'intuition que les conditions de vie des jeunes vont être extrêmement dures. "Il n'y avait plus de petits boulots, plus d'interim. Toutes les sources de revenus des jeunes s'étaient taries. Avec un effet de masse considérable dans notre département, lié à la fermeture de la plateforme de Roissy, qui génère habituellement beaucoup d'emplois", explique Armand Payet conseiller départemental en charge de l'égalité des chances et des actions éducatives. 

Très vite, les statistiques viennent confirmer cette impression : entre janvier et juillet, le taux de chômage chez les moins de 25 ans avait bondi de 30 %.

Pour que la jeunesse ne soit pas la "génération sacrifiée" du Covid, le département déploie un plan d'action global, prenant en compte trois temporalités : tout d'abord répondre à la situation d'urgence (les difficultés de subsistance des jeunes), faciliter leur insertion sur le marché de l'emploi compte tenu de son durcissement actuel, et sur le long terme, contribuer à l'émergence de projets portés par les jeunes.

Aider à passer le cap et préparer l'avenir

Au total, 1,4 millions sont débloqués dans le cadre de ce plan. Chaque volet comporte des initiatives, à destination des jeunes en difficulté d'insertion mais aussi des jeunes diplômés. Sur le volet "faire face à l'urgence", le département a doublé le Fonds d'aide aux jeunes (FAJ), dédié à un public fragile et précaire. Succès immédiat. Lancé en septembre, le fonds était intégralement consommé en décembre. Parallèlement, 200 bourses de 400 euros ont étés mises en place pour les étudiants et en décembre, la décision a été prise d'utiliser la cuisine centrale pour produire 1200 repas par jour aux foyers de jeunes travailleurs et 500 autres pour les étudiants. 

Sur le deuxième volet ("favoriser l'insertion des jeunes"), différentes actions sont également déployées. "Tout d'abord, nous avons doublé le nombre d'apprentis au sein des services du département. Cela va permettre aux jeunes de continuer à développer leurs savoir-faire, pour pouvoir chercher un emploi sereinement quand le marché de l'emploi sera rétabli", analyse Armand Payet. Parallèlement, le Département a lancé un appel à projets pour la création d'une trentaine de places en ateliers chantiers d'insertion à destination des jeunes valoisiens peu ou pas qualifiés et un autre appel à projet, pour accompagner les jeunes diplômés dans leur recherche d'emploi (accompagnement individuel et collectif, coaching, parrainage, couplés éventuellement à des phases d'immersion en entreprise).

Favoriser l'entrepreneuriat social

Mais les actions du département concernent aussi le long terme. "La jeunesse de notre département est une richesse que nous souhaitons valoriser. Quand on donne la possibilité aux jeunes de s'investir dans des projets, on est surpris par leur créativité et la qualité de leur implication", avance Armand Payet. 

Pour repérer les jeunes porteurs de projets à impact social et environnemental, le Val d’Oise a créé une bourse dotée d'une enveloppe de 60 000 euros. 50 candidats ont répondu à l'appel, 13 lauréats ont été distingués en décembre dernier. "La qualité des projets apporte une note d'optimisme à la situation actuelle", note Armand Payet.

L'un des jeunes a imaginé une laverie solidaire, où les usagers, au lieu de regarder d'un air morne le tambour de leur machine tourner, participeraient à des activités comme des lectures publiques. Une autre souhaite créer dans l'Est du département une maison des femmes, lieu d'accueil et de construction d'un parcours d'insertion. Deux jeunes, étudiants en école de management du sport, projettent de récupérer les équipements sportifs et de les louer à des particuliers qui ne souhaitent pas fréquenter les salles de sport. D'autres initiatives encore, concernent la vente de produits de maroquinerie à base de tissus sans impact environnemental, la création d'une application pour préserver la mémoire des personnes récemment atteintes par la maladie d'Alzheimer, ou la transformation de fruits produits dans le Vexin, grâce à des vélos-blenders ambulants, proposant des smoothies à base de fruits locaux . "Ces projets sont le reflet de la diversité du Val d'Oise : un territoire à la fois rural, doté d'un écosystème unique grâce au CY Campus de Cergy Pontoise, qui réunit 13 établissements supérieurs d'enseignement et de recherche, et en même temps un département qui connaît aussi des difficultés sociales", conclut Armand Payet.

 

Un repas chaud "augmenté" d'un accompagnement social d'urgence… La démarche, inaugurée lors du premier confinement à la salle Barbara, a permis d'atténuer les effets dévastateurs de la crise sanitaire mais aussi de faire découvrir à une centaine de jeunes le bénévolat. Pour eux, pas question de s'en arrêter là…

Le lundi 16 mars, le président de la République annonce le premier confinement. Yves Calippe, adjoint au maire délégué à la politique des solidarités et de l'action sociale de la ville du Mans vient tout juste de rentrer chez lui, il repart aussitôt "Il fallait que je voie ce qui se passait dehors". Il rencontre les associations de maraude qui lui confient leur désarroi : alors que la précarité va s'aggraver, elles n'ont plus le droit de distribuer des repas. Yves Callippe appelle le maire, Stéphane Le Foll, en lui demandant d'ouvrir un lieu pour distribuer des repas chauds. Cela sera la salle Barbara, située dans un quartier populaire du Mans, où vivent 82 nationalités. 

Approvisionnée par la cuisine centrale, qui alimente habituellement les écoles et les Ehpad de la Ville, la salle Barbara délivre durant le premier confinement 30 000 repas, 7 jours sur 7, jusqu'au mois de juin. Mais l'initiative va beaucoup plus loin que cela. Elle permet de repérer les personnes les plus fragiles -celles qui sont victimes de violences conjugales, celles qui risquent d'être mises à la rue car elles ne peuvent plus payer le loyer…- et de trouver des solutions en urgence. 

"Parmi les bénévoles qui servaient les repas, il y avait des agents du CCASS, des psychologues, médecins, infirmières, des agents de pôle emploi, etc. Nous pouvions donc identifier les difficultés, prendre un rendez-vous ultérieur de soutien psychologique, et activer nos relais pour régler les problèmes rapidement", explique Yves Calippe. Cinq femmes victimes de violence ont ainsi pu être mises à l'abri avant l'été.

Une nouvelle génération de bénévoles

Un groupe WhatsApp met à contribution tous les acteurs concernés pour débloquer les situations les plus complexes. "Lors du premier confinement, le personnel des services publics était restreint. Il y a eu des dysfonctionnements, des retards dans le versement des aides ou dans le traitement des dossiers. Nous avons actionné nos relais pour ouvrir les portes", confie Yves Calippe.

L'expérience "Barbara" est d'autant plus intéressante qu'elle a permis d'enrôler près d'une centaine de nouveaux bénévoles, dont 90 % de jeunes. "Les associations reposent beaucoup en temps normal sur le bénévolat des personnes âgées, qui ont eu naturellement tendance à restreindre leurs activités. Nous avons donc lancé un appel auprès des jeunes, qui ont répondu en masse", ponctue Yves Calippe. C'était pour la plupart leur première expérience de bénévolat, et ils ont découvert l'entraide. "A l'annonce de la fermeture du centre, il y a eu des pleurs, aussi bien de la part des bénéficiaires, que des bénévoles", se souvient Yves Calippe. Au point qu'une association "l'esprit de Barbara" s'est créée, pour faire perdurer la formule "un repas, un accompagnement social". "L'initiative a créé chez les jeunes l'envie de s'engager", résume Yves Calippe.

Lors du second confinement, le centre Barbara a ré-ouvert, dans d'autres conditions. Cette fois-ci, les associations avaient à nouveau le droit de distribuer des repas et les restaurants étaient fermés. Le centre Barbara ne pouvait continuer à délivrer des repas chauds sur place. Les repas fabriqués en cuisine centrale étaient donc livrés dans les centres d'hébergement et distribués aux associations pour leurs tournées. 

L'esprit de Barbara, lui, perdure. Yves Calippe a le projet de créer un restaurant solidaire sur le même principe. Les jeunes bénévoles sont dans les starting-blocks. 

 

Dans le cadre la Stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté impulsée par l’État en 2018, le CNFPT fait évoluer son offre pour apporter les réponses utiles aux collectivités et à leurs agents.

Chaque grande crise (environnementale, sociale…) que nous traversons touche en priorité et plus durement les plus précaires et les plus pauvres. Pour les agents du secteur du social, en première ligne, les situations d’urgence se multiplient et deviennent le cadre de plus en plus banal de leur exercice professionnel. Une telle situation appelle une rénovation du travail social dans ses concepts, ses approches et sa relation aux personnes accompagnées. 

Cette rénovation est l'objectif poursuivi par la Stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté. Elle doit se concrétiser dans une évolution de la formation professionnelle des travailleurs sociaux mais aussi de leurs encadrants.

Un engagement et des actes

Mobilisé en faveur de la prévention et de la lutte contre la pauvreté, le CNFPT s’est engagé avec les opérateurs de compétences du secteur social (OPCO Santé, OPCO Cohésion Sociale et l’ANFH) avec l’État pour accompagner l’adaptation des pratiques professionnelles aux ambitions de la stratégie nationale. 

A travers ses délégations, l’établissement a participé aux réflexions sur l’évolution de la formation continue dans le cadre de travaux pilotés par les commissaires à la lutte contre la pauvreté. Par ailleurs, avec son plan « Ambition Enfance Égalité », le CNFPT propose des formations aux professionnels territoriaux de la petite enfance (assistants et assistantes maternels, auxiliaires de puériculture, assistants et assistantes éducatifs petite enfance, encadrants). Le but d’« Ambition Enfance Égalité » étant de contribuer à l’amélioration de l’accueil des enfants de moins de trois ans, issus de familles vulnérables ou en risque de vulnérabilité.

L’adaptation de la formation

Sur tout le territoire national, le CNFPT est en mesure de proposer, pour les travailleurs sociaux, une offre de formation bâtie autour sur six thèmes prioritaires contenus dans la stratégie Pauvreté. En l’occurrence : la participation des personnes accompagnées, le développement social, l'"aller vers", le travail social et le numérique, l'insertion sociale et professionnelle, le travail social et les territoires. Ces priorités sont désormais intégrées à l’itinéraire de formation de travailleuse et travailleur social en service public territorial, le socle de formations modulaires créé par le CNFPT pour permettre aux agents territoriaux de l’action sociale d’individualiser leur parcours de professionnalisation. 

Les professionnels de la petite enfance pourront, quant à eux, accéder aux sept thématiques ciblées par le plan Ambition Enfance Egalité : le langage, les arts et la culture, l’alimentation et la nature, l’accueil occasionnel, la prévention des stéréotypes, l’accueil des parents, le numérique.

Les territoires au cœur de l’action contre la pauvreté

La stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté conduit à placer également les territoires au cœur de l’action. Présent partout - avec ses 18 délégations, 62 antennes départementales, 5 instituts et 11 000 lieux de formation - et innovant – avec ses démarches de co-conception, de travail collaboratif, design de services, - le CNFPT co-construit déjà des avec les collectivités elles-mêmes les offres parfaitement ajustées à leurs besoins. Ses formations tournées vers l’action et la mise en œuvre sont réalisées au sein même de chaque collectivité (intra) ou pour plusieurs collectivités (union) ce qui facilite les coopérations en inter-collectivités.

+ d’offre à distance… 

Au-delà de ses formations présentielles ou mixtes permettant à chacun de construire son parcours de formation individualisé, le CNFPT renforce son offre de formation à distance et prépare, pour le 2e trimestre 2021, les nouveaux thèmes prioritaires que sont « L’inclusion numérique dans l’accompagnement social » ou « La participation et la co-construction avec les personnes accompagnées dans le champ des politiques sociales ».

Une offre dématérialisée de formation en direction des professionnels de la petite enfance est également en cours d’adaptation autour de sept thématiques (Le langage, Les arts et la culture, L’alimentation et la relation à la nature, L’accueil occasionnel, La prévention des stéréotypes, L’accueil des parents, Le numérique).

… et de ressources 

L’offre de services du CNFPT sur le thème de la pauvreté comprend également des journées d’actualité (en présentiel ou à distance) sur le thème de la pauvreté et une e-communauté thématique "Petite enfance" permettant d’échanger sur les bonnes pratiques pratiques professionnelles.

L’établissement enrichit d’ailleurs continuellement cette offre de nouvelles ressources. Dans le domaine de la prévention et de la lutte contre la pauvreté, des vidéos sont déjà disponibles en ligne (Le Référent de parcours, Le premier accueil social inconditionnel de proximité, Agir contre le non-recours). Plusieurs webinaires (La stratégie de prévention et de lutte contre la pauvreté : les enjeux du travail social aujourd’hui, Le travail social à l’épreuve du numérique, Le développement social, un enjeu d’actualité) peuvent d’ores et déjà être suivis en direct ou vus en replay. En lien avec les axes prioritaires, d’autres webinaires (Aller Vers, La participation des personnes accompagnées, Travail social et insertion socioprofessionnelle, L’encadrement, une fonction clé pour accompagner la rénovation des pratiques en travail social) seront proposés cette année. 

Retrouvez l'ensemble de notre offre dans le catalogue dédié